dimanche 22 novembre 2009

Le frigo jaune

Je me suis embarquée dans quelque chose de gros.  Faute d'amis, j'ai décidé de m'occupper, et en-dehors d'une ferme, trouver "d'la vraie ouvrage", c'est pas toujours évident pour une bergère en mal de son métier.  "Si au moins tu ne déménageais pas aux mois, m'a dit une vieille amie l'autre jour, peut-être que tu arriverais à créer des liens durables..."  J'admets qu'elle n'avait pas tort.  Suite à une brève réflexion, je me suis dit que je devais trouver un moyen d'avoir envie de rester ici coûte que coûte.  Pas facile pour une fille qui a appris à ne pas trop s'attacher histoire de préserver sa liberté d'action.

La semaine dernière, le frigo jaune or que mon propriétaire avait placé dans ma cuisine a eu disons "un accident de parcours".  En transférant lait, légumes et autres périssables dans ma glacière, j'ai constaté qu'il était franchement laid, et drôlement mal assorti à ma cuisine, qui elle était lilas.  J'ai encore du mal à savoir si c'était le frigo jaune qui n'était pas à sa place dans la cuisine lilas, ou si c'était le lilas qui n'avait pas sa place là, toujours est-il que j'ai décidé que j'en avais assez enduré comme ça.  Ce n'est pas normal de faire semblant d'être daltonienne pour justifier un pareil assortiment de couleurs.  Dans un élan de motivation, je me suis pointée à la quincaillerie du coin, et j'ai acheté non seulement de quoi recouvrir cet atroce lilas, mais aussi de quoi faire disparaître le turquoise de la salle à manger et celui de ma chambre à coucher.


De retour à la maison, je me rappelle les paroles de la madame-décoration de la quincaillerie: "Assure-toi quand même que tu n'as pas affaire à de la peinture à l'huile.  Il suffit de faire le test avec du remover de vernis à ongles, si ça part, c'est à l'huile."  Croyez-le ou non, je possède du remover de vernis à ongles (je possède aussi du vernis à ongles mauve "Prince", mais ça, c'est une autre histoire...).  Et comme j'ai vraiment de la chance, devinez le résultat du test...

Je me repointe donc à la quincaillerie, je ramasse un gallon de primer à l'huile, et j'enligne ma fin de semaine sur trois couches de peinture.  Samedi, une amie me rend visite avec son tout nouveau et tout beau chum, et on se gèle la fraise au varsol, une couche de primer de donnée.  Je me sens mieux, on ne voit plus le mauve, ni le turquoise.  Dimanche, coup de théâtre, j'ai le gutts d'appeller un potentiel ami pour lui demander son aide.  Et il vient, accompagné de rouleaux et de pinceaux.  Ouf!  La cuisine est désormais sur une première couche de "pépite d'or" et la salle à manger arbore un "ciel de novembre" beaucoup plus frais.

Bon, là, j'suis drôlement découragée.  Mon appart est assiégé par la peinture fraîche, et je dégrise tout juste de mon trip de varsol pour me clancher une autre semaine de workoholic.  Vais-je être à la hauteur de mes ambitions?

Je sais bien que je vais m'en tirer.  Reste à savoir si cette entreprise va me donner le goût de rester ici.  Dans le fond de mon coeur, y'a une brebis qui s'ennuie de sa gang.  C'est pas une maison qu'il me faut, c'est pas des amis que je veux, c'est un troupeau.

vendredi 6 novembre 2009

Le pape a la grippe.

Moi, à la maison, je n'ai pas de télévision. Je ne lis aucun grand quotidien, je passe parfois en revue les annonces classées des petits hebdos. Présentement, la radio est ma principale source d'information sur le monde extérieur. Mais peu importe, car ces temps-ci, le degré de platitude des nouvelles a atteint un sommet jamais vu depuis la mort de Jean-Paul II.

Vous vous rappellez la mort du pape? Et comment que je m'en rappelle. Pendant une semaine, exit les nouvelles régionales. On ne donnait même plus la météo à l'est de Québec. Dès qu'on osait allumer le téléviseur, on voyait des processions d'archevêques, cardinaux et autres hauts gradés de l'Église devant une place St-Pierre pleine à craquer. La première journée, c'était intéressant. Il s'git en effet de rites qu'on ne pratique pas très souvent, et qui gagnent beaucoup plus à être décrits et commentés par des analystes qu'un match de hockey ou la parade du père Noël. Mais une semaine complète d'épisodes de Watatatow annulés, il me semble que c'est beaucoup.

Bien entendu, chaque campagne électorale amène son lot de nouvelles redondantes. Mais bon, on s'y fait. Je me prépare quelques disques à écouter dans l'auto jusqu'au jour du scrutin et le tour est joué. Ce n'est rien comparativement à la crise majeure dans l'information actuellement.

La grippe fait actuellement couler plus d'encre que de nez. Et là, je me fous éperdument d'être pour ou contre la vaccination, de l'attente dans les centres, des fermetures d'écoles, des clientèles-cible, non, j'en ai simplement marre d'en entendre parler. À côté de ça, les élections municipales m'ont semblé d'un intérêt capital. Heureusement qu'il y a des scandales, de la corruption, des enquêtes publiques, car bientôt, il sera impossible de visionner des épisodes de Law and order l'après-midi.

Je m'ennuie presque de Jean-Paul II. Parfois, je me dis que ça ferait une bien belle histoire si Benoît XVI attrappait la A(H1N1). On ne serait pas sorti du bois, mais ça changerait le mal de place!

D'ailleurs, en ce moment, les enfants ne vont plus à l'école par ici. Il suffit de faire allusion à la grippe pour pouvoir impunément faire l'école buissonnière. Au temps d'Alphonse Daudet, on disait simplement: "Le pape est mort.". Plus ça change, plus c'est pareil...

lundi 2 novembre 2009

La nouvelle

On dirait qu'en ce moment, la solitude me pèse plus que jamais. Ma vie a tellement été bouleversée dans la dernière année que ma capacité d'adaptation semble s'effriter. J'ai du mal à me faire des nouveaux amis dans mon village. Je quitte mon appart très tôt, parfois vers 3 heures du matin, et je rentre le soir, épuisée. Je m'accomode très bien de cette routine, trop bien.

Depuis toujours, je suis la fille qui vient d'ailleurs. À la question "T'es une p'tite qui toi?", je finis toujours par répondre "Vous ne connaissez certainement pas mon père...". S'en suit généralement une brève discussion sur l'origine de mon patronyme, parfois suivi d'un cours de géographie du Centre-du-Québec. Faut que j'assume, j'suis l'étrangère, c'est normal. On se méfie de moi, on me trouve bizzarre (ok, j'avoue que je suis quand même assez marginale), drôle, mais tout de même sympathique.

Pour avoir déjà été "la nouvelle" dans une cours d'école, je peux témoigner du fait que le commun des mortels n'a pas idée des efforts que doit fournir un enfant pour se tisser un réseau social. On minimise l'importance que ça a, on banalise les échecs en ce sens, et on n'a pas conscience des effets dévastateurs de cette attitude sur l'estime de soi.

En vieillissant, les choses ne s'améliorent pas. Si le prêt d'une gomme à effacer apparaît comme une relativement bonne manière d'amorcer une relation d'amitié durable en 4e année, il faut trouver des moyens plus étoffés quand on a 25 ans. Et j'suis nulle là-dedans. Je l'ai toujours été.

J'ai quand même essayé plusieurs techniques. Par exemple commencer une conversation sur un détail totalement anodin mais accrocheur. Dans un bar laitier, je philosophe sur l'éternelle opposition entre le chocolat et le caramel: "Salut! Moi c'est Andréane pis j'veux un sundae.". J'suis probablement la seule qui accroche.

Il y a aussi les fameux "Aurais-tu..."

...l'heure: la réponse est généralement trop courte pour espérer un quelconque développement.
...du feu: encore faut-il fumer. Moi, j'ai choisi d'autres moyens plus agréables et moins chers d'attrapper le cancer.
...du change pour un 5$: t'as l'air soit d'un faux-monnayeur, soit d'un joueur compulsif...
...un tournevis carré: celle-là est plus efficace que les autres, mais il faut vraiment avoir besoin d'un tournevis carré.

Bah! J'en ai marre de ne pas savoir où me mettre. Je déteste agir en fonction de ce que les autres vont penser de moi. J'assume qui je suis. C'est le genre de comportement qui suscite l'admiration, mais pas l'amitié. Je suis condamnée à être la personne cool qui n'a besoin de personne. Et le pire, c'est que c'est presque vrai.

Alors en attendant que quelqu'un du coin m'appelle pour aller prendre une bière ou un café, je continue mon p'tit bonhomme de chemin, espérant un jour être quelque chose de plus que juste "la nouvelle".

mardi 27 octobre 2009

Une dent de sagesse de plus...

La neige est de retour! La neige, la neige, la neige!!!! J'peux pas m'empêcher de tripper, même si plusieurs de mes producteurs ont encore du grain de pas battu, que la route Métayer sera bientôt inaccessible pour tous ce qui n'est pas muni de chenilles, que Dolores va hiverner sous peu... De toute façon, Lady est munie de pneus d'hiver depuis le mois de juin, avec l'été qu'on a eu, ça ne m'est pas passé par la tête de lui mettre des pneus de saison.

Ce matin, en partant travailler, j'ai croisé au village un tracteur avec une wagon à foin. Je trouvais cela bien étrange, surtout qu'on annonçait la première vraie bordée de neige automnale. Mais j'ai vite réalisé que par ici, c'est la manière la mieux adaptée pour effectuer la cueillette des matières recyclables. C'est trop adorable, indubitablement champêtre...

Demain, je m'en vais chercher Suzanne. Suzanne remplacera Lady dans ma vie. C'est une SX4 2007, traction intégrale, grise. Ma première grosse dépense de fille qui a enfin un salaire décent. Et voilà, je sens que je prends un coup de vieux. Malgré tout, à mon âge, les coups de vieux, ça fait encore pousser les dents de sagesse; plus tard, ça donne des cheveux blancs...

mercredi 21 octobre 2009

Le leçon de la perdrix

J'aime don ben ma job. Ok. J'aimerais vraiment avoir mes animaux à moi. J'ai un surplus d'amour pour toutes ces vaches que je croise, mais en général, l'acte le plus intime que je pose en leur présence, c'est prendre leur circonférence thoracique. Parfois, je les caresse un peu, je ne peux pas m'en empêcher...

Mais bon, j'aime ma job, c'est ça que je disais. Je fais du char dans les fonds de rang les plus reculés, je visite des personnes qui n'ont pratiquement jamais de visite (ça peut être cool comme ça peut être moins cool) et je vis des aventures singulières.

