mercredi 25 février 2009

J'ai plus de frein!

Hier soir j'ai été victime de rage au volant avec Dolores! Je revenais paisiblement de travailler à 70 km/h (dans une zone de 90) quand une petite voiture s'est mise à coller au derrière de mon camion et à me faire des appels de phares. Sur le coup, j'ai cru que le conducteur avait vu une quelconque défectuosité sur Dolores et j'ai donc ralenti. J'étais presque rendue chez moi quand il s'est mis à klaxonner comme s'il revenait d'une noce. C'est grave, que je me suis dit, je vais sûrement perdre une roue sous peu... Alors que je tournais dans ma cours, le chauffeur du véhicule a baissé sa vitre et s'est mis à me crier des injures, le genre de truc qui semblait venir du fond du coeur. Merde, que je me suis dit, j'au sûrement tué un enfant sans m'en rendre compte! Avant même que je n'aie le temps de remarquer le modèle de sa voiture, il est reparti en vitesse. Je n'y crois pas, j'ai vécu deux ans à Montréal sans voir une chose pareille. Je me demande ce qu'il ferait lui sur le Métropolitain un vendredi après-midi...


Ajourd'hui, jour de tonte à la bergerie. La tonte, ça fait frémir les bergers. C'est comme courir un marathon. Et quand tu sens que tu n'en peux plus, tu réalises que tu n'as pas encore passé la moitié.


Je suis debout à 4h30. J'engloutis un lait de poule à deux oeufs, le liquide, ça passe mieux que le solide avant que le soleil ne se lève. Et hop! J'embarque dans Dolores, en route pour la job. Chemin faisant, je remarque une odeur de plastique fondu, l'odeur que j'associe normalement à une fuite d'huile. Ça ne sent pas bon... Arrivée devant la ferme, mes freins ne mordent pas. Un cauchemard qui m'est déjà arrivé, cet été. Heureusement, il est tellement tôt qu'il n'y a personne sur la route, je réussis à revenir à la ferme et à me stationner en maniant le brake à bras (qui est à pied sur Dolo) comme une pro.


Bon, une fuite d'huile à brake... Il me faut juste de l'huile à brake pour me rendre au garage... Mais avant ça, la tonte... Un problème à la fois.


Une journée de tonte, ça ne se raconte pas, ça se vit. Quand c'est fini, il y a un bordel épouvantable à ramasser, et j'hallucine de la laine partout. Mes mains sont couvertes d'huile et de lanoline et mon nerf sciatique...ben il existe en crime!


Après je ne sais plus combien de voyages pour mettre des poches de laine sur le fenil, je dois prendre la voiture de la blonde du boss pour aller chercher plein d'huile à brake au village. Je suis tellement fatiguée que je me trompe et je mets l'huile à brake...dans le liquide de power steering. Pas un drame, mais mon pick-up ne brake pas plus.


J'ai donc fait les 20 km qui me séparaient du garage sans freins! La paranoïaque en moi soupçonne l'enragé au volant, l'animiste se dit que Dolores a été insultée... Qu'à cela ne tienne, demain, tout sera rentré dans l'ordre.

vendredi 20 février 2009

Intro, boulot, dodo.

Vendredi, enfin! Pour la première fois depuis près d'un mois, j'ai une vraie fin de semaine devant moi. Je me suis défoncée dans le travail toute la semaine, comme si j'avais quelque chose à prouver à quelqu'un, comme si le troupeau m'appartenait, comme si je devais mériter ces deux jours de congé. Je prends conscience de l'existence de mon nerf sciatique et je fantasme sur un set de draps de flanelle avec taies d'oreiller assorties. Je suis en pyjama depuis 17h, et mon chat m'engueule pour qu'on aille se coucher au plus vite. "Ta gueule, j'écris mon blogue!" On peut dire ta gueule à un chat (et aussi à une brebis), ce serait impoli de leur dire autre chose.

Ce serait trop long (et franchement ennuyeux pour moi) de relater tous les événements de cette semaine. J'irai donc avec une énumération étant donné que c'est rapide et impressionnant à la fois. En vrac donc, j'ai réparé le plancher de la grange qui a défoncé ce lundi, accidentellement arraché une conduite d'eau avec le bobcat, fait de la plomberie le reste de cet avant-midi-là, écrasé une brebis morte en bobcat pour ensuite constater qu'elle était gestante au moment de sa mort, démonté les igloos à agneaux en priant pour que les -40 ne reviennent plus jamais, assisté mon boss qui a vidé 4 rangées de fumier et mettons qu'on peut mettre un etc. ici. Ce ne sont que les événements dignes de mention selon moi. Il y en a plein d'autres, la vie de berger, c'est trépidant pour les néophytes; moi, j'ai besoin d'être un peu blasée, sinon, vous comprendrez que je capoterais ben raide!

