mardi 26 octobre 2010

La tour de BaBell

Avoir internet en région, ce n'est pas une mince affaire!  Oui, la basse vitesse, on peut l'avoir partout.  C'est là-dessus que je roulais au Lac-au-Saumon.  Mais avec ma job, j'ai besoin de haute vitesse.  Autrement, pour vérifier mes e-mails, et même facebooker, ça marche, mais il ne faut pas tenter d'aller sur un site du gouvernement du Canada, là, ça ne fonctionne pas.  Le Canada n'est pas "Lo-fi-friendly".  La haute-vitesse, c'est une autre paire de manche.  En ce moment, il y a des tas de programmes qui existent pour brancher les fonds de rang.  Oui, on y a accès, mais ce qu'on ne dit pas, c'est que c'est très coûteux (et les gens qui vivent dans les fond de rang, en général, ne sont pas riches), et aussi que ces connexions sont limitées.  Ça va vite, mais on ne va pas loin.  Encore une fois, avec ma job, je dépasse facilement la limite de téléchargement.  Et on n'a pas besoin de downloader plein de films et de jouer en ligne pour la dépasser.  Bref, c'est de l'arnaque.
Je lisais récemment une nouvelle qui se passait pendant l'électrification rurale.  Un famille s'installait un fil clandestin sur la ligne électrique, n'ayant pas les moyens de payer pour installer une entrée électrique formelle.  Je me disais que ça devait se faire souvent à cette époque...étant donné que ça se fait actuellement avec l'internet.  Les compagnies d'électricité ne passaient probablement pas sonvent dans les fonds de rang pour vérifier si on n'y squattait pas quelques kilowattheures...
Lors de mon déménagement, j'ai téléphoné à Bell pour leur signifier mon changement d'adresse et mettre fin au service d'internet haute vitesse.  J'ai parlé à au moins 4 préposés pour qui le français n'était manifestement pas une langue maternelle...ni même une langue seconde maîtrisée correctement pour offrir un service.  J'ai du expliquer à Abdul, Sheila et Rodrigo ce que c'était qu'un rang, épeler Sainte-Françoise (avec une cédille en dessous du c) 2 fois pour me faire comprendre.  Ils ne trouvaient pas mon adresse dans leur base de données, croyaient que c'était une nouvelle construction.  Le pire dans tout ça, c'est qu'ils ne voulaient pas croire que le service haute-vitesse de Bell n'était pas disponible.  C'était comme impossible.  J'ai passé 2 heures au téléphone, je connaissais par coeur la p'tite musique et les "messages pratiques" qui défilent quand ils te mettent en attente.  Ça a pris une semaine à se régler.  Tout ça pour avoir le téléphone.
Je pourrais ici chiâler comme tous les xénophobes qui capotent parce qu'on embauche des étrangers ou qu'on sous-traite les services à la cilentèle en Inde.  Ou bien ploguer mon opposition au fait qu'on puisse désormais acheter au Québec le droit d'envoyer ses enfants à l'école anglaise.  Mais je ne le ferai pas.  À la place, je vais faire une grosse parenthèse.
Je suis de ces emmerdeurs pour qui la qualité du français écrit est important.  Je fais souvent des fautes de frappe, il se glisse parfois quelques coquilles dans mes textes, mais je peux dire que je sais écrire.  Je peux vous énoncer clairement les règles d'accord du participe passé, je connais plusieurs exceptions, et quand j'utilise un anglicisme, je le fais délibérément, en toute connaissance de cause.  J'ai réussi à m'adapter au parler régional, je l'utilise même couramment.  Je suis pour la nouvelle orthographe, la vraie, pas celle que certains crétins ont réinventée en affirmant entre autres que le pluriel de cheval est chevals.
Ça me met hors de moi de voir combien de personnes de ma génération écrivent au son.  Ils sont incapables de faire la différence entre un participe passé et un verbe du premier groupe à l'infinitif.  Certains n'ont pas encore compris qu'une phrase commence par une majuscule et se termine par un point.  Je n'exagère pas du tout.  On peut passer par-dessus quelques erreurs, certes, mais quand le sens du texte est menacé, je rage.  Et n'allez pas me dire qu'à l'ère des textos, la grammaire n'a plus sa raison d'être.  La grammaire est le ciment des mots, c'est ce qui fait qu'une langue est une langue, une convention au service de la communication.  Dans un mode de communication où il faut s'exprimer clairement en utilisant le moins de mots possible, c'est important de maîtriser la grammaire.  En ce moment, chacun fait ses propres règles, en autant qu'il se comprenne.  Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des personnes pleines de bonnes intentions qui ne peuvent pas s'exprimer, se faire comprendre et comprendre les autres.  Une vraie tour de Babel...
Pour l'internet, on a finit par s'acheter une bébelle qui transmet le signal de la dernière maison du rang à avoir un accès haute vitesse.  On a posé des antennes sur le toit des maisons, et on s'est entendu entre voisins.  Voilà.  On n'aura pas besoin de dépenser 1000$ pour un accès satellite limité à 60$ par mois.  Et j'emmerde Bell.