samedi 24 avril 2010

Mon trip ethnique

Ces temps-ci, il me vient toutes sortes d'envies (encore le printemps, c'est le meilleur des prétextes que je peux trouver).  J'ai toujours été celle qui se revirait de bord sur un 10 cents, capable de supporter l'instabilité la plus tordue tout en restant presque zen.  Rien ne pouvait m'arrêter.  J'avais envie de tout sacrer là pour un projet saugrenu, je mettais tout en branle pour que ça se fasse.  J'ai vécu 6 mois en Islande, traversé la Corse à pieds, animé des terrains de jeux au Mexique, bu du champagne dans une villa sur la Côte d'Azur.  Entre autres choses.  Mais tout ça, vous savez, c'est assez futile.  J'me suis levée un bon matin, j'suis allée faire un cours en gestion et exploitation d'entreprise agricole, et la tête pleine de rêves, je me suis garochée dans le vrai monde.  Il faut bien que la vraie vie commence un jour.

Et voilà, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me tue certains jours de rentrer dans le moule.  J'ai une bonne job, un chum, un char, et bientôt, une maison.  Wow!  Merveilleux, que demander de plus?  Mais ce n'est pas de ça que je veux parler.

J'en ai assez de voir des personnes qui à première vue me ressemblent revenir de voyage et beurrer épais en disant combien elles sont émerveillées par les cultures étrangères.  Oui, c'est fascinant les gens d'ailleurs.  Mais à la longue, c'est redondant.

Mon trip ethnique, en ce moment, je le vis dans des petits villages.  La plupart du temps, quand je mentionne le nom d'un de ces villages à mes amis de la ville, ça les fait sourire.  C'est vrai que St-Jean-de-Dieu, St-Épiphane, Ste-Rita ou St-Médard, ça sonne creux, et en vérité, ça ne dit pas grand chose à grand monde.  Un St-Clinclin-des-Meumeux perdu au bout d'une route de terre.  Et pourtant, sociologiquement parlant, c'est aussi intéressant à étudier que les moeurs d'une obscure tribu vivant en quasi-autarcie sur une île du Pacifique.  Mais bon, moi, je n'étudie pas les p'tits village, je vis dedans.

Ces temps-ci donc, pour me remonter le moral quand l'envie me prend d'aller guider des troupeaux en Mongolie ou en Nouvelle-Zélande, je me dis que mon trip ethnique, c'est ici et maintenant que je le vis.  J'en fais partie.  Ça sert à quoi de prétendre connaître autre chose que soi-même, ici et maintenant?  Je vais tirer les vaches à Fred, pis j'me dis que je suis en train de faire ma propre histoire.  J'ignore où ça va me mener, mais au fond, n'est-ce pas ça, la vraie aventure d'une vie?

mercredi 21 avril 2010

Des bibittes plein le windshield

Je sais, je le mentionne à chaque entrée de blogue, c'est le printemps.  Au village, ils ont même enlevé toute l'asphalte, creusé des grands trous et commencé à faire circuler le monde en alternance alentour des pépines, des grues pis de la machine qui mange de l'asphalte.  Le 4x4 est toujours bien utile.  Et on espère enfin avoir l'eau courante ici...

Fred a reçu ses grains de semence hier.  Bientôt, je vais pouvoir faire ma bonne p'tite femme d'agriculteur qui lui amène des sandwiches au baloney pendant qu'il est en tracteur.  De mon côté, j'ai modifié mon territoire; je ne vais plus à l'Ouest, je travaille dans l'Est.  Peut-être parce que c'est tout nouveau tout beau, peut-être parce que le soleil de printemps est trop fort, je trouve mes nouveaux producteurs tellement sympathiques.  Alors que je commençais à faire une écoeurite de service-client, voilà que j'ai comme un regain de confiance.  Tsé, y'a une différence majeure entre un producteur qui appelle au service à la clientèle pour se plaindre que je coûte trop cher et celui qui prend la peine d'appeller pour leur dire à quel point il trouve que je suis compétente.

Il y a quelques semaines, les vieux qui habitent à côté de la ferme à Fred ont décidé de s'en aller en ville (on parle ici de Trois-Pistoles, toute une ville!).  Ils n'ont pas pris la peine de mettre une pancarte devant la maison, ils ont juste commencé à l'offrir...  Et puis Fred lui, il a saisi l'occasion.  Et j'ai embarqué.  On va s'acheter une maison!

Pendant ce temps, ici, au village, ça brasse.  Depuis une couple de semaines, les voisins se crient par la tête.  Rien de bien nouveau.  Le gars ponctue déjà son vocabulaire de sacres (Tabarnak, c'est comme le point d'une phrase; impossible de la terminer autrement).  Mais là, le ton a haussé.  Si bien que l'autre jour, le voisin a confié à Fred qu'ils allaient se séparer tabarnak.  Et aussi déménager tabarnak.

De ce côté-ci du mur, on se met à discuter de compte conjoint, on magasine une hypothèque, on rêve à une crémaillère avec plein de gens heureux qui chantent autour d'un feu de camp.  De l'autre côté, ils font des boîtes en écoutant du country francophone déprimant.

Le signal est arrivé.  Dolores va encore servir.  J'appelle bientôt à la SAAQ pour la remettre en route, je lui remets sa batterie, une p'tite job sur le carburateur et voilà!  Elle va être prête à se prendre des bibittes plein le windshield.  YIIIHAAA!!!  (hmmm, on verra les surprises qu'elle a sous la capot!)