Avoir internet en région, ce n'est pas une mince affaire! Oui, la basse vitesse, on peut l'avoir partout. C'est là-dessus que je roulais au Lac-au-Saumon. Mais avec ma job, j'ai besoin de haute vitesse. Autrement, pour vérifier mes e-mails, et même facebooker, ça marche, mais il ne faut pas tenter d'aller sur un site du gouvernement du Canada, là, ça ne fonctionne pas. Le Canada n'est pas "Lo-fi-friendly". La haute-vitesse, c'est une autre paire de manche. En ce moment, il y a des tas de programmes qui existent pour brancher les fonds de rang. Oui, on y a accès, mais ce qu'on ne dit pas, c'est que c'est très coûteux (et les gens qui vivent dans les fond de rang, en général, ne sont pas riches), et aussi que ces connexions sont limitées. Ça va vite, mais on ne va pas loin. Encore une fois, avec ma job, je dépasse facilement la limite de téléchargement. Et on n'a pas besoin de downloader plein de films et de jouer en ligne pour la dépasser. Bref, c'est de l'arnaque.
Je lisais récemment une nouvelle qui se passait pendant l'électrification rurale. Un famille s'installait un fil clandestin sur la ligne électrique, n'ayant pas les moyens de payer pour installer une entrée électrique formelle. Je me disais que ça devait se faire souvent à cette époque...étant donné que ça se fait actuellement avec l'internet. Les compagnies d'électricité ne passaient probablement pas sonvent dans les fonds de rang pour vérifier si on n'y squattait pas quelques kilowattheures...
Lors de mon déménagement, j'ai téléphoné à Bell pour leur signifier mon changement d'adresse et mettre fin au service d'internet haute vitesse. J'ai parlé à au moins 4 préposés pour qui le français n'était manifestement pas une langue maternelle...ni même une langue seconde maîtrisée correctement pour offrir un service. J'ai du expