mercredi 24 juin 2009

Foin frais et presbytère

Je capote. C'est la Saint-Jean, et ma raison pour ne pas fêter cette année, ce n'est pas parce que je dois faire les foins, et il fait super beau. Je regarde les tracteurs passer chargés d'un foin qui sent quelque chose de sublime. Si j'étais une brebis, je flipperais littéralement à respirer cette odeur.

Fini le temps où je rentrais des balles dans un pick-up tard le soir en écoutant Macadam Tribu (je suis vraiment une pathétique drop-out universitaire, je sais!). Pas moyen de chanter des tounes de Joe Dassin dans une wagon à une heure du matin alors qu'il y a 70% de probabilité d'averse à 4 heures. Cette année, je vends du fromage. Chouette!

J'ai quand même des moments de grâce. Ces jours-là, je fais la traite en shifts coupés, ce qui me donne l'occasion de faire des boîtes entre 11h et 15h30, mais la sieste est maintenant chose du passé. J'emménagerai bientôt dans une annexe de la maison du défunt père de mon boss, alors que ses 14 enfants se disputent la succession. Ça s'annonce tumultueux. Hier soir, j'ai déménagé les meubles et les trucs du défunt qui étaient rangés dans mon futur logis. C'était un étrange sentiment que de paqueter des souvenirs appartenant à une famille étrangère.

L'annexe ressemble en fait à une ancienne petite école de rang. Une forte odeur de presbytère nous prend à la gorge en entrant. J'ai débarrassé les caisses de bières vides qui traînaient dans la place. Un voyage lucratif; j'ai pu acheter une 12, un 24 rouleau de PQ, un tub de crème glacée et un casseau de fraises du Québec avec l'argent de la consigne. J'ai ensuite entrepris de changer de garde-robe un paquet de vieux complets, un impressionnant rack de cravates, des chapeaux et des souliers. Puis, j'ai simplement fait des boîtes avec ce qui traînait pour pouvoir amener ça ailleurs et me faire un semblant de nid là-dedans. Ce sera bucolique. Indubitablement pastoral.

Malgré tout, j'ai une sentiment de paix immense quand je marche avec V tous les soirs pour aller rentrer les filles à la brunante. Un p'tit plaisir tout simple qui me motive à continuer...

mardi 16 juin 2009

Au fil des saisons

Bon. Ça se corse. En deux semaines, je suis passée par un plan B, C, D, E et F. Mon histoire a dépassé le stade du décousu. Je suis le fil des saisons, mais lui ne semble pas tenir grand chose...

Ok. On va tenter d'expliquer. La brebis laitière, ici (comme ailleurs), c'est une production saisonnière. Figurez-vous mes amis que les moutons ne se badrent avec les choses de l'amour qu'en jours courts, c'est-à-dire à l'automne et un peu en hiver. Le reste du temps, les femelles n'ont rien à foutre des mâles qui deviennent de grosses flaques molles inutiles. Ici, les mises-bas ont lieu au mois de février, mars et avril, quelques retardataires agnellent en mai, puis, la saison de la traite commence, en même temps que l'allaitement artificiel des agneaux. Rendu en juin, on a fini de sevrer les bébés, on ferme la pouponnière, diminuant ainsi le temps requis pour faire le train. En même temps, on commence à envoyer les filles au pâturage, ce qui réduit encore la charge de travail (quand les clôtures électriques fonctionnent bien que que les putes choisissent d'être sages). Au fur et à mesure que l'été avance, il y a moins d'heures à faire à la bergerie, et ainsi, mon emploi devient de plus en plus incertain. Voilà.

Donc, afin de continuer à faire 40 heures semaine, j'ai commencé à faire du comptoir de vente. Parce que figurez-vous mes chers amis que les citadins ne se badrent avec le tourisme qu'en jours longs. Le reste du temps, le Montréalais moyen n'en a rien à foutre des régions, qui deviennent de grandes étendues de neige glaciales et apparemment inhospitalières. Je voudrais écrire ici qu'il a tort, mais au fond, j'aime bien que les gens de la ville me fichent la paix quand je travaille aussi fort pour les nourrir. Sans rancune.

J'ai donc le plaisir de baigner dans le fascinant monde du service à la clientèle depuis une semaine. Au début, ça me faisait royalement chier. D'abord, il faut que j'arrive là propre, habillée d'un sourire même si j'ai eu une semaine de merde au préalable. Je dois répéter approximativement la même affaire 200 fois par jour, expliquer qu'une chèvre, ce n'est pas la même affaire qu'une brebis, pitonner sur une caisse enregistreuse tout en restant charmante. C'est vrai, je suis bilingue et sympathique, donc ça marche. Et puis, il n'y a pas que des petites madames riches qui débarquent... Disons que je tolère assez bien, ça fait changement de porter autre chose que des big bill de temps en temps!

Malrgé tout, je trouve qu'il y a quelque chose de louche quand je me promène en tracteur et que je dois faire attention pour ne pas accrocher la Porsche, la Mercedes, l'Alpha Romeo ou l'autre bazou du même type stationné à côté de Dolores. C'est indubitablement pastoral comme dirait l'autre.

Ah, et oui, je déménage le premier juillet, mais je ne sais pas encore où. Je vide mon appart, avis aux intéressés... Je me tiens prète à tout; à rester comme à partir. Alors d'ici à ce que la décision finale soit prise sur mon cas, je serai en mode boîtes. On verra ce que la vie aura à m'offrir cette saison-ci!