Par exemple, l'autre jour, je devais me rendre chez un producteur dans le 10e rang d'Auclair. Comme d'habitude, avant de partir, je regarde ma carte du coin et j'essaie de trouver le chemin le plus court pour me rendre à destination. J'ai le choix entre une route numérotée, qui fait un grand détour avant de déboucher sur le village d'Auclair, ou bien un petit chemin qui doit être en garnotte en toute logique qui débouche en théorie sur le 12e rang. Mon habileté hors du commun pour choisir le chemin le plus difficile en croyant que c'est la meilleure chose à faire me mène donc sur la route du 12e, on s'en doute bien!

Je roule un bon bout avec ma Tercel dans et je m'enfonce dans un paysage plus sauvage que champêtre. Je dois freiner raide un coup pour éviter une perdrix qui semble vraiment surprise de me voir là. Je découvre plein de petits coins de paradis et je me dis que la nuit, ici, il doit faire vraiment noir, et l'hiver, vraiment froid. Le genre d'endroit qui devient un univers merveilleux lorsqu'on y grandit.

Plus je vais loin et plus je me dis que cette route ne débouchera jamais sur rien. Mais j'ai confiance en ma carte, et il y a encore des poteaux d'électricité qui bordent le chemin (donc, des gens qui habitent dans le coin). Je monte une grande côte et finalement, je me rends jusqu'à une cabane à sucre (fin des poteaux d'électricité).

Je ne me serais jamais lâchée dans la route qui continuait, même en 4 roues. Enfin si, à dos d'âne, probablement. Mais là, j'étais avec Lady, et bien que ses jours soient comptés avant qu'elle ne finisse au programme "adieu bazou", j'en ai besoin. Qui plus est, je doute fort de la capacité de mon cellulaire à détecter un service dans cet endroit, je dois bien être à plusieurs heures de marche d'un bon vieux téléphone de maison avec un fil et je me vois mal expliquer à la madame du CAA que mon char est enlisé dans la bouette à des kilomètres de la civilisation, sans adresse civique ni intersection à proximité (euh...j'peux vous donner des coordonnées GPS peut-être?).

J'ai donc rebroussé chemin et effectué près de 20 km pour rejoindre la route numérotée. Leçon apprise: ce n'est pas parce qu'une route est sur une carte qu'elle est praticable... J'aurais du demander mon chemin à la perdrix!

vendredi 16 octobre 2009

Ça déboule encore

En quelques jours, tout a basculé. J'aurais du m'en douter, en fait, je m'en doutais, j'avais un feeling étrange que certains appellent l'intuition. Moi, je pense que je ne me fais pas assez confiance pour l'écouter.



L est devenu de plus en plus tordu, l'aspect personnage en lui devenant parfois un peu trop exacerbé. Du même coup, j'ai eu un immense besoin de stabilité, de normalité, comme si pour bien m'intégrer ici, je devais faire un peu comme tout le monde. Je sais, je ne suis pas comme tout le monde, mais parfois, c'est bon de se conformer, ça a quelque chose de rassurant. Un soir, tout a explosé. En deux jours, j'étais partie. Une semaine plus tard, j'emménageais dans un 4 1/2 dans le village de Saint-Jean-de-Dieu (le village, pas l'hôpital psychiatrique!). Quand les changements arrivent aussi vite, c'est bon de pouvoir compter sur un vieux pick-up, même si celui-ci a besoin qu'on lui fasse la passe du tournevis pour démarrer (le pire temps pour les vieux moteurs à carbu, c'est l'automne...pas génial le cocktail froid/pluie).



J'ai quand même assuré comme une pro là-dessus. D'autant plus que j'ai continué à travailler, ce qui m'a valu une grippe (deux jours à visiter des fermes avec de la fièvre) qui a évolué vers une sinusite d'une rare intensité, mon système immunitaire ayant été un peu poussé à ses limites par la fatigue.



"Il sent bon mon ensilage non?" (et moi, déçue, je lui réplique que je ne suis pas en état de juger, mais qu'à le regarder, il a l'air beau...)



Ma médecin de mère a volé à ma rescousse en me prescrivant un traitement antibiotique avant que j'aie l'idée de m'injecter une dose de cheval de pénicilline blanche dans le muscle de la joue. J'ai longtemps eu un problème moral à passer devant tout le monde, n'ayant pas à attendre des heures, voire des jours à l'urgence pour une bénigne infection. Mais bon, aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir compter sur ma maman pour ça. Ce n'était vraiment pas le temps de me pointer dans un hôpital avec des symptômes grippaux... Pas envie qu'on me mette officiellement en isolement, je suis déjà assez isolée comme ça!

Du reste, je suis une vraie workoholic! J'aime ma job, et je commence à aimer les vaches aussi, même les noires et blanches... En gros, je passe mon temps sur les routes de campagne et dans les étables, et j'apprends beaucoup. Et une fois de temps en temps, je zieute les fermes ovines sur mon passage, et je regarde les doudounes brouter dans le champs. Dans quelques années, ce seront les miennes. Je le sais.

vendredi 25 septembre 2009

La vie de campagne

Idyllique la vie de campagne. Je sais ce que vous pensez, l'image que vous avez en tête d'une jeune filles aux cheveux bouclés qui gambade dans un champ en robe longue, entourée de papillons, de fleurs sauvages, sous un soleil radieux. C'est un peu ça, j'imagine.

J'habite vraiment dans un trou perdu. Mon rang n'apparaît pas sur le GPS. Il a fallu couper des arbres appartenant à la municipalité pour avoir accès à internet ici. Le maire est venu prendre une bière et jouer un game d'échecs avec L; le lendemain, c'était réglé.

Je dois faire 8 km de route de "garnotte" pour arriver à un chemin asphalté. Parfois, j'ai l'impression qu'on vit en dehors du monde, que les lois observées par le commun des mortels n'ont pas le même effet ici. L'isolement rend les habitants de mon nouveau pays méfiants envers la société. Cette méfiance s'exprime de toutes sortes de façons plus originales les unes que les autres, mais en général, c'est un cercle vicieux, car plus on se méfie de la société, plus on s'isole.

Idyllique donc la vie de campagne, je vous l'accorde, dans une certaine mesure. Car il faut une force de caractère incroyable pour rester sain d'esprit ici. Ici comme partout ailleurs d'ailleurs.

jeudi 3 septembre 2009

Un pays

"Regarde Andréane! Il faut que tu vois ça! Viens ici, regarde l'horizon..."

L se tenait devant le jardin, à côté du poulailler, et regardait le ciel, obnubilé.

"Tu vois, ici, on a vraiment l'impression d'être dans un pays."

Je suis arrivée chez L il y a à peine quelques jours. J'ai quitté Baie-Saint-Paul, avec Dolores, Lady et Java, un gros voyage qui s'est trop bien déroulé. Dès le lendemain, j'ai entrepris de me trouver un logement. J'ai passé l'avant-midi à éplucher les petites annonces dans l'espoir de trouver quelque chose d'agréable. À Trois-Pistoles, il y a des logements, pas cher, mais trash. Les appartements les plus propres sont frais repeints en blanc, garnis de meubles en mélamine. Le genre d'endroit qui peut servir de dortoir, mais qu'on n'a pas envie d'habiter.

Je me suis donc mise à rêver secrètement d'une maison de campagne. Un endroit où je pourrais éventuellement faire un jardin, garder des animaux, jouer de la musique sur le bord d'un feu en été et ouvrir des sentiers de raquette en hiver.

Et puis, j'ai vu l'annonce de L. Loft à Saint-Paul-de-la-Croix, atelier en métier d'arts et chambre à coucher, accès à tous les services. Au téléphone, le gars avait l'air bizarre, mais j'ai tout de même pris rendez-vous avec lui en fin de journée, juste pour voir. Puis, je suis partie visiter des logements.

Les premiers appartements visités étaient comme je m'y attendais. Trash. J'ai donc passé le reste de la journée à sillonner les rangs, allant de village en village, cherchant une affiche à louer. Vers la fin de la journée, j'ai abouti dans le 4e rang de Saint-Paul et j'ai finalement rencontré L.

L est un artisan ébéniste. Il habite une grande maison de campagne qu'il rénove et entretient dans les règles de l'art, au gré de sa fantaisie. C'est un personnage fascinant, à un point tel que je ne me sens pas digne de lui rendre justice ici, dans ce blogue.

Le logement, c'est le deuxième étage de sa maison, son ancien atelier de finition. Il n'est pas encore aménagé, il souhaite créer un espace qui ressemble à la personne qui l'habitera, en collaboration avec elle. Le deal est donc beaucoup plus complexe qu'un simple bail. C'est aussi un contrat de réno, avec la liberté de choisir mes couleurs, l'aménagement et tout. Et ça vient avec un coloc excentrique, le temps que tout soit terminé.

J'ai donc choisi cette voie-là, et le lendemain, je débarquais avec Dolores. Depuis vendredi, je travaille sans relâche à sabler les planchers, choisir des couleurs, peindre, teintre, huiler... La maison est dans un bordel indiscible, je suis complètement désorientée. Mais L m'a fait une place, et dans une simple poignée de main, j'ai senti qu'il m'accordait sa confiance.

La maison a son histoire. Elle a déjà été une espèce de commune de hippies, avant que L ne l'achète. La grange a déjà servi à garder des moutons, L a déjà été berger. À mesure que je travaille à repeindre le bain à pattes (rouge et amande) ou le plancher (olive fraîche), j'en apprends un peu plus sur l'histoire de cet endroit. Mon logement va me ressembler comme jamais, et je vais l'habiter pleinement. Je suis dans un pays.

dimanche 23 août 2009

Encouragements bienvenus!

Plan A, plan B, plan C, me semble que ça sonne comme du déjà-vu...

Je pensais terminer de travailler à la fête du travail, ce qui me donnait le temps de vider ma petite école tranquilement, de faire le ménage et de déménager mes deux véhicules à mon rythme en fonction des traverses.

Voilà donc que mon boss annonce à V que je dois vider mon logement d'ici la semaine prochaine, histoire de finir les rénovations. J'sais pas pourquoi, mais ça me frustre. C'est peut-être accumulé depuis quelques semaines, mais je sens qu'on n'a pas de considération pour moi. Ma première réaction, c'est de me revirer de bord plus vite que mon ombre. Jamais vous verrez une fille sacrer son camp aussi vite que ça!

Je suis donc à me chercher de l'aide pour mettre Dolores sur le traversier en même temps que Lady mardi ou mercredi prochain. Si vous avez du temps, que vous pouvez conduire manuel et que l'aventure vous appelle, contactez-moi!

vendredi 21 août 2009

Why live in the world when you can live in your head?

