vendredi 21 août 2009

Why live in the world when you can live in your head?

Ça a été une grosse semaine parsemée de nuits blanches, de désherbage de vignes, de moments de doute et de conversations téléphoniques à bord de Dolores qui, peut-être à cause de son imposante carrosserie, semble être le meilleur endroit pour capter un signal de cellulaire. J'ai eu beau vouloir parler du choix déchirant que j'avais à faire à plusieurs amis chers, je savais que la décision finale me reviendrait, et que j'allais devoir vivre avec les bons et les mauvais côtés. C'est la vie!

J'ai travaillé seule à la ferme une bonne partie de la semaine, V. prenait un de ces derniers congés avant mon départ. Les traites sont maintenant très courtes; plusieurs brebis sont taries. Pour continuer à remplir mes semaines de 40 heures de travail bien sonnées, je désherbe le vignoble sous un soleil de plomb, améliorant chaque jour mon bronzage fermier. Ma mère ferait bien une crise de nerfs en apprenant que je ne m'enduis plus de crème solaire depuis fort longtemps (ça attire les bibittes, rend la peau graisseuse, coule dans les yeux, tache les vêtements, et apparemment, ce n'est plus efficace après une once de sueur). Certaines personnes fument, d'autres mangent de McDo trois fois par semaines, se font greffer un cellulaire sur l'oreille ou écoutent religieusement Virginie depuis le début de l'émission, moi, je m'expose au soleil sans protection. Toutes les raisons sont bonnes pour pogner le cancer en ce bas monde, c'est le droit de chacun.

Afin de distraire mon esprit tourmenté, je me suis abonnée à la bibliothèque municipale. Depuis, je dévore compulsivement des romans fantastiques en série comme un pré-adolescent attardé. Et je ne me cache même pas, je sens que la madame du comptoir de prêt prendrait un air douteux avec moi si j'arrivais un matin avec un livre sérieux tout droit sorti de la section pour adultes. J'ai juste l'impression de trop traîner dans la section réservée aux 12 ans et plus, comme si le "et plus" mettait une barre à 18 ans et que je m'infiltrais dans l'une des rares parties du monde qui est réservée aux ados uniquement.

Mon coeur tourmenté par la lourde décision à prendre s'envole donc à tout moment dans les conquêtes mongoles, la sorcellerie médiévale et les mondes parallèles. Pendant ce temps, ma tête calcule de façon méthodique les données connues du problème: salaires, avantages sociaux, déménagement, charge de travail... Les jours passent, et le mercredi matin fatidique où je devrai donner une réponse à tout le monde approche à grands pas. Je fais le deuil de chaque emploi potentiel à chaque jour, parce que je sais trop bien ce que ma tête va finir par choisir, même si mon coeur dit autrement.

Le titre de bergère sera mis de côté. Mais ce n'est qu'un mot, et peu importe comment on m'appelle, je reste la même personne. Je n'aurai pas de troupeau à gérer pour les mois à venir. Je vais faire travailler ma tête, recueillir des données sur des fermes laitières et les entrer dans un système informatique. Beaucoup moins bucolique, j'en conviens. Mais pour un temps, je peux l'espérer, la misère sera un souvenir, j'aurai enfin les moyens de faire l'épicerie sans me poser de questions. Et je pourrai aussi mettre un peu d'argent de côté pour un jour repartir de chez un éleveur avec un lot d'agnelles qui deviendra la base de mon troupeau. Mes filles à moi. Et c'est ici que mon coeur se remet à battre.

Alors voilà, ma tête a tranché. J'ai rappellé les producteurs la mort dans l'âme pour leur dire que je n'irai pas travailler chez eux. Je ne leur ai pas caché que j'avais peur de prendre un travail qui n'était pas directement en relation avec un troupeau. Mais que je me devais d'essayer. Et ils m'ont tous les deux dit que je pourrais les rappeller, si jamais je changeais d'idée. Voilà.

Puis, j'ai collé mon i-pod sur mes oreilles le temps de désherber deux rangs de vignes, pour ensuite m'évader dans l'histoire passionnante de personnages au destin fabuleux et ne pas penser au sens de ma vie. Et ça marche. Presque.