jeudi 3 septembre 2009

Un pays

"Regarde Andréane! Il faut que tu vois ça! Viens ici, regarde l'horizon..."

L se tenait devant le jardin, à côté du poulailler, et regardait le ciel, obnubilé.

"Tu vois, ici, on a vraiment l'impression d'être dans un pays."

Je suis arrivée chez L il y a à peine quelques jours. J'ai quitté Baie-Saint-Paul, avec Dolores, Lady et Java, un gros voyage qui s'est trop bien déroulé. Dès le lendemain, j'ai entrepris de me trouver un logement. J'ai passé l'avant-midi à éplucher les petites annonces dans l'espoir de trouver quelque chose d'agréable. À Trois-Pistoles, il y a des logements, pas cher, mais trash. Les appartements les plus propres sont frais repeints en blanc, garnis de meubles en mélamine. Le genre d'endroit qui peut servir de dortoir, mais qu'on n'a pas envie d'habiter.

Je me suis donc mise à rêver secrètement d'une maison de campagne. Un endroit où je pourrais éventuellement faire un jardin, garder des animaux, jouer de la musique sur le bord d'un feu en été et ouvrir des sentiers de raquette en hiver.

Et puis, j'ai vu l'annonce de L. Loft à Saint-Paul-de-la-Croix, atelier en métier d'arts et chambre à coucher, accès à tous les services. Au téléphone, le gars avait l'air bizarre, mais j'ai tout de même pris rendez-vous avec lui en fin de journée, juste pour voir. Puis, je suis partie visiter des logements.

Les premiers appartements visités étaient comme je m'y attendais. Trash. J'ai donc passé le reste de la journée à sillonner les rangs, allant de village en village, cherchant une affiche à louer. Vers la fin de la journée, j'ai abouti dans le 4e rang de Saint-Paul et j'ai finalement rencontré L.

L est un artisan ébéniste. Il habite une grande maison de campagne qu'il rénove et entretient dans les règles de l'art, au gré de sa fantaisie. C'est un personnage fascinant, à un point tel que je ne me sens pas digne de lui rendre justice ici, dans ce blogue.

Le logement, c'est le deuxième étage de sa maison, son ancien atelier de finition. Il n'est pas encore aménagé, il souhaite créer un espace qui ressemble à la personne qui l'habitera, en collaboration avec elle. Le deal est donc beaucoup plus complexe qu'un simple bail. C'est aussi un contrat de réno, avec la liberté de choisir mes couleurs, l'aménagement et tout. Et ça vient avec un coloc excentrique, le temps que tout soit terminé.

J'ai donc choisi cette voie-là, et le lendemain, je débarquais avec Dolores. Depuis vendredi, je travaille sans relâche à sabler les planchers, choisir des couleurs, peindre, teintre, huiler... La maison est dans un bordel indiscible, je suis complètement désorientée. Mais L m'a fait une place, et dans une simple poignée de main, j'ai senti qu'il m'accordait sa confiance.

La maison a son histoire. Elle a déjà été une espèce de commune de hippies, avant que L ne l'achète. La grange a déjà servi à garder des moutons, L a déjà été berger. À mesure que je travaille à repeindre le bain à pattes (rouge et amande) ou le plancher (olive fraîche), j'en apprends un peu plus sur l'histoire de cet endroit. Mon logement va me ressembler comme jamais, et je vais l'habiter pleinement. Je suis dans un pays.