Ça a été une grosse semaine parsemée de nuits blanches, de désherbage de vignes, de moments de doute et de conversations téléphoniques à bord de Dolores qui, peut-être à cause de son imposante carrosserie, semble être le meilleur endroit pour capter un signal de cellulaire. J'ai eu beau vouloir parler du choix déchirant que j'avais à faire à plusieurs amis chers, je savais que la décision finale me reviendrait, et que j'allais devoir vivre avec les bons et les mauvais côtés. C'est la vie!

J'ai travaillé seule à la ferme une bonne partie de la semaine, V. prenait un de ces derniers congés avant mon départ. Les traites sont maintenant très courtes; plusieurs brebis sont taries. Pour continuer à remplir mes semaines de 40 heures de travail bien sonnées, je désherbe le vignoble sous un soleil de plomb, améliorant chaque jour mon bronzage fermier. Ma mère ferait bien une crise de nerfs en apprenant que je ne m'enduis plus de crème solaire depuis fort longtemps (ça attire les bibittes, rend la peau graisseuse, coule dans les yeux, tache les vêtements, et apparemment, ce n'est plus efficace après une once de sueur). Certaines personnes fument, d'autres mangent de McDo trois fois par semaines, se font greffer un cellulaire sur l'oreille ou écoutent religieusement Virginie depuis le début de l'émission, moi, je m'expose au soleil sans protection. Toutes les raisons sont bonnes pour pogner le cancer en ce bas monde, c'est le droit de chacun.

Afin de distraire mon esprit tourmenté, je me suis abonnée à la bibliothèque municipale. Depuis, je dévore compulsivement des romans fantastiques en série comme un pré-adolescent attardé. Et je ne me cache même pas, je sens que la madame du comptoir de prêt prendrait un air douteux avec moi si j'arrivais un matin avec un livre sérieux tout droit sorti de la section pour adultes. J'ai juste l'impression de trop traîner dans la section réservée aux 12 ans et plus, comme si le "et plus" mettait une barre à 18 ans et que je m'infiltrais dans l'une des rares parties du monde qui est réservée aux ados uniquement.

Mon coeur tourmenté par la lourde décision à prendre s'envole donc à tout moment dans les conquêtes mongoles, la sorcellerie médiévale et les mondes parallèles. Pendant ce temps, ma tête calcule de façon méthodique les données connues du problème: salaires, avantages sociaux, déménagement, charge de travail... Les jours passent, et le mercredi matin fatidique où je devrai donner une réponse à tout le monde approche à grands pas. Je fais le deuil de chaque emploi potentiel à chaque jour, parce que je sais trop bien ce que ma tête va finir par choisir, même si mon coeur dit autrement.

Le titre de bergère sera mis de côté. Mais ce n'est qu'un mot, et peu importe comment on m'appelle, je reste la même personne. Je n'aurai pas de troupeau à gérer pour les mois à venir. Je vais faire travailler ma tête, recueillir des données sur des fermes laitières et les entrer dans un système informatique. Beaucoup moins bucolique, j'en conviens. Mais pour un temps, je peux l'espérer, la misère sera un souvenir, j'aurai enfin les moyens de faire l'épicerie sans me poser de questions. Et je pourrai aussi mettre un peu d'argent de côté pour un jour repartir de chez un éleveur avec un lot d'agnelles qui deviendra la base de mon troupeau. Mes filles à moi. Et c'est ici que mon coeur se remet à battre.

Alors voilà, ma tête a tranché. J'ai rappellé les producteurs la mort dans l'âme pour leur dire que je n'irai pas travailler chez eux. Je ne leur ai pas caché que j'avais peur de prendre un travail qui n'était pas directement en relation avec un troupeau. Mais que je me devais d'essayer. Et ils m'ont tous les deux dit que je pourrais les rappeller, si jamais je changeais d'idée. Voilà.

Puis, j'ai collé mon i-pod sur mes oreilles le temps de désherber deux rangs de vignes, pour ensuite m'évader dans l'histoire passionnante de personnages au destin fabuleux et ne pas penser au sens de ma vie. Et ça marche. Presque.

vendredi 14 août 2009

Lady en Beauce

Ça y est! Je suis officiellement en recherche d'emploi. Et tout déboule très très vite. Dans les prochains jours, je devrai prendre d'importantes décisions. Bien que j'aie la profonde conviction que tout ira pour le mieux, je ne peux m'empêcher de trouver la décision difficile à prendre. Comme dirait V. "La vie, en tout cas, c'est pas plate!".

Je squatte pour la 3e ou 4e fois la connexion du Trans Saint-Laurent, de retour d'une virée sur la rive sud pour une série d'entrevues qui s'est avérée plus longue que prévue. Lundi dernier, un producteur laitier de la Beauce m'appelle pour que j'aille le rencontrer. En même temps, dans ma petite école, c'est le bransle-bas de combat; toute la famille de mon boss vide la maison familiale en prévision des rénovations. Tout le monde (surtout mon boss en fait) semble à bout de nerf, alors je file doux...et je cherche un moyen de m'échapper au plus vite. Je saute donc sur l'occasion, me planifie quelques journées de congé pour aller virer à St-George-de-Beauce.

Le matin avant mon départ, je tonds les béliers avec V. C'est alors qu'un second producteur m'appelle suite à un cv que j'ai envoyé. Comme j'ai l'intention d'aller déjà dans le coin, j'ajoute sa ferme à ma liste de visites.

Et me voilà partie au volant de Lady, remontant la Chaudière à vive allure. À Saint-George, je suis accueillie comme un membre de la famille. Je découvre une super belle entreprise, et visiblement, on souhaite que je choisisse d'y travailler. Entre le boeuf bourguignon et la légendaire pouding au sirop d'érable, je suis séduite. Et dire qu'on m'avait déjà fait croire que les Beaucerons étaient "spéciaux", plutôt hostiles aux étrangers qui se mettaient le nez dans leurs affaires! J'ai découvert des gens vrais, honnêtes et travaillants. Mais bon, ne prenons pas une décision trop vite... J'ai encore une ferme à visiter!

Le premier soir à Saint-George, je reçois un appel pour un poste de technicienne chez Valacta. Dans le Bas-Saint-Laurent. Je me planifie donc une entrevue de plus à Rivière-du-Loup vendredi matin, étirant mon congé encore un peu plus.

Jeudi matin, je quitte Saint-George et traverse un paquet de charmants villages jusqu'à Stratford (pas la ville de naissance de Shakespeare, le village perdu quelque part entre Lac-Mégantic et Thetford Mines). Encore une fois, je découvre une entreprise laitière hyper intéressante, où on m'offre un poste. Je repars en ayant l'impression d'être une bête. Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse vouloir m'engager si facilement dans d'aussi belles et grosses entreprises.

Je file vers Québec où je passe la nuit chez mon cousin qui héberge 3 Mexicains égarés tout droit sortis d'une ferme maraîchère de l'Île d'Orléans. Je suis confuse. Et bien entendu, je viraille un peu en basse-ville, incapable de me rendre sans détours d'un point A à un point B dans cette ville qui ne m'aime pas. Mais bon, ça s'en vient, un jour, je maîtriserai Québec, foi de bergère!

Je pars à 5h30 le lendemain matin pour Rivière-du-Loup. Encore une super belle entrevue avec le gars de Valacta, puis, je vais attendre le traversier une couple d'heure, le premier étant complet au moment où je suis arrivée. Je suis de retour dans l'univers des touristes.

Alors voilà. Toutes les portes me sont ouvertes. Peu importe le choix que je ferai, il y aura des bons et des mauvais côtés. Je vais aller méditer là-dessus le temps de quelques traites... Une histoire à suivre!!!

dimanche 9 août 2009

Attention! Bergère méchante

En me voyant agir de manière de plus en plus antisociale, je réalise que j'ai bien fait d'abandonner la socio pour aller vers les moutons. Oh! Je sais, j'ai beaucoup de facilité avec les gens, je peux leur raconter toutes sortes d'histoires et ils restent accrochés à mon discours, mais bien souvent, c'est le coeur qui n'y est pas. Les humains sont autant sinon plus intéressants que les moutons, seulement, je préfère étudier des choses qui sont différentes de moi, ça me donne une certaine autorité légitime, je peux donc les contrôler à ma guise, et ce, tout en restant parfaitement empathique. Les humains au contraire me mettent parfois hors de moi.

Hier, à la traite du soir, il y avait une foule de touristes qui me regardaient travailler par la fenêtre de la salle de traite. Afin d'éviter de me sentir comme un animal de cirque, il m'arrive de leur parler, de répondre à leurs interrogations, mais bon, j'ai tellement une dent contre les vieilles madames riches et leurs questions stupides... Et en plus, elles n'ont en général aucun intérêt pour ce que je peux leur raconter. Elles veulent vivre une "expérience authentique" mais elles n'ont pas l'ouverture d'esprit requise.

Les enfants en revanche peuvent se montrer beaucoup plus agréables. Hier, trois d'entre eux, une petite fille, un gamin et leur grand pré-ado de frère sont débarqués pour me regarder travailler. Je les ai laissés s'approcher, et j'ai commencé à leur donner des infos intéressantes en vrac: "Celle-là, c'est la leader de mon troupeau, elle s'appelle Turbo Jet, mais c'est TJ pour les intimes. Une vraie tête de cochon, mais une fois apprivoisée, ça va!".

Et les voilà partis à poser des questions et à réellement s'intéresser aux réponses. Et moi, je me sens comme une animatrice de terrain de jeux ou une prof de sciences naturelles.

-On peut savoir l'âge d'un mouton en regardant ses dents. Chaque année de sa vie, il lui pousse une nouvelle incisive.
-Est-ce que les brebis se laissent toujours traire gentiment?
-Pas toujours. C'est comme les enfants, il y en a des plus tannants que d'autres... Il faut juste apprendre à les connaître.

Après une avalanche de questions et deux groupes de traite, il y eut un moment de relatif silence rythmé par les pulsateurs des trayeuses. La petite s'est alors adressée à moi: "Ça doit prendre beaucoup de patience pour faire ce métier-là!" "Quand on aime ça, on a toute la patience du monde", que je lui dis. Et la voilà qui me lance aussitôt: "Dans ce cas-là, c'est pas de la patience, c'est de la passion." Les enfants sont des sources de sagesse insoupçonnées.

Cette rencontre a été comme un baume momentanné sur ma haine des touristes. J'ai réalisé qu'ils font les mêmes chemins que les brebis dans les prés. Parfois, je les trouve un peu idiots.

Ce matin, après la traite, je rentre "chez moi" pour manger un yogourt (au lait de brebis, évidemment!), et je réalise à quel point le lait est gras ces temps-ci, fin de lactation oblige. Je jette un coup d'oeil au pâturage et je vois les filles se rassembler comme si une menace s'amenait dans le champ. Je repère vite ladite menace: un couple de touristes inconscients qui a sauté la clôture. Turbo Jet envoie Mimi, le dernier-né qui ne sait pas qu'il est un mouton, en reconnaissance. J'abandonne aussitôt mon yogourt et me précipite vers le champs comme si j'avais vu le loup.

