J'y suis, depuis la fenêtre à côté de l'ordinateur, je peux voir la grange Fisher Prize dans laquelle je travaille. J'ai commencé à travailler très vite, mon beat de vie est désormais rythmé par les traites matin et soir. J'ai l'impression d'avoir passé dans un autre univers. En fait, c'est un peu le cas: bienvenue sur la rive Nord!
Ici, les gens sont bien habillés, ils conduisent des voitures neuves et ne sont pas du tout impressionnés par Dolores. Oui, Charlevoix, ça a son charme, les boomers l'ont bien compris. Baie Saint-Paul veut devenir une ville «amie des aînés», c'est pour dire... Fini les gars en 4 roues pas d'casque, la longueil au vent, qui cumulent leurs timbres jusqu'à l'automne histoire d'avoir 2 semaines pour disparaître dans le bois avec des armes et une couple de 24 de Wildcat, désormais, je vais côtoyer des p'tites madames riches qui conduisent des gros bateaux et qui prennent des pilules pour la pression, l'anxiété, les bouffées de chaleur, la thyroïde ou whatever... Sympa tout de même!
C'est ici il paraît que La guerre des tuques a été tournée, l'année de ma naissance. Je me rappelle que quand je regardais ce film-là étant petite, je ne comprenais pas que c'était toujours le même film qui jouait. À chaque fois que le film jouait, j'avais espoir que Cléo ne mourrait pas cette fois-là... Hmmm, tranche de vie inutile, tiens, je vais en faire le titre de l'acticle!
Je me sens un peu comme une extra-terrestre de ce côté-ci du fleuve. Je suis paumée, et je n'ai pas l'habitude de voir autant de monde autour de moi. J'ai l'habitude d'être seule et pauvre, et de ne pas avoir honte si ma transaction est refusée parce que mon chèque de paye est encore gelé. J'ai l'habitude de jaser des problèmes du monde dans lequel je vis avec mon garagiste, de pouvoir acheter du fort au dépanneur, de prendre le rang des gars chauds pour faire de la vitesse (parce que je ne conduis pas quand je bois moi), de parler à n'importe qui avec mon accent de gaspésienne d'adoption truffé de «ben manque» et d'expressions de fond de rang colorées... J'espère que je vais pouvoir continuer à parler fort, ne serait-ce qu'à mes brebis!
Je viens de terminer ma première fin de semaine ici. Les traites s'enchaînent, les shifts coupés, les siestes l'après-midi... Il tombe une belle neige de printemps au pays de la guerre des tuques!
lundi 30 mars 2009
mardi 17 mars 2009
Salut bergère!

Le déménagement est entamé. J'ai 2-3 voyages à faire entre Lac-au-Saumon et Baie Saint-Paul, des voyages de 7 heures étant donné que le traversier de Rivière-du-Loup n'est pas en fonction avant le 9 avril. Je ferai le grand tour par Québec, et dans ma planification, je dois tenir compte d'une donnée qui n'existe pas dans mon monde à moi: l'heure de pointe.
Je passe mes journées à faire des boîtes, à classer des papiers, à jouer à Tetris dans la boîte de mon pick-up, obsédée par les espaces vides. Après quelques heures de dur labeur, j'ai envie de jaser avec un être humain. Tournée de téléphones, tournée de répondeurs. Même quand on appelle dans les bureaux, on tombe sur des machines. Les automates sont en train de prendre possession du téléphone. Je me sens comme une machine.
Ce midi, histoire de voir du monde et d'éviter d'avoir à cuisiner, je vais dîner à la cantine Fortier (excellente poutine, et en plus, ils mettent des frites dans les burgers all dressed). Lorsque je sors de là après m'être rassasiée de faits divers et d'histoires de drames familiaux dans le Journal de Québec, un homme m'apostrophe: "Salut bergère!". Je le salue en montant dans mon pick-up telle une habituée. C'est un producteur du coin, ça me fait un p'tit velours. Je sens que j'ai quand même réussi à faire ma place pendant l'année que j'ai passée ici. On me reconnaît comme la bergère, et c'est ce que je suis.
La fatigue, le stress font que je n'ai pas besoin de grand chose pour m'émouvoir. Le "Bonne chance!" écrit par la femme de mon boss sur mon dernier chèque de paye signé par lui m'a fait chaud au coeur. En ville, c'est le printemps, et comme le disait Joe Dassin, on dirait que les gens sortent de la terre. La Vallée se refait une beauté pour l'été, et j'ai à peine le temps de me promettre d'y revenir un jour, histoire de me rappeller à quel point c'est un beau coin.
vendredi 13 mars 2009
Boucle bouclée

C'est fait, je suis revenue de ma dernière journée de travail à Sainte-Florence. Je ne sais pas si c'est parce que je me suis construite une armure anti-débordements d'émotions, mais toujours est-il que ça s'est fait sans pleurs ni grincements de dents. J'ai eu beau compter les dodos avant ce jour fatidique, j'ai l'impression que c'est maintenant que le stress commence. Mais wô minute comme le dit si bien la campagne de sensibilisation sur la sécurité dans le transport scolaire, j'ai vraiment besoin d'une journée bouette moi-là!
