mardi 14 avril 2009

Bleu comme le ciel

Le printemps est bel et bien revenu. Le soleil brille fort dans le ciel bleu de Charlevoix, les oiseaux chantent, les agnelages achèvent, les dernières plaques de neige sont presque fondues. Je contemple ce printemps avec grande émotion, car il est arrivé au même moment où ma grand-maman a quitté ce monde. Celui-ci aurait été son 86e printemps.

Je me préparais à aller la voir pour le congé de Pâques, elle et tout le reste de la famille. J'avais hâte de lui parler de ma nouvelle bergerie, de manger de sa bonne soupe, de voir son sourire doux et de sentir la fierté qu'elle porte dans le regard qu'elle pose sur ses petits-enfants.

Un matin comme les autres où l'ouvrage ne manquait pas, j'ai reçu le coup de fil m'annonçant son décès subit. Ma médecin de mère m'a expliqué en termes scientifiques et clairs qu'elle n'avait pas souffert, qu'elle avait choisit alors qu'elle était pleinement consciente de mourir dignement plutôt que de se faire opérer et de devoir passer le reste de sa vie branchée à un appareil qui la maintiendrait artificiellement en vie sans espoir de guérison. Grand-maman avait pris le temps de dire à chacun d'entre nous ce qu'elle avait à dire. Elle a vécu une vie exemplaire, remplissant aussi bien que possible son rôle ici-bas, rien de moins. Et elle est morte comme elle l'aurait souhaité: rapidement, sans trop de souffance, sans une longue agonie qui aurait été un fardeau pour son entourage. Elle s'est éteinte doucement comme une chandelle qui a fini de brûler. Elle était prète.

Pour mon second week-end de congé, j'ai donc pris un peu plus long, le temps de me réconforter auprès de ma famille que j'aime tant. Grand-maman aurait apprécié de nous voir tous rassemblés ainsi. Elle avait tellement travaillé à s'assurer que l'harmonie règne autour d'elle, le ciment des liens familiaux a pris.

Une page du livre de la vie s'est tournée, le grand cycle se poursuit. Et pendant le chemin du retour, je me suis dit qu'à présent, le bleu du ciel me rappellerait ses yeux qui veillent désormais sur le monde, dans l'espérance de nous voir continuer à répandre le bien sur cette Terre.

vendredi 3 avril 2009

Tourisme forcé sur la côte de Beaupré

J'ai fini par ramener mon dernier voyage de stock d'Amqui. Une dernière expédition qui m'a pris beaucoup d'énergie. D'abord le retour dans un appartement vide, le chargement de Dolores avec ma seule rutilante force et une couple de sacres, et puis la tournée d'adieux. Je suis allée à Matane dire un dernier au revoir aux gens que j'ai côtoyés pendant mon cours en agriculture et ramasser du même coup mon vélo qui était resté dans le bureau à Guy.

Après une nuit de sommeil à Sainte-Blandine, là où j'ai commencé à m'intéresser au mouton, j'ai entamé mon long voyage vers Baie Saint-Paul. J'étais remplie d'incertitudes, de doutes, de peurs, et quelque chose me stressait sans que j'arrive à mettre le doigt dessus. Mes projets, mes aspirations, mes désirs les plus fous, tout se bousculait dans ma tête, ponctué de retours les deux pieds sur terre.

Arrivée à Québec, je me trompe de sortie et au lieu de contourner la ville par la 40, je me retrouve sur Charest, puis, sans m'en rendre compte, je bifurque et me perd complètement dans les méandres de la capitale. Je l'avoue, je hais Québec. Je n'ai aucun attachement pour cette ville qui semble elle-même ne pas m'aimer. Je m'y perds tout le temps et je n'y vis jamais d'expériences agréables.

Après avoir viraillé jusque dans Sillery en déblatérant un chapelet de mots pas beaux, je finis par trouver une artère qui me dit quelque chose. C'est l'heure de pointe et je viens de floaber 20$ de gaz. Merde!

Je réussis à reprendre la 40 et je me dirige vers Ste-Anne-de-Beaupré, je passe le pont de l'Île d'Orléans en me disant que je serait finalement pas si tard à Baie-Saint-Paul. J'arrête remplir Dolores pour une dernière fois à Château Richer et je remarque une odeur de plastique fondu en descendant. Quelque chose chauffe, c'est louche... La madame de la station service me demande si j'ai besoin d'huile ou de lave-glace avec ça. J'espère que non que je lui réponds.

Un peu plus loin, une fumée blanche s'échappe du devant de Dolores et l'odeur est encore plus persistante. Mes brakes semblent faire des free games inquiétants. J'arrête dans la première cour de garage que je vois; il est 5 heures moins 5. Verdict: frein collé. La cause: mes vieux calisses de gallipers rouillés que je voulais changer mais que j'avais décidé de toffer en core un peu, cassée comme j'étais. Solution: les changer, demain, parce que là, on ferme.

Je me retrouve donc toute seule, loin d'une ville, loin d'un resto, loin de chez moi. Le garagiste me dit que Sainte-Anne-de-Beaupré est à 10 minutes, j'envisage l'espace d'un instant faire du pouce pour y aller, mais je me rappelle que j'ai mon vélo dans la boîte du truck. L'espace d'un instant, me voilà en pèlerinage en bicyclette vers la basilique. Là bas, j'espère trouver un logis pas trop cher, et de la bouffe.

Je trouve de la bouffe, mais le lit pas cher, on oublie. Il y a un paquet de motels pour vieilles madames riches (je crois que j'ai une dent contre les vieilles madames riches), mais l'auberge de la basilique où on accueille normalement les pèlerins est fermée. En fait, tout est fermé, la basilique est déserte, le cyclorama aussi. Moi qui pensait pouvoir aller au moins me recueillir un peu, et rencontrer des cathos sympas qui m'auraient dépannée... Mais non, la basilique, c'est une attraction touristique, avec des p'tits magasins de souvenirs, un Mc Do et plein d'incitatifs à dépenser. Comme je suis naïve...

Je vais manger au resto et je reviens donc bredouille en pédalant sur une route bordée de caveaux à légumes du 19e siècle, de bâtiments patrimoniaux et de bed and breakfast 5 étoiles. Je stationne Dolores face au fleuve derrière le garage et je m'installe pour y passer la nuit dans mon sac de couchage avec une bonne couverture de laine.

Le lendemain matin, je me lève face à l'Île d'Orléans, bien reposée. Le camping, ça me manque, et Dolores est vraiment confo dans l'fond!

Mes gallipers ont été posés dans l'avant-midi et j'ai pu arriver pour faire la besogne de l'après-midi. Décidément, y'en n'aura pas de facile comme disait l'autre!