-Je peux vous demander ce que vous faites dans le champs avec mes moutons?
-On voulait juste les voir de plus près...
-Sortez immédiatement! C'est des brebis laitières, elles doivent brouter en paix, ne pas être stressées... D'autant plus que vous pouvez amener des maladies...

Je perds le fil de mon idée, ils ne m'écoutent pas et se dirigent lentement vers la clôture pour lentement l'enjamber. Ces gens-là ne connaissent visiblement rien au mouton et ne s'y intéressent absoluement pas.

Ouais. Je préfère les moutons aux humains. Sans rancune encore une fois.

dimanche 2 août 2009

Dolo en Ontario

Entre temps, mon p'tit frère (qui n'est pas si petit que ça) a fait irruption à Baie-Saint-Paul. Cet été, frérot travaille comme roadie pour un band en tournée. Pas question pour moi de le manquer, surtout qu'après 3 semaines de pluie non-stop, j'avais bien besoin d'une petite distraction, d'un soupçon de vie sociale...

Le band jouait à l'auberge de jeunesse de Baie-Saint-Paul, un endroit fort sympathique qui n'accote toutefois pas celles de la Gaspésie. Sachant que les gars jouaient un peu plus tard en Gaspésie, je me suis promis d'aller les voir. La Gaspésie me manque. Terriblement...

Dolores, elle, elle se reposait dans le stationnement. Son évident problème de consommation me forçait à ménager mes allers-retours en ville. 4,9 litres, c'est puissant, mais ça coûte cher! L'été semblant vouloir se pointer le bout du nez entre deux averses, je me suis mise à la recherche d'un véhicule plus économique, quelque chose de plus "low-profile" qui ne me coûterait pas une beurrée en carburant et me ferait économiser mes calls CAA du même coup. Je me suis fait une raison; il fallait passer aux années 90...

J'ai donc déniché Lady, une bonne vieille Tercel tout ce qu'il y a de plus économique et fiable. Une 92, rouge, avec le hood noir suite à une mésaventure avec une plaque de glace de toit un jour de redoux hivernal. Quand je monte la côte des Éboulements ou bien quand je tente de passer une van de bois, je me dis qu'il ne faut pas chercher trop loin pour comprendre l'économie d'essence de cette voiture. Un vrai char de paumée. Amenez-en d'la route!

Le jour du show à Sainte-Anne, j'ai donc mis Lady sur le Trans-Saint-Laurent. Elle, elle peut rouler à 100 km/h, et si on la bat un peu, elle se rend bien à 120. Une vraie escapade en Gaspésie, un pur bonheur!

Pour les gars du band, la Gaspésie était aussi trippante, cependant, un malheur planait. En essayant de repartir, leur van de tournée a stalé. Pas moyen de la redémarrer. Le lendemain, mon frère a pris un de ses calls CAA pour l'amener au garage. Verdict: la timing belt. C'est la fin les gars, faut trouver un autre véhicule pour finir la tournée...

Et me voilà qui propose Dolores. De toute façon, elle s'emmerde par les temps qui courrent... J'ai donc rempli ma p'tite Tercel 2 portes avec les musiciens en déroute, les ai ramenés à Baie-Saint-Paul et leur ai confié les clefs de la bête. Dolores partait à Joliette, puis en Ontario. Elle allait voir les chutes Niagara, rouler sur la 401 et être un truck de band. Non, mais elle a de la gueule. Je l'sais!

Une seule condition: il faut qu'elle soit revenue le 15. Je devais avoir l'option de paqueter tout mon stock et de sacrer mon camp si je n'obtenais pas ce que je voulais.

Mon boss a attendu à la dernière minute pour m'annoncer qu'il souhaitait me garder. Jusqu'en Septembre. Alors je suis restée, et j'ai sagement attendu le retour de Dolores, qui est sagement rentrée de son long périple. Tout s'est bien déroulé (à ce que mon frère m'a dit). Mais un chapitre de la vie de Dolo s'est déroulé sans moi, et ça me fait sourire. Ce camion a vraiment une vie propre. Dire que je pensais la vendre sous peu... Je sens que je ne pourrai pas tout de suite. Et puis, la Gaspésie m'appelle, de plus en plus, en même temps qu'un gros projet germe dans mon esprit... La stabilité, pour moi, ça n'arrivera pas de si tôt!

vendredi 31 juillet 2009

L'ultimatum du 15 juillet

Les choses ont bougé. L'été s'est installé et moi aussi, je me suis installée. Je vis maintenant dans ma petite école, sans eau courante ni télévision, sans téléphone ni signal pour mon cellulaire, et bien entendu, sans connexion internet. Alors je squatte les réseaux non sécurisés. C'est drôlement pratique.

Je ne fais plus de comptoir de vente. J'en avais marre. Plus je travaillais là, plus j'avais envie de trucider les touristes. Je m'inventais un langage où "Merci beaucoup, passez une bonne journée!" voulait dire "J't'emmerde toi l'imbécile de citadin qui ne sait pas faire la différence entre une brebis et une chèvre!". Je n'étais plus capable de répondre aux moindres désirs des clients. Ils ont de l'argent, donc ils sont rois et maîtres. Mais en même temps, j'ai tellement de mépris pour les gratteux de papiers parfois!

J'ai donc donné un ultimatum à mon boss. Le 15 juillet, si je faisais encore du comptoir de vente à temps plain, je m'en allais. J'avais des options que je lui ai dit, et à vrai dire, tant qu'à vendre du fromage dans un trou à touristes, autant travailler dans un poste à gaz en Gaspésie...

mercredi 24 juin 2009

Foin frais et presbytère

Je capote. C'est la Saint-Jean, et ma raison pour ne pas fêter cette année, ce n'est pas parce que je dois faire les foins, et il fait super beau. Je regarde les tracteurs passer chargés d'un foin qui sent quelque chose de sublime. Si j'étais une brebis, je flipperais littéralement à respirer cette odeur.

Fini le temps où je rentrais des balles dans un pick-up tard le soir en écoutant Macadam Tribu (je suis vraiment une pathétique drop-out universitaire, je sais!). Pas moyen de chanter des tounes de Joe Dassin dans une wagon à une heure du matin alors qu'il y a 70% de probabilité d'averse à 4 heures. Cette année, je vends du fromage. Chouette!

J'ai quand même des moments de grâce. Ces jours-là, je fais la traite en shifts coupés, ce qui me donne l'occasion de faire des boîtes entre 11h et 15h30, mais la sieste est maintenant chose du passé. J'emménagerai bientôt dans une annexe de la maison du défunt père de mon boss, alors que ses 14 enfants se disputent la succession. Ça s'annonce tumultueux. Hier soir, j'ai déménagé les meubles et les trucs du défunt qui étaient rangés dans mon futur logis. C'était un étrange sentiment que de paqueter des souvenirs appartenant à une famille étrangère.

L'annexe ressemble en fait à une ancienne petite école de rang. Une forte odeur de presbytère nous prend à la gorge en entrant. J'ai débarrassé les caisses de bières vides qui traînaient dans la place. Un voyage lucratif; j'ai pu acheter une 12, un 24 rouleau de PQ, un tub de crème glacée et un casseau de fraises du Québec avec l'argent de la consigne. J'ai ensuite entrepris de changer de garde-robe un paquet de vieux complets, un impressionnant rack de cravates, des chapeaux et des souliers. Puis, j'ai simplement fait des boîtes avec ce qui traînait pour pouvoir amener ça ailleurs et me faire un semblant de nid là-dedans. Ce sera bucolique. Indubitablement pastoral.

Malgré tout, j'ai une sentiment de paix immense quand je marche avec V tous les soirs pour aller rentrer les filles à la brunante. Un p'tit plaisir tout simple qui me motive à continuer...

mardi 16 juin 2009

Au fil des saisons

Bon. Ça se corse. En deux semaines, je suis passée par un plan B, C, D, E et F. Mon histoire a dépassé le stade du décousu. Je suis le fil des saisons, mais lui ne semble pas tenir grand chose...

Ok. On va tenter d'expliquer. La brebis laitière, ici (comme ailleurs), c'est une production saisonnière. Figurez-vous mes amis que les moutons ne se badrent avec les choses de l'amour qu'en jours courts, c'est-à-dire à l'automne et un peu en hiver. Le reste du temps, les femelles n'ont rien à foutre des mâles qui deviennent de grosses flaques molles inutiles. Ici, les mises-bas ont lieu au mois de février, mars et avril, quelques retardataires agnellent en mai, puis, la saison de la traite commence, en même temps que l'allaitement artificiel des agneaux. Rendu en juin, on a fini de sevrer les bébés, on ferme la pouponnière, diminuant ainsi le temps requis pour faire le train. En même temps, on commence à envoyer les filles au pâturage, ce qui réduit encore la charge de travail (quand les clôtures électriques fonctionnent bien que que les putes choisissent d'être sages). Au fur et à mesure que l'été avance, il y a moins d'heures à faire à la bergerie, et ainsi, mon emploi devient de plus en plus incertain. Voilà.

Donc, afin de continuer à faire 40 heures semaine, j'ai commencé à faire du comptoir de vente. Parce que figurez-vous mes chers amis que les citadins ne se badrent avec le tourisme qu'en jours longs. Le reste du temps, le Montréalais moyen n'en a rien à foutre des régions, qui deviennent de grandes étendues de neige glaciales et apparemment inhospitalières. Je voudrais écrire ici qu'il a tort, mais au fond, j'aime bien que les gens de la ville me fichent la paix quand je travaille aussi fort pour les nourrir. Sans rancune.

J'ai donc le plaisir de baigner dans le fascinant monde du service à la clientèle depuis une semaine. Au début, ça me faisait royalement chier. D'abord, il faut que j'arrive là propre, habillée d'un sourire même si j'ai eu une semaine de merde au préalable. Je dois répéter approximativement la même affaire 200 fois par jour, expliquer qu'une chèvre, ce n'est pas la même affaire qu'une brebis, pitonner sur une caisse enregistreuse tout en restant charmante. C'est vrai, je suis bilingue et sympathique, donc ça marche. Et puis, il n'y a pas que des petites madames riches qui débarquent... Disons que je tolère assez bien, ça fait changement de porter autre chose que des big bill de temps en temps!

Malrgé tout, je trouve qu'il y a quelque chose de louche quand je me promène en tracteur et que je dois faire attention pour ne pas accrocher la Porsche, la Mercedes, l'Alpha Romeo ou l'autre bazou du même type stationné à côté de Dolores. C'est indubitablement pastoral comme dirait l'autre.