J'ai très envie de vous faire ma chire bergère numéro 1 ici, mais il est tard, et mon chat se fait de plus en plus insistant. Elle a même commencé à employer des moyens de pression déloyaux pour me forcer à me lever de mon siège d'ordinateur. J'ai beau avoir tenté d'acheter la paix en la nourrissant, elle menace maintenant de faire tomber la vaisselle qui traîne sur le comptoir. J'ai un drame à régler. Et il faut que je dorme.

samedi 14 février 2009

Molson salue les vrais!

Grosse semaine, j'ai l'impression de vivre deux vies en même temps. Ça m'a pris quelques jours pour retrouver ma motivation à la bergerie. Ce n'est pas évident de faire comme si tout était normal en gardant en tête qu'il va falloir que je me revire de bord rapidement à un moment ou à un autre... Pour ajouter à tout cela, les problèmes se succèdent et on perd beaucoup d'agneaux. C'est une période d'agnelages difficile qui demanderait toute mon attention, mais j'ai l'esprit et le coeur occuppés ailleurs.


Je suis allée chercher Dolores au garage jeudi. Je ne l'ai toujours pas chaussée de pneus d'hiver neufs, et ceux que j'ai sont légaux, mais un peu trop usés. D'ici ma prochaine paye, je devrais pouvoir remédier à la situation. En attendant, j'ai les traction aid du père de mon boss (il m'a prise en pitié et m'en a fait cadeau...peu de gens réussissent à me faire des cadeaux aussi appropriés!) et des sacs de sable dans la boîte. Le vieux tape des Beatles est resté pris dans le lecteur, d'ici à ce que je prenne mes long nose pour le sortir de là, je me retrouve constamment dans des situations cocasses impliquant une toune des Beatles (par exemple rester pognée à virer dans l'beurre sur une plaque de glace sur un coin de rue avec "Obladi Oblada" qui te donne envie de rire comme une déficiente légère, ou ben étouffer sur "Don't let me down"). D'autres réparations mineures sont à prévoir avant mon grand départ, une histoire à suivre...


Une semaine déjà que je sais que je perdrai mes filles prochainement. Je dors un peu moins bien, je stresse, j'obsède sur toutes sortes de choses futiles. La peur de l'inconnu me prend certains jours, et il m'arrive de douter de mes capacités à entreprendre un tel voyage. Vendredi, je me suis pris une gomme et je suis allée ruminer dans le parc avec Mechoui, une vieille brebis apprivoisée qui a traversé son lot d'épreuve et qui a vécu une vie beaucoup plus palpitante que la majorité des filles du troupeau. Ce n'est pas une super brebis, elle est croisée et sa conformation laisse franchement à désirer. À son âge, je me demande bien ce qui adviendra d'elle lorsque le troupeau sera vendu. Est-ce que le prochain berger qui l'aura saura reconnaître qu'il s'agit d'une brebis extraordinaire?


Mechoui, elle, elle s'en fout. Elle mange, elle rumine, et quémande des caresses (ce qui est rare pour une brebis). Si tout s'est toujours passé pour le mieux pour elle, même quand elle a agnelé de quintuplés, même quand on l'a ramené dans sa bergerie natale après un long séjour à Québec, pourquoi est-ce que je m'inquiéterais pour moi?


Mes projets me semblent tellement gros, et je me demande quand est-ce que je vais pouvoir m'arrêter. Je suis tellement insatiable d'aventures et d'histoires hors du commun que je doute parfois de mon authenticité. Mas hey, j'suis une vraie moi, tellement que quand j'ouvre une caisse de bière, les bouteilles me saluent!

lundi 9 février 2009

Vive la révolution!


Voyez, j'suis efficace!


Lundi matin, la motivation est difficile. Je lutte constamment contre les réflexions existentielles qui trottent dans ma tête. À quoi bon donner tout ce que j'ai pour un troupeau qui s'en va? Mais bon, tant qu'à être dans cette ligne de pensée-là, je pourrais aussi bien mourir maintenant puisque je vais mourir un jour. Chassons vite ces pensées troubles! Je plogue mon i-pod sur mes oreilles et me donne un fix de musique histoire de persévérer.


Finalement, mon boss m'accorde un après-midi de congé. Après dîner, je me mets donc sur le cas de Dolores. J'ai réussi à emprunter les "traction aid" du père à mon boss (c'est quoi le terme français correct de ce truc-là???). J'ai de l'espoir et un moral d'acier (sans les larmes de métal).


Je démarre. Le vieux tape des Beatles que j'avais oublié à l'automne se met à jouer dans le prélart. "You say you want a Revolution, well you know..." Je trouve ça drôle, et ça me donne du courage. Vroum! Vroum! Dolo bouge d'un pied. "Don't you know it's gonna be...allright" Vroum! Vroum! Le moteur meurt, la toune arrête. N'écoutant que mon courage, je donne quelques coups de pelle, évalue la situation et redémarre. "You say you got a real solution..." Les speakers grichent, ça sonne comme une radio à ondes courtes. Vroum! Vroum! Ça bouge! "You better free your mind instead" et voilà, Dolo est tirée d'affaire. All right!!!


La ride jusqu'au garage n'est que pur plaisir intense. C'est grisant de conduire Dolores.


J'ai pris le reste de l'après-midi pour travailler sur mon cv avec la fille du CJE. Je vais sacrer mon camp. Pour de vrai! Et faire la révolution...

dimanche 8 février 2009

Des larmes de métal

Hourra! Dolo a bougé de 4 pouces!!!


Mais tout d'abord, la suite de la mise en situation.


Revenons à vendredi dernier. Il n'est pas encore 8h30, et je me dis que j'ai déjà ma journée. Je me mets à déneiger Dolores en me disant que je me donnerais le droit de pleurer à la fin de la journée, seulement à la fin. Ravalant mes sanglots, puisque pleurer fait rarement avancer les choses, même quand on essaie de sudoyer un policier, je pellete et ma petite voix intérieure me dit que ce soir, ce sont des larmes de métal que je vais verser. Si quelqu'un a les tabs de cette grande chanson de Normand Brathwaite, envoyez-les moi s'il-vous-plaît!


Finalement, la blonde de mon boss est venue me chercher, ma présence à la bergerie est trop cruciale pour qu'on me laisse régler mes affaires une bonne fois pour toutes. Sur le chemin, nous avons une discussion philosophique fort intéressante sur le sens des choix qu'on fait dans la vie (le genre de conversation qui commence généralement par "T'aimes ça la misère toi fille!").


La journée va rondement, j'ai de l'espoir. Quand vient le temps de commencer la besogne du soir, mon boss se pointe et la fait avec moi. Bonheur, certes, mais il y a anguille sous roche. Après avoir soigné tout le monde, que les filles se soient toutes tues parce que trop occuppées à manger, il reste planté là, l'air d'avoir quelque chose à dire sans trop savoir comment amorcer la discussion. Il demande simplement si j'ai entendu parler de quelque chose. Je n'ai peur de rien, qu'est-ce qui peut bien arriver de pire aujourd'hui?


Mon boss m'annonce alors qu'il a l'intention de vendre le troupeau. Pour mars. Ce serait donc une bonne chose si je commençais à regarder pour une autre job. J'encaisse le coup sans trop comprendre ce qui est en train de me rentrer dedans. C'est pas un drame, je pensais déjà partir. Pas si vite, mais bon...


J'emprunte son pick-up à lui pour rentrer. Deuxième retour d'affilée où je ne peux retenir mes pleurs. Des larmes de métal, des vraies. Mais en même temps, c'est le coup de pied au derrière qui me manquait pour aller de l'avant. Je ne peux pas m'encrasser dans la même bergerie toute ma vie. Statistiquement parlant, il y a une possibilité assez grande pour que je n'arrive jamais à démarrer ma propre entreprise, et je suis prête à assumer ce risque. Mais tant qu'à faire, je préfère vivre une vie palpitante, remplie de rebondissements, digne de meilleur film que j'aie jamais vu.


Alors oui, dans un mois ou deux, je vais perdre mes filles. Mais je partirai à la recherche d'un autre troupeau. Au volant de mon pick-up.


D'ailleurs, mon pick-up, parlons-en. Après avoir retiré le gros de la neige qui la recouvrait, j'ai du lui remettre du gaz. N'ayant pas de "canisse" réglementaire, j'ai réussi à convaincre les filles du Shell à Amqui (qui en passant sont franchements sympathiques!) de me remplir deux gallons de lave-vitre. Ça devrait être assez pour le faire bouger jusqu'au garage. Et puis me voilà avec ma pelle dans le vent, le frette pis toute à tenter de sortir ma grosse Dolo du banc de neige en utilisant des moyens plus ou moins catholiques...


Dolores est partie au premier essai. Qui a dit que les moteurs à carburateurs étaient à chier en hiver? Qui a dit que ma batterie allait fendre à endurer les -40 des dernières semaines? J'emmerde la Terre entière; Dolores, c'est la meilleure.


Mais elle n'a bougé que de 4 pouces. Je vais avoir besoin d'aide. Et je n'ai pas d'ami qui habite à moins de 1 heure et demie de route de chez moi. Mais peu importe, j'ai traversé bien pire, je l'sais, j'suis capable. On est à 2 km de la prochaine étape, et je dois rentrer travailler demain. J'ai un vrai week-end la semaine prochaine. Et ça va bouger de plus que 4 pouces, garanti!

samedi 7 février 2009

Quand c'est le temps de bouger...