Tout à l'heure, j'ai dit au revoir à Mechoui et j'ai fait une dernière séance de câlins à 6927. Après avoir soigné tout le monde, j'ai pris le temps de passer un coup de balai et aidé une brebis à mettre au monde d'immenses triplets. Au moment de quitter la serre, j'ai aperçu une lumière printannière, lueur d'espoir que j'attendais tout l'hiver. C'est fou combien cet hiver a été dur. Mais c'est une des choses qui m'émerveille le plus dans mon métier; l'éternel recommencement, la roue qui tourne, comme pour nous rappeller qu'on fait partie de quelque chose de plus grand, d'immuable. Au fil des tours de cadran de régie, des quatre saisons, des routines, le monde évolue, mais au fond de tout ça, il y a toujours une certaine stabilité.
Je suis partie. Je vais vers un nouvel horizon. Je fonce vers l'inconnu. Et la peur que j'ai au fond de moi a quelque chose de rassurant...
dimanche 8 mars 2009
Logistique de transport et grosses décisions
Ça bouge par ici! La fin de semaine dernière, j'ai fait une petite escapade à Baie Saint-Paul, dans Charlevoix, pour visiter une amie bergère qui a besoin de renfort. Disons que ça tombe bien. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir trop longtemps, on dirait que les astres sont alignés. Je vais faire le grand saut, même si je ne sais pas exactement dans quoi je m'embarque.
Je quitterai donc mes filles le 13 mars, pour ensuite déménager à Baie Saint-Paul le plus rapidement possible. Heureusement que j'ai Dolores. Lundi, j'ai officiellement annoncé à mon boss que je comptais partir. La nouvelle est passée aussi facilement qu'une commande de moulée. On sait qu'on l'a fait, mais la réaction est si faible qu'on doute d'avoir été bien compris. Mais voilà, c'est dit, je m'en vais.
Pour déménager, je devrai faire le grand tour par Québec, la traverse Rivière-du-Loup-Saint-Siméon étant fermée jusqu'au 9 avril. Je ferai le second voyage après Pâques en passant par le bateau, et j'espère très fort pouvoir m'en sortir avec seulement deux voyages de Dolo. En ce moment, je jette plein de stock. Les souvenirs prennent le bord du bac à recyclage. Je dois me répéter constamment que ce n'est que du matériel...
Je songe à plein de formalités à remplir: vendre mon char qui ne roule pas, changer mon adresse (mais pour l'envoyer où, ma job dans Charlevoix pourrait n'être que temporaire), acheter de nouvelles bottes, faire des boîtes, régler mes impôts histoire de recevoir mon retour le plus vite possible, trouver une paire de bras pour me donner un coup de main... Et par-dessus tout, rester zen et ne pas laisser la vaisselle s'empiler à côté de l'évier.
J'entame demain ma dernière semaine de travail à Sainte-Florence. Je devrai dire adieu à Mechoui, à 6927, au lapin errant de la bergerie et à mes étournaux casher nourris au grain végétal issus d'une agriculture durable... J'ai peur, mais je fonce pareil!
Je quitterai donc mes filles le 13 mars, pour ensuite déménager à Baie Saint-Paul le plus rapidement possible. Heureusement que j'ai Dolores. Lundi, j'ai officiellement annoncé à mon boss que je comptais partir. La nouvelle est passée aussi facilement qu'une commande de moulée. On sait qu'on l'a fait, mais la réaction est si faible qu'on doute d'avoir été bien compris. Mais voilà, c'est dit, je m'en vais.
Pour déménager, je devrai faire le grand tour par Québec, la traverse Rivière-du-Loup-Saint-Siméon étant fermée jusqu'au 9 avril. Je ferai le second voyage après Pâques en passant par le bateau, et j'espère très fort pouvoir m'en sortir avec seulement deux voyages de Dolo. En ce moment, je jette plein de stock. Les souvenirs prennent le bord du bac à recyclage. Je dois me répéter constamment que ce n'est que du matériel...
Je songe à plein de formalités à remplir: vendre mon char qui ne roule pas, changer mon adresse (mais pour l'envoyer où, ma job dans Charlevoix pourrait n'être que temporaire), acheter de nouvelles bottes, faire des boîtes, régler mes impôts histoire de recevoir mon retour le plus vite possible, trouver une paire de bras pour me donner un coup de main... Et par-dessus tout, rester zen et ne pas laisser la vaisselle s'empiler à côté de l'évier.
J'entame demain ma dernière semaine de travail à Sainte-Florence. Je devrai dire adieu à Mechoui, à 6927, au lapin errant de la bergerie et à mes étournaux casher nourris au grain végétal issus d'une agriculture durable... J'ai peur, mais je fonce pareil!
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