Ah, et oui, je déménage le premier juillet, mais je ne sais pas encore où. Je vide mon appart, avis aux intéressés... Je me tiens prète à tout; à rester comme à partir. Alors d'ici à ce que la décision finale soit prise sur mon cas, je serai en mode boîtes. On verra ce que la vie aura à m'offrir cette saison-ci!

mardi 12 mai 2009

Rêver c'est bien. Dormir, c'est mieux.

Je pense que si j'étais une balle de laine, il serait marqué sur mon étiquette "100% fibre inconnue". Oui oui, il y a une suite à mon histoire décousue...

J'appellais donc ma maman pour la fête en question. Pas que je trouve franchement important de participer à cette foire commerciale, je pense que je pourrais mériter quelques porte-clefs des "matérialistes anonymes", seulement, je pense que pour ma mère qui vient tout juste de perdre sa mère, c'est important cette année de savoir que sa fille pense à elle.

Maman me parle un peu de sa p'tite vie de workoholic, des suites du décès de grand-maman, de ses p'tits bobos... (En effet, passé 50 ans, les mères se mettent à nous relater leurs problèmes de santé plus souvent. La mienne étant médecin, elle y ajoute sans gène des détails croustillants de réalisme. Passons.)

À un moment donné, maman me mentionne qu'il faudrait que quelqu'un habite la maison des grands-parents le temps que les affaires se règlent, une question d'assurances. Ai-je bien entendu? Un logement gratuit? Faut investiguer, en discuter avec la famille, c'est certain, mais je trouve que ça tombe pile-poil pour moi...

Finalement, je conviens avec maman que pour la fête des mères, j'irais lui faire son jardin. En cadeau, je lui apporte 2 poches de fumier de mouton. Jamais j'aurais pensé donner un truck de marde à ma mère en une telle occasion, mais bon, ça lui fait plaisir...

Alors, qu'est-ce qui m'arrive dans les prochains mois? Peut-être que je devrai momentannément délaisser le mouton et toute l'aura qui vient avec le titre de bergère. Mais bon, si c'est pour mettre un peu d'argent de côté... Bergère, c'est loin d'être payant! J'ai beau me dire que l'important, c'est de vivre, et croire très fort que l'argent, c'est mal, ça pourrit les gens, n'empêche que de pouvoir enfin faire une épicerie "spontanée", ce serait génial... Sans compter mes projets de voyage...

Qu'est-ce que je suis fatiguée moi! Ça suffit le blogue, c'est le temps d'aller au lit!

dimanche 10 mai 2009

Patinage et crise de foie


Sentez-vous cette singulière odeur? Ce p'tit truc à la fois familier et exotique, qui rappelle les fois où on est désorienté et où on se demande si on est en train de tourner en rond ou bien d'aller de l'avant... Oui, c'est ça! Ça sent le changement! Moi, prendre un break? On dirait ben que jamais d'la vie!


Mardi matin, V. (l'autre bergère, ma coloc pour le moment) décide de rencontrer les patrons histoire de savoir un peu où est-ce qu'on s'en va. Depuis plusieurs mois, il était convenu que V. emménagerait le 1er juillet dans un 3 1/2 que le boss est censé faire construire. Mais les travaux ne sont toujours pas entamés. Et moi dans tout ça? Bof, on va bien s'arranger...


De retour de sa rencontre au sommet, V. m'annonce que j'ai rendez-vous avec le boss à 15h. Je me mets à paniquer. En ne voulant pas me stresser avec la vie, j'ai complètement oublié de penser à ce que je voulais vraiment. Je n'ai aucun objectif clair dans ma tête, j'ai l'impression que je vais me faire bouffer toute crue dans les négociations. Je sais que l'ouvrage en bergerie va bientôt commencer à manquer pour 2 personnes, et j'aperçois le spectre du comptoir de vente de fromage dans l'embrasure de la porte. Je suis excellente avec le public, parfaite bilingue et je sais faire balancer une caisse comme personne. Mais j'ai aussi un DEC en GEEA (et des dettes pour des études qui ne me servent actuellement à rien), une passion pour l'élevage et le goût de voyager qui me prend au ventre comme une envie d'chier. Je veux rester ou bien je veux partir? Est-ce que je peux trouver mieux ailleurs? Hé ho! J'aimerais bien comprendre moi-là où c'est qu'elle veut en venir ma vie!


Je n'arrive pas à faire la sieste. J'esquisse une grille Excel pour essayer d'être rationnelle. J'appelle des amis pour avoir des conseils, mais en général, ça dépasse tout le monde. L'heure fatidique arrive et je ne sais toujours pas ce que je veux. Peu importe, advienne que pourra, j'y vais.


J'arrive à la porte de l'immense manoir de mon boss. Il m'attend sur le pas en donnant des ordres brefs à son téléphone sans fil. Il raccroche; c'était le notaire. Il me dit de m'asseoir au soleil, disparaît dans la cuisine et revient avec deux bières. Pschiit! Pschiit!


-Pis Andréane, tu vois ça comment l'avenir?

-Euh, à long terme, à court terme??? (double axel)

-Ben à long terme mettons...

-Ça veut dire quoi long terme? (triple boucle piqué)

-Ben long terme là...

-Euh, ben on parle de mois, d'années? (Elle s'avance avec la rondelle...)

-Mettons 2009.

-Ben, j'aimerais ça faire quelque chose que j'aime... (Rate le but)


La conversation tourne en rond, je patine comme un enfant avec une chaise dans un champ mal drainé. Et mon boss fait pareil. Rien de concret ne ressort de la discussion. Mon boss parle de projets d'avenir, de moutons dans des ascenseurs, de frottage de Mignerons, de F-150, de paëlla... Ok. Aujourd'hui, j'ai échoué. Demain est un autre jour.


V. et moi sommes invitées à souper chez lui le soir-même. Bon souper, très bien arrosé, un peu noyé même, comme une patinoire qui fond au soleil... En enfourchant mon vélo pour rentrer, je me dis que le lever du corps sera difficile le lendemain.


5h15. Mon réveil sonne. Une sensation bizzarre me saisit par le cou. Snooze. (Le snooze, c'est bien connu, est une invention du diable.)


5h25. Je me botte le cul très fort, mets mon linge de bergerie et je tombe dans mon lit. Allez, un p'tit effort, je monte à la cuisine, me verse un verre de jus d'orange, prépare le café. J'ai mal au coeur. Si seulement j'avais un dalot pour gerber... Vomir sur litière accumulée, c'est ordinaire pas mal...


V. se lève, fraîche comme une rose...ou presque. J'ai du mal à lui parler. Une gorgée de jus. Un haut-le-coeur. Deuxième gorgée de jus. Vite, aux toilettes!!!


Je passe au bout du compte une journée de merde à essayer de garder un verre d'eau avec une Advil. Même pas moyen de regarder la télé, ça me fait vomir ce que je n'ai pas dans l'estomac. J'arrive à garder une soupe poulet et nouilles à 17h seulement.


Moi qui pensais que les choses allaient bouger... Je ne regardais peut-être pas au bon endroit. Tiens donc, c'est la fête des mères ce dimanche, et je serai en congé jeudi-vendredi-samedi. C'est le temps de faire mon devoir de fille et d'appeller ma mère (gargouillis louches me rappellant de m'en tenir à la soupe aux nouilles, bien que la crème glacée m'appelle depuis le congélo).

lundi 4 mai 2009

Cogito ergo sum

Je l'avoue, je vis un brin de panique. Les jours passent très vite, je vis de nouvelles aventures à chaque instant. Tantôt, c'est un tuyau de louve qui se débranche, déversant un flux intarrissable de lait en poudre sur le plancher de la pouponnière, une autre fois, c'est une groupe d'agnelles qui semble halluciner des fantômes dans la bergerie... Les traites s'enchaînent, les agnelles apprennent la routine, et moi, je compte les coups de pompe; 12 litres de produits à chaque fois. C'est quand même magique l'agriculture, à chaque jour, mes brebis transforment du foin en lait (et la terre a faite pousser ce foin l'an passé, c'est incroyable quand on y pense!). Mais bon, moi, je ne comprends toujours pas pourquoi, j'ai besoin de plus d'aventures. Ma vie est déjà assez instable comme cela, pourquoi suis-je aussi insatiable?

Le premier juillet, je n'aurai plus de logement. En fait, je ne sais pas exactement où j'habiterai, plusieurs possibilités sont sur la table; ça va du chalet rustique à la tente, en passant par l'aménagement de Dolores en maison roulante. Je dois me débarrasser des 3 voyages de pick-up que j'ai déménagés ce printemps, réussir à vivre avec moins pour profiter plus, pour être plus flexible. En même temps, je sens un urgent besoin de voyager, et j'ai un peu honte de mes grands projets. Qu'est-ce que ça donne de faire le tour du monde quand au fond, je sais très bien que le bonheur me pend au bout du nez? Qu'est-ce que je poursuis tant à vouloir parcourir des milliers de kilomètres, à qui ai-je quoi que ce soit à prouver?

Dans ma tête, je joue avec les projets. Sur mon ordi, je budgète mille et une possibilités dans des grilles Excel. Je pense et le pense en essayant très fort de ne pas me retrouver face à face avec les milliards de chemins que je pourrais suivre, provoquant ainsi la vertigineuse sensation de l'immensité de l'Univers, un truc qui me fait vraiment peur par moments... Un professeur de développement social m'avait un jour cité une phrase, j'ai oublié de qui c'était: "Quand on arrive à un carrefour, il faut le prendre." All right, je le prends!

Alors entre les nouvelles p'tites balles carrées qui sentent la chèvre et le remplacement de quelques manchons trayeurs, je contemple un arc-en-ciel couronnant les pâturages verdoyants. C'est don beau la vie quand on ne s'inquiète pas!

mardi 14 avril 2009

Bleu comme le ciel

Le printemps est bel et bien revenu. Le soleil brille fort dans le ciel bleu de Charlevoix, les oiseaux chantent, les agnelages achèvent, les dernières plaques de neige sont presque fondues. Je contemple ce printemps avec grande émotion, car il est arrivé au même moment où ma grand-maman a quitté ce monde. Celui-ci aurait été son 86e printemps.

Je me préparais à aller la voir pour le congé de Pâques, elle et tout le reste de la famille. J'avais hâte de lui parler de ma nouvelle bergerie, de manger de sa bonne soupe, de voir son sourire doux et de sentir la fierté qu'elle porte dans le regard qu'elle pose sur ses petits-enfants.