Voilà voilà... Par où commencer?

Situation initiale: je travaille depuis le mois de mai sur une ferme ovine à Sainte-Florence, dans la vallée de la Matapédia. Je suis bergère, c'est mon métier, ma passion, enfin, ce qui me donne envie de me lever avant le soleil chaque matin et me fait dormir comme un bébé (qui fait ses nuits) tous les soirs.

Mais voilà que l'isolement se fait de plus en plus pesant. Les grands froids de décembre, suivis de ceux de janvier ne m'ont pas épargnée. Ma bonne vieille Scirocco qui me permettait de me rendre à la ferme matin et soir se met à se noyer, à geler, à brûler des sensors, à tomber en rack n'importe où et à se prendre dans les bancs de neige quand ce n'est pas assez. J'en viens rapidement à angoisser à l'idée de suivre un autobus scolaire, de pogner la lumière rouge à Causapscal, de tenter une expédition à Amqui pour faire l'épicerie... Heureusement, j'ai un boss génial qui me prête son pick-up pour que je puisse rentrer travailler. Début janvier, j'utilise mon dernier call CAA pour envoyer mon char à Matane chez le meilleur mécanicien Volkswagen que je connaisse. Il réussit à redonner vie à McFly, mais une semaine de températures sous les -30 le rachève encore. Je commence à songer à Dolores qui hiberne sous le banc de neige dans la cours...





Dolores, c'est mon pick-up à moi. Mon F-150 rouge stripé blanc; un 85. C'est un camion, et elle a de la gueule. Je me fous bien que ce soit un Ford, un Chevy ou un Dodge, elle est rouge, elle fait vroum et elle shine. Et elle est à moi. Je l'ai achetée sur un coup de tête, parce que je voulais partir en road trip avec elle, et parce que je me disais qu'elle serait plus fiable qu'un Westfalia. Je l'sais c'que c'est de tomber en rack avec un vieux Volks, j'en ai eu ma claque. Je me suis dis que pour une fois, quand je débarque dans n'importe quel garage, si la pièce pouvait déjà être en stock plutôt que de devoir être commandée par avion d'Allemagne et arriver 3 semaines plus tard, ça pourrait être bien. Malgré tout, Dolores, elle est pas 4 pattes. Et avec la pénurie de pneus d'hiver qui a sévi cette année, je me suis dis que je pouvais bien la remiser dans un igloo.
D'accord, je l'avoue, je parle autant de mon pick-up que Dany Placard. J'ai réalisé qu'en région, il suffisait de lancer ce sujet de conversation pour mettre de la vie dans un party. Alors jasons pick-up, c'est bon pour la santé. Et pour tous ceux qui pensent que j'ai une conscience environnementale, que j'ai un camion parce que j'en ai réellement besoin, détrompez-vous. J'ai un camion pour flasher. Je l'assume bon.
Tout cela nous mène à avant-hier. Je rentre du boulot, mes mains sentent un mélange d'agneau mort et de diarrhée néo-natale, je me digère l'intérieur et je suis menstruée. J'arrive à Causap, je pense positif, fort fort fort, mais je pogne la lumière rouge. J'essaie de peser sur la clutch, le brake pis le gaz en même temps, mais sans succès, mon char s'étouffe, refuse de redémarrer et se noie. Je réussis à le pousser hors du chemin, et là, je me dis que je dois attendre une petite demi-heure pour réessayer. Il fait noir, frette, mais j'me dis que je dois me trouver une mission pour passer le temps. Je marche donc jusqu'à l'épicerie, histoire de vérifier s'ils ont des pépites de chocolat blanc. Je me sens ridicule, pas de pépites de chocolat blanc à Causap. Je reviens vers mon char, je réussis à le starter et je roule jusqu'à la maison en sanglotant.
Le lendemain matin, quand vient le temps de partir, mon char ne fait rien. Ben en fait, il fait le son d'un char qui a du courant, mais dont le starter, pour une raison qu'on ignore, refuse de bouger. Je rentre, téléphone à mon boss pour lui dire que je serai en retard, et qu'en fait, je ne pense même pas pouvoir réparer mon char cette fois-ci...
Après quelques téléphones, je décide de jouer le tout pour le tout. Je prends ma pelle et je m'attaque au banc de neige autour de Dolores. La blonde de mon boss finit par venir me chercher, mais je sais que Dolo va reprendre vie, que je vais aller au bout du monde avec elle aussitôt que j'aurai des pneus d'hiver.
Et je ne pensais pas si bien dire.