lundi 4 mai 2009

Cogito ergo sum

Je l'avoue, je vis un brin de panique. Les jours passent très vite, je vis de nouvelles aventures à chaque instant. Tantôt, c'est un tuyau de louve qui se débranche, déversant un flux intarrissable de lait en poudre sur le plancher de la pouponnière, une autre fois, c'est une groupe d'agnelles qui semble halluciner des fantômes dans la bergerie... Les traites s'enchaînent, les agnelles apprennent la routine, et moi, je compte les coups de pompe; 12 litres de produits à chaque fois. C'est quand même magique l'agriculture, à chaque jour, mes brebis transforment du foin en lait (et la terre a faite pousser ce foin l'an passé, c'est incroyable quand on y pense!). Mais bon, moi, je ne comprends toujours pas pourquoi, j'ai besoin de plus d'aventures. Ma vie est déjà assez instable comme cela, pourquoi suis-je aussi insatiable?

Le premier juillet, je n'aurai plus de logement. En fait, je ne sais pas exactement où j'habiterai, plusieurs possibilités sont sur la table; ça va du chalet rustique à la tente, en passant par l'aménagement de Dolores en maison roulante. Je dois me débarrasser des 3 voyages de pick-up que j'ai déménagés ce printemps, réussir à vivre avec moins pour profiter plus, pour être plus flexible. En même temps, je sens un urgent besoin de voyager, et j'ai un peu honte de mes grands projets. Qu'est-ce que ça donne de faire le tour du monde quand au fond, je sais très bien que le bonheur me pend au bout du nez? Qu'est-ce que je poursuis tant à vouloir parcourir des milliers de kilomètres, à qui ai-je quoi que ce soit à prouver?

Dans ma tête, je joue avec les projets. Sur mon ordi, je budgète mille et une possibilités dans des grilles Excel. Je pense et le pense en essayant très fort de ne pas me retrouver face à face avec les milliards de chemins que je pourrais suivre, provoquant ainsi la vertigineuse sensation de l'immensité de l'Univers, un truc qui me fait vraiment peur par moments... Un professeur de développement social m'avait un jour cité une phrase, j'ai oublié de qui c'était: "Quand on arrive à un carrefour, il faut le prendre." All right, je le prends!

Alors entre les nouvelles p'tites balles carrées qui sentent la chèvre et le remplacement de quelques manchons trayeurs, je contemple un arc-en-ciel couronnant les pâturages verdoyants. C'est don beau la vie quand on ne s'inquiète pas!