Un matin comme les autres où l'ouvrage ne manquait pas, j'ai reçu le coup de fil m'annonçant son décès subit. Ma médecin de mère m'a expliqué en termes scientifiques et clairs qu'elle n'avait pas souffert, qu'elle avait choisit alors qu'elle était pleinement consciente de mourir dignement plutôt que de se faire opérer et de devoir passer le reste de sa vie branchée à un appareil qui la maintiendrait artificiellement en vie sans espoir de guérison. Grand-maman avait pris le temps de dire à chacun d'entre nous ce qu'elle avait à dire. Elle a vécu une vie exemplaire, remplissant aussi bien que possible son rôle ici-bas, rien de moins. Et elle est morte comme elle l'aurait souhaité: rapidement, sans trop de souffance, sans une longue agonie qui aurait été un fardeau pour son entourage. Elle s'est éteinte doucement comme une chandelle qui a fini de brûler. Elle était prète.

Pour mon second week-end de congé, j'ai donc pris un peu plus long, le temps de me réconforter auprès de ma famille que j'aime tant. Grand-maman aurait apprécié de nous voir tous rassemblés ainsi. Elle avait tellement travaillé à s'assurer que l'harmonie règne autour d'elle, le ciment des liens familiaux a pris.

Une page du livre de la vie s'est tournée, le grand cycle se poursuit. Et pendant le chemin du retour, je me suis dit qu'à présent, le bleu du ciel me rappellerait ses yeux qui veillent désormais sur le monde, dans l'espérance de nous voir continuer à répandre le bien sur cette Terre.

vendredi 3 avril 2009

Tourisme forcé sur la côte de Beaupré

J'ai fini par ramener mon dernier voyage de stock d'Amqui. Une dernière expédition qui m'a pris beaucoup d'énergie. D'abord le retour dans un appartement vide, le chargement de Dolores avec ma seule rutilante force et une couple de sacres, et puis la tournée d'adieux. Je suis allée à Matane dire un dernier au revoir aux gens que j'ai côtoyés pendant mon cours en agriculture et ramasser du même coup mon vélo qui était resté dans le bureau à Guy.

Après une nuit de sommeil à Sainte-Blandine, là où j'ai commencé à m'intéresser au mouton, j'ai entamé mon long voyage vers Baie Saint-Paul. J'étais remplie d'incertitudes, de doutes, de peurs, et quelque chose me stressait sans que j'arrive à mettre le doigt dessus. Mes projets, mes aspirations, mes désirs les plus fous, tout se bousculait dans ma tête, ponctué de retours les deux pieds sur terre.

Arrivée à Québec, je me trompe de sortie et au lieu de contourner la ville par la 40, je me retrouve sur Charest, puis, sans m'en rendre compte, je bifurque et me perd complètement dans les méandres de la capitale. Je l'avoue, je hais Québec. Je n'ai aucun attachement pour cette ville qui semble elle-même ne pas m'aimer. Je m'y perds tout le temps et je n'y vis jamais d'expériences agréables.

Après avoir viraillé jusque dans Sillery en déblatérant un chapelet de mots pas beaux, je finis par trouver une artère qui me dit quelque chose. C'est l'heure de pointe et je viens de floaber 20$ de gaz. Merde!

Je réussis à reprendre la 40 et je me dirige vers Ste-Anne-de-Beaupré, je passe le pont de l'Île d'Orléans en me disant que je serait finalement pas si tard à Baie-Saint-Paul. J'arrête remplir Dolores pour une dernière fois à Château Richer et je remarque une odeur de plastique fondu en descendant. Quelque chose chauffe, c'est louche... La madame de la station service me demande si j'ai besoin d'huile ou de lave-glace avec ça. J'espère que non que je lui réponds.

Un peu plus loin, une fumée blanche s'échappe du devant de Dolores et l'odeur est encore plus persistante. Mes brakes semblent faire des free games inquiétants. J'arrête dans la première cour de garage que je vois; il est 5 heures moins 5. Verdict: frein collé. La cause: mes vieux calisses de gallipers rouillés que je voulais changer mais que j'avais décidé de toffer en core un peu, cassée comme j'étais. Solution: les changer, demain, parce que là, on ferme.

Je me retrouve donc toute seule, loin d'une ville, loin d'un resto, loin de chez moi. Le garagiste me dit que Sainte-Anne-de-Beaupré est à 10 minutes, j'envisage l'espace d'un instant faire du pouce pour y aller, mais je me rappelle que j'ai mon vélo dans la boîte du truck. L'espace d'un instant, me voilà en pèlerinage en bicyclette vers la basilique. Là bas, j'espère trouver un logis pas trop cher, et de la bouffe.

Je trouve de la bouffe, mais le lit pas cher, on oublie. Il y a un paquet de motels pour vieilles madames riches (je crois que j'ai une dent contre les vieilles madames riches), mais l'auberge de la basilique où on accueille normalement les pèlerins est fermée. En fait, tout est fermé, la basilique est déserte, le cyclorama aussi. Moi qui pensait pouvoir aller au moins me recueillir un peu, et rencontrer des cathos sympas qui m'auraient dépannée... Mais non, la basilique, c'est une attraction touristique, avec des p'tits magasins de souvenirs, un Mc Do et plein d'incitatifs à dépenser. Comme je suis naïve...

Je vais manger au resto et je reviens donc bredouille en pédalant sur une route bordée de caveaux à légumes du 19e siècle, de bâtiments patrimoniaux et de bed and breakfast 5 étoiles. Je stationne Dolores face au fleuve derrière le garage et je m'installe pour y passer la nuit dans mon sac de couchage avec une bonne couverture de laine.

Le lendemain matin, je me lève face à l'Île d'Orléans, bien reposée. Le camping, ça me manque, et Dolores est vraiment confo dans l'fond!

Mes gallipers ont été posés dans l'avant-midi et j'ai pu arriver pour faire la besogne de l'après-midi. Décidément, y'en n'aura pas de facile comme disait l'autre!

lundi 30 mars 2009

Au pays de la guerre des tuques

J'y suis, depuis la fenêtre à côté de l'ordinateur, je peux voir la grange Fisher Prize dans laquelle je travaille. J'ai commencé à travailler très vite, mon beat de vie est désormais rythmé par les traites matin et soir. J'ai l'impression d'avoir passé dans un autre univers. En fait, c'est un peu le cas: bienvenue sur la rive Nord!

Ici, les gens sont bien habillés, ils conduisent des voitures neuves et ne sont pas du tout impressionnés par Dolores. Oui, Charlevoix, ça a son charme, les boomers l'ont bien compris. Baie Saint-Paul veut devenir une ville «amie des aînés», c'est pour dire... Fini les gars en 4 roues pas d'casque, la longueil au vent, qui cumulent leurs timbres jusqu'à l'automne histoire d'avoir 2 semaines pour disparaître dans le bois avec des armes et une couple de 24 de Wildcat, désormais, je vais côtoyer des p'tites madames riches qui conduisent des gros bateaux et qui prennent des pilules pour la pression, l'anxiété, les bouffées de chaleur, la thyroïde ou whatever... Sympa tout de même!

C'est ici il paraît que La guerre des tuques a été tournée, l'année de ma naissance. Je me rappelle que quand je regardais ce film-là étant petite, je ne comprenais pas que c'était toujours le même film qui jouait. À chaque fois que le film jouait, j'avais espoir que Cléo ne mourrait pas cette fois-là... Hmmm, tranche de vie inutile, tiens, je vais en faire le titre de l'acticle!

Je me sens un peu comme une extra-terrestre de ce côté-ci du fleuve. Je suis paumée, et je n'ai pas l'habitude de voir autant de monde autour de moi. J'ai l'habitude d'être seule et pauvre, et de ne pas avoir honte si ma transaction est refusée parce que mon chèque de paye est encore gelé. J'ai l'habitude de jaser des problèmes du monde dans lequel je vis avec mon garagiste, de pouvoir acheter du fort au dépanneur, de prendre le rang des gars chauds pour faire de la vitesse (parce que je ne conduis pas quand je bois moi), de parler à n'importe qui avec mon accent de gaspésienne d'adoption truffé de «ben manque» et d'expressions de fond de rang colorées... J'espère que je vais pouvoir continuer à parler fort, ne serait-ce qu'à mes brebis!

Je viens de terminer ma première fin de semaine ici. Les traites s'enchaînent, les shifts coupés, les siestes l'après-midi... Il tombe une belle neige de printemps au pays de la guerre des tuques!

mardi 17 mars 2009

Salut bergère!


Le déménagement est entamé. J'ai 2-3 voyages à faire entre Lac-au-Saumon et Baie Saint-Paul, des voyages de 7 heures étant donné que le traversier de Rivière-du-Loup n'est pas en fonction avant le 9 avril. Je ferai le grand tour par Québec, et dans ma planification, je dois tenir compte d'une donnée qui n'existe pas dans mon monde à moi: l'heure de pointe.


Je passe mes journées à faire des boîtes, à classer des papiers, à jouer à Tetris dans la boîte de mon pick-up, obsédée par les espaces vides. Après quelques heures de dur labeur, j'ai envie de jaser avec un être humain. Tournée de téléphones, tournée de répondeurs. Même quand on appelle dans les bureaux, on tombe sur des machines. Les automates sont en train de prendre possession du téléphone. Je me sens comme une machine.


Ce midi, histoire de voir du monde et d'éviter d'avoir à cuisiner, je vais dîner à la cantine Fortier (excellente poutine, et en plus, ils mettent des frites dans les burgers all dressed). Lorsque je sors de là après m'être rassasiée de faits divers et d'histoires de drames familiaux dans le Journal de Québec, un homme m'apostrophe: "Salut bergère!". Je le salue en montant dans mon pick-up telle une habituée. C'est un producteur du coin, ça me fait un p'tit velours. Je sens que j'ai quand même réussi à faire ma place pendant l'année que j'ai passée ici. On me reconnaît comme la bergère, et c'est ce que je suis.


La fatigue, le stress font que je n'ai pas besoin de grand chose pour m'émouvoir. Le "Bonne chance!" écrit par la femme de mon boss sur mon dernier chèque de paye signé par lui m'a fait chaud au coeur. En ville, c'est le printemps, et comme le disait Joe Dassin, on dirait que les gens sortent de la terre. La Vallée se refait une beauté pour l'été, et j'ai à peine le temps de me promettre d'y revenir un jour, histoire de me rappeller à quel point c'est un beau coin.

vendredi 13 mars 2009

Boucle bouclée


C'est fait, je suis revenue de ma dernière journée de travail à Sainte-Florence. Je ne sais pas si c'est parce que je me suis construite une armure anti-débordements d'émotions, mais toujours est-il que ça s'est fait sans pleurs ni grincements de dents. J'ai eu beau compter les dodos avant ce jour fatidique, j'ai l'impression que c'est maintenant que le stress commence. Mais wô minute comme le dit si bien la campagne de sensibilisation sur la sécurité dans le transport scolaire, j'ai vraiment besoin d'une journée bouette moi-là!


Tout à l'heure, j'ai dit au revoir à Mechoui et j'ai fait une dernière séance de câlins à 6927. Après avoir soigné tout le monde, j'ai pris le temps de passer un coup de balai et aidé une brebis à mettre au monde d'immenses triplets. Au moment de quitter la serre, j'ai aperçu une lumière printannière, lueur d'espoir que j'attendais tout l'hiver. C'est fou combien cet hiver a été dur. Mais c'est une des choses qui m'émerveille le plus dans mon métier; l'éternel recommencement, la roue qui tourne, comme pour nous rappeller qu'on fait partie de quelque chose de plus grand, d'immuable. Au fil des tours de cadran de régie, des quatre saisons, des routines, le monde évolue, mais au fond de tout ça, il y a toujours une certaine stabilité.


Je suis partie. Je vais vers un nouvel horizon. Je fonce vers l'inconnu. Et la peur que j'ai au fond de moi a quelque chose de rassurant...

dimanche 8 mars 2009

Logistique de transport et grosses décisions

Ça bouge par ici! La fin de semaine dernière, j'ai fait une petite escapade à Baie Saint-Paul, dans Charlevoix, pour visiter une amie bergère qui a besoin de renfort. Disons que ça tombe bien. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir trop longtemps, on dirait que les astres sont alignés. Je vais faire le grand saut, même si je ne sais pas exactement dans quoi je m'embarque.

Je quitterai donc mes filles le 13 mars, pour ensuite déménager à Baie Saint-Paul le plus rapidement possible. Heureusement que j'ai Dolores. Lundi, j'ai officiellement annoncé à mon boss que je comptais partir. La nouvelle est passée aussi facilement qu'une commande de moulée. On sait qu'on l'a fait, mais la réaction est si faible qu'on doute d'avoir été bien compris. Mais voilà, c'est dit, je m'en vais.

Pour déménager, je devrai faire le grand tour par Québec, la traverse Rivière-du-Loup-Saint-Siméon étant fermée jusqu'au 9 avril. Je ferai le second voyage après Pâques en passant par le bateau, et j'espère très fort pouvoir m'en sortir avec seulement deux voyages de Dolo. En ce moment, je jette plein de stock. Les souvenirs prennent le bord du bac à recyclage. Je dois me répéter constamment que ce n'est que du matériel...

Je songe à plein de formalités à remplir: vendre mon char qui ne roule pas, changer mon adresse (mais pour l'envoyer où, ma job dans Charlevoix pourrait n'être que temporaire), acheter de nouvelles bottes, faire des boîtes, régler mes impôts histoire de recevoir mon retour le plus vite possible, trouver une paire de bras pour me donner un coup de main... Et par-dessus tout, rester zen et ne pas laisser la vaisselle s'empiler à côté de l'évier.

J'entame demain ma dernière semaine de travail à Sainte-Florence. Je devrai dire adieu à Mechoui, à 6927, au lapin errant de la bergerie et à mes étournaux casher nourris au grain végétal issus d'une agriculture durable... J'ai peur, mais je fonce pareil!

mercredi 25 février 2009

J'ai plus de frein!

Hier soir j'ai été victime de rage au volant avec Dolores! Je revenais paisiblement de travailler à 70 km/h (dans une zone de 90) quand une petite voiture s'est mise à coller au derrière de mon camion et à me faire des appels de phares. Sur le coup, j'ai cru que le conducteur avait vu une quelconque défectuosité sur Dolores et j'ai donc ralenti. J'étais presque rendue chez moi quand il s'est mis à klaxonner comme s'il revenait d'une noce. C'est grave, que je me suis dit, je vais sûrement perdre une roue sous peu... Alors que je tournais dans ma cours, le chauffeur du véhicule a baissé sa vitre et s'est mis à me crier des injures, le genre de truc qui semblait venir du fond du coeur. Merde, que je me suis dit, j'au sûrement tué un enfant sans m'en rendre compte! Avant même que je n'aie le temps de remarquer le modèle de sa voiture, il est reparti en vitesse. Je n'y crois pas, j'ai vécu deux ans à Montréal sans voir une chose pareille. Je me demande ce qu'il ferait lui sur le Métropolitain un vendredi après-midi...


Ajourd'hui, jour de tonte à la bergerie. La tonte, ça fait frémir les bergers. C'est comme courir un marathon. Et quand tu sens que tu n'en peux plus, tu réalises que tu n'as pas encore passé la moitié.


Je suis debout à 4h30. J'engloutis un lait de poule à deux oeufs, le liquide, ça passe mieux que le solide avant que le soleil ne se lève. Et hop! J'embarque dans Dolores, en route pour la job. Chemin faisant, je remarque une odeur de plastique fondu, l'odeur que j'associe normalement à une fuite d'huile. Ça ne sent pas bon... Arrivée devant la ferme, mes freins ne mordent pas. Un cauchemard qui m'est déjà arrivé, cet été. Heureusement, il est tellement tôt qu'il n'y a personne sur la route, je réussis à revenir à la ferme et à me stationner en maniant le brake à bras (qui est à pied sur Dolo) comme une pro.


Bon, une fuite d'huile à brake... Il me faut juste de l'huile à brake pour me rendre au garage... Mais avant ça, la tonte... Un problème à la fois.


Une journée de tonte, ça ne se raconte pas, ça se vit. Quand c'est fini, il y a un bordel épouvantable à ramasser, et j'hallucine de la laine partout. Mes mains sont couvertes d'huile et de lanoline et mon nerf sciatique...ben il existe en crime!


Après je ne sais plus combien de voyages pour mettre des poches de laine sur le fenil, je dois prendre la voiture de la blonde du boss pour aller chercher plein d'huile à brake au village. Je suis tellement fatiguée que je me trompe et je mets l'huile à brake...dans le liquide de power steering. Pas un drame, mais mon pick-up ne brake pas plus.


J'ai donc fait les 20 km qui me séparaient du garage sans freins! La paranoïaque en moi soupçonne l'enragé au volant, l'animiste se dit que Dolores a été insultée... Qu'à cela ne tienne, demain, tout sera rentré dans l'ordre.

vendredi 20 février 2009

Intro, boulot, dodo.

Vendredi, enfin! Pour la première fois depuis près d'un mois, j'ai une vraie fin de semaine devant moi. Je me suis défoncée dans le travail toute la semaine, comme si j'avais quelque chose à prouver à quelqu'un, comme si le troupeau m'appartenait, comme si je devais mériter ces deux jours de congé. Je prends conscience de l'existence de mon nerf sciatique et je fantasme sur un set de draps de flanelle avec taies d'oreiller assorties. Je suis en pyjama depuis 17h, et mon chat m'engueule pour qu'on aille se coucher au plus vite. "Ta gueule, j'écris mon blogue!" On peut dire ta gueule à un chat (et aussi à une brebis), ce serait impoli de leur dire autre chose.

Ce serait trop long (et franchement ennuyeux pour moi) de relater tous les événements de cette semaine. J'irai donc avec une énumération étant donné que c'est rapide et impressionnant à la fois. En vrac donc, j'ai réparé le plancher de la grange qui a défoncé ce lundi, accidentellement arraché une conduite d'eau avec le bobcat, fait de la plomberie le reste de cet avant-midi-là, écrasé une brebis morte en bobcat pour ensuite constater qu'elle était gestante au moment de sa mort, démonté les igloos à agneaux en priant pour que les -40 ne reviennent plus jamais, assisté mon boss qui a vidé 4 rangées de fumier et mettons qu'on peut mettre un etc. ici. Ce ne sont que les événements dignes de mention selon moi. Il y en a plein d'autres, la vie de berger, c'est trépidant pour les néophytes; moi, j'ai besoin d'être un peu blasée, sinon, vous comprendrez que je capoterais ben raide!

J'ai très envie de vous faire ma chire bergère numéro 1 ici, mais il est tard, et mon chat se fait de plus en plus insistant. Elle a même commencé à employer des moyens de pression déloyaux pour me forcer à me lever de mon siège d'ordinateur. J'ai beau avoir tenté d'acheter la paix en la nourrissant, elle menace maintenant de faire tomber la vaisselle qui traîne sur le comptoir. J'ai un drame à régler. Et il faut que je dorme.

samedi 14 février 2009

Molson salue les vrais!

Grosse semaine, j'ai l'impression de vivre deux vies en même temps. Ça m'a pris quelques jours pour retrouver ma motivation à la bergerie. Ce n'est pas évident de faire comme si tout était normal en gardant en tête qu'il va falloir que je me revire de bord rapidement à un moment ou à un autre... Pour ajouter à tout cela, les problèmes se succèdent et on perd beaucoup d'agneaux. C'est une période d'agnelages difficile qui demanderait toute mon attention, mais j'ai l'esprit et le coeur occuppés ailleurs.


Je suis allée chercher Dolores au garage jeudi. Je ne l'ai toujours pas chaussée de pneus d'hiver neufs, et ceux que j'ai sont légaux, mais un peu trop usés. D'ici ma prochaine paye, je devrais pouvoir remédier à la situation. En attendant, j'ai les traction aid du père de mon boss (il m'a prise en pitié et m'en a fait cadeau...peu de gens réussissent à me faire des cadeaux aussi appropriés!) et des sacs de sable dans la boîte. Le vieux tape des Beatles est resté pris dans le lecteur, d'ici à ce que je prenne mes long nose pour le sortir de là, je me retrouve constamment dans des situations cocasses impliquant une toune des Beatles (par exemple rester pognée à virer dans l'beurre sur une plaque de glace sur un coin de rue avec "Obladi Oblada" qui te donne envie de rire comme une déficiente légère, ou ben étouffer sur "Don't let me down"). D'autres réparations mineures sont à prévoir avant mon grand départ, une histoire à suivre...


Une semaine déjà que je sais que je perdrai mes filles prochainement. Je dors un peu moins bien, je stresse, j'obsède sur toutes sortes de choses futiles. La peur de l'inconnu me prend certains jours, et il m'arrive de douter de mes capacités à entreprendre un tel voyage. Vendredi, je me suis pris une gomme et je suis allée ruminer dans le parc avec Mechoui, une vieille brebis apprivoisée qui a traversé son lot d'épreuve et qui a vécu une vie beaucoup plus palpitante que la majorité des filles du troupeau. Ce n'est pas une super brebis, elle est croisée et sa conformation laisse franchement à désirer. À son âge, je me demande bien ce qui adviendra d'elle lorsque le troupeau sera vendu. Est-ce que le prochain berger qui l'aura saura reconnaître qu'il s'agit d'une brebis extraordinaire?


Mechoui, elle, elle s'en fout. Elle mange, elle rumine, et quémande des caresses (ce qui est rare pour une brebis). Si tout s'est toujours passé pour le mieux pour elle, même quand elle a agnelé de quintuplés, même quand on l'a ramené dans sa bergerie natale après un long séjour à Québec, pourquoi est-ce que je m'inquiéterais pour moi?


Mes projets me semblent tellement gros, et je me demande quand est-ce que je vais pouvoir m'arrêter. Je suis tellement insatiable d'aventures et d'histoires hors du commun que je doute parfois de mon authenticité. Mas hey, j'suis une vraie moi, tellement que quand j'ouvre une caisse de bière, les bouteilles me saluent!

lundi 9 février 2009

Vive la révolution!


Voyez, j'suis efficace!


Lundi matin, la motivation est difficile. Je lutte constamment contre les réflexions existentielles qui trottent dans ma tête. À quoi bon donner tout ce que j'ai pour un troupeau qui s'en va? Mais bon, tant qu'à être dans cette ligne de pensée-là, je pourrais aussi bien mourir maintenant puisque je vais mourir un jour. Chassons vite ces pensées troubles! Je plogue mon i-pod sur mes oreilles et me donne un fix de musique histoire de persévérer.


Finalement, mon boss m'accorde un après-midi de congé. Après dîner, je me mets donc sur le cas de Dolores. J'ai réussi à emprunter les "traction aid" du père à mon boss (c'est quoi le terme français correct de ce truc-là???). J'ai de l'espoir et un moral d'acier (sans les larmes de métal).


Je démarre. Le vieux tape des Beatles que j'avais oublié à l'automne se met à jouer dans le prélart. "You say you want a Revolution, well you know..." Je trouve ça drôle, et ça me donne du courage. Vroum! Vroum! Dolo bouge d'un pied. "Don't you know it's gonna be...allright" Vroum! Vroum! Le moteur meurt, la toune arrête. N'écoutant que mon courage, je donne quelques coups de pelle, évalue la situation et redémarre. "You say you got a real solution..." Les speakers grichent, ça sonne comme une radio à ondes courtes. Vroum! Vroum! Ça bouge! "You better free your mind instead" et voilà, Dolo est tirée d'affaire. All right!!!


La ride jusqu'au garage n'est que pur plaisir intense. C'est grisant de conduire Dolores.


J'ai pris le reste de l'après-midi pour travailler sur mon cv avec la fille du CJE. Je vais sacrer mon camp. Pour de vrai! Et faire la révolution...

dimanche 8 février 2009

Des larmes de métal

Hourra! Dolo a bougé de 4 pouces!!!


Mais tout d'abord, la suite de la mise en situation.


Revenons à vendredi dernier. Il n'est pas encore 8h30, et je me dis que j'ai déjà ma journée. Je me mets à déneiger Dolores en me disant que je me donnerais le droit de pleurer à la fin de la journée, seulement à la fin. Ravalant mes sanglots, puisque pleurer fait rarement avancer les choses, même quand on essaie de sudoyer un policier, je pellete et ma petite voix intérieure me dit que ce soir, ce sont des larmes de métal que je vais verser. Si quelqu'un a les tabs de cette grande chanson de Normand Brathwaite, envoyez-les moi s'il-vous-plaît!


Finalement, la blonde de mon boss est venue me chercher, ma présence à la bergerie est trop cruciale pour qu'on me laisse régler mes affaires une bonne fois pour toutes. Sur le chemin, nous avons une discussion philosophique fort intéressante sur le sens des choix qu'on fait dans la vie (le genre de conversation qui commence généralement par "T'aimes ça la misère toi fille!").


La journée va rondement, j'ai de l'espoir. Quand vient le temps de commencer la besogne du soir, mon boss se pointe et la fait avec moi. Bonheur, certes, mais il y a anguille sous roche. Après avoir soigné tout le monde, que les filles se soient toutes tues parce que trop occuppées à manger, il reste planté là, l'air d'avoir quelque chose à dire sans trop savoir comment amorcer la discussion. Il demande simplement si j'ai entendu parler de quelque chose. Je n'ai peur de rien, qu'est-ce qui peut bien arriver de pire aujourd'hui?


Mon boss m'annonce alors qu'il a l'intention de vendre le troupeau. Pour mars. Ce serait donc une bonne chose si je commençais à regarder pour une autre job. J'encaisse le coup sans trop comprendre ce qui est en train de me rentrer dedans. C'est pas un drame, je pensais déjà partir. Pas si vite, mais bon...


J'emprunte son pick-up à lui pour rentrer. Deuxième retour d'affilée où je ne peux retenir mes pleurs. Des larmes de métal, des vraies. Mais en même temps, c'est le coup de pied au derrière qui me manquait pour aller de l'avant. Je ne peux pas m'encrasser dans la même bergerie toute ma vie. Statistiquement parlant, il y a une possibilité assez grande pour que je n'arrive jamais à démarrer ma propre entreprise, et je suis prête à assumer ce risque. Mais tant qu'à faire, je préfère vivre une vie palpitante, remplie de rebondissements, digne de meilleur film que j'aie jamais vu.


Alors oui, dans un mois ou deux, je vais perdre mes filles. Mais je partirai à la recherche d'un autre troupeau. Au volant de mon pick-up.


D'ailleurs, mon pick-up, parlons-en. Après avoir retiré le gros de la neige qui la recouvrait, j'ai du lui remettre du gaz. N'ayant pas de "canisse" réglementaire, j'ai réussi à convaincre les filles du Shell à Amqui (qui en passant sont franchements sympathiques!) de me remplir deux gallons de lave-vitre. Ça devrait être assez pour le faire bouger jusqu'au garage. Et puis me voilà avec ma pelle dans le vent, le frette pis toute à tenter de sortir ma grosse Dolo du banc de neige en utilisant des moyens plus ou moins catholiques...


Dolores est partie au premier essai. Qui a dit que les moteurs à carburateurs étaient à chier en hiver? Qui a dit que ma batterie allait fendre à endurer les -40 des dernières semaines? J'emmerde la Terre entière; Dolores, c'est la meilleure.


Mais elle n'a bougé que de 4 pouces. Je vais avoir besoin d'aide. Et je n'ai pas d'ami qui habite à moins de 1 heure et demie de route de chez moi. Mais peu importe, j'ai traversé bien pire, je l'sais, j'suis capable. On est à 2 km de la prochaine étape, et je dois rentrer travailler demain. J'ai un vrai week-end la semaine prochaine. Et ça va bouger de plus que 4 pouces, garanti!

samedi 7 février 2009

Quand c'est le temps de bouger...

Voilà voilà... Par où commencer?

Situation initiale: je travaille depuis le mois de mai sur une ferme ovine à Sainte-Florence, dans la vallée de la Matapédia. Je suis bergère, c'est mon métier, ma passion, enfin, ce qui me donne envie de me lever avant le soleil chaque matin et me fait dormir comme un bébé (qui fait ses nuits) tous les soirs.

Mais voilà que l'isolement se fait de plus en plus pesant. Les grands froids de décembre, suivis de ceux de janvier ne m'ont pas épargnée. Ma bonne vieille Scirocco qui me permettait de me rendre à la ferme matin et soir se met à se noyer, à geler, à brûler des sensors, à tomber en rack n'importe où et à se prendre dans les bancs de neige quand ce n'est pas assez. J'en viens rapidement à angoisser à l'idée de suivre un autobus scolaire, de pogner la lumière rouge à Causapscal, de tenter une expédition à Amqui pour faire l'épicerie... Heureusement, j'ai un boss génial qui me prête son pick-up pour que je puisse rentrer travailler. Début janvier, j'utilise mon dernier call CAA pour envoyer mon char à Matane chez le meilleur mécanicien Volkswagen que je connaisse. Il réussit à redonner vie à McFly, mais une semaine de températures sous les -30 le rachève encore. Je commence à songer à Dolores qui hiberne sous le banc de neige dans la cours...





Dolores, c'est mon pick-up à moi. Mon F-150 rouge stripé blanc; un 85. C'est un camion, et elle a de la gueule. Je me fous bien que ce soit un Ford, un Chevy ou un Dodge, elle est rouge, elle fait vroum et elle shine. Et elle est à moi. Je l'ai achetée sur un coup de tête, parce que je voulais partir en road trip avec elle, et parce que je me disais qu'elle serait plus fiable qu'un Westfalia. Je l'sais c'que c'est de tomber en rack avec un vieux Volks, j'en ai eu ma claque. Je me suis dis que pour une fois, quand je débarque dans n'importe quel garage, si la pièce pouvait déjà être en stock plutôt que de devoir être commandée par avion d'Allemagne et arriver 3 semaines plus tard, ça pourrait être bien. Malgré tout, Dolores, elle est pas 4 pattes. Et avec la pénurie de pneus d'hiver qui a sévi cette année, je me suis dis que je pouvais bien la remiser dans un igloo.
D'accord, je l'avoue, je parle autant de mon pick-up que Dany Placard. J'ai réalisé qu'en région, il suffisait de lancer ce sujet de conversation pour mettre de la vie dans un party. Alors jasons pick-up, c'est bon pour la santé. Et pour tous ceux qui pensent que j'ai une conscience environnementale, que j'ai un camion parce que j'en ai réellement besoin, détrompez-vous. J'ai un camion pour flasher. Je l'assume bon.
Tout cela nous mène à avant-hier. Je rentre du boulot, mes mains sentent un mélange d'agneau mort et de diarrhée néo-natale, je me digère l'intérieur et je suis menstruée. J'arrive à Causap, je pense positif, fort fort fort, mais je pogne la lumière rouge. J'essaie de peser sur la clutch, le brake pis le gaz en même temps, mais sans succès, mon char s'étouffe, refuse de redémarrer et se noie. Je réussis à le pousser hors du chemin, et là, je me dis que je dois attendre une petite demi-heure pour réessayer. Il fait noir, frette, mais j'me dis que je dois me trouver une mission pour passer le temps. Je marche donc jusqu'à l'épicerie, histoire de vérifier s'ils ont des pépites de chocolat blanc. Je me sens ridicule, pas de pépites de chocolat blanc à Causap. Je reviens vers mon char, je réussis à le starter et je roule jusqu'à la maison en sanglotant.
Le lendemain matin, quand vient le temps de partir, mon char ne fait rien. Ben en fait, il fait le son d'un char qui a du courant, mais dont le starter, pour une raison qu'on ignore, refuse de bouger. Je rentre, téléphone à mon boss pour lui dire que je serai en retard, et qu'en fait, je ne pense même pas pouvoir réparer mon char cette fois-ci...
Après quelques téléphones, je décide de jouer le tout pour le tout. Je prends ma pelle et je m'attaque au banc de neige autour de Dolores. La blonde de mon boss finit par venir me chercher, mais je sais que Dolo va reprendre vie, que je vais aller au bout du monde avec elle aussitôt que j'aurai des pneus d'hiver.
Et je ne pensais pas si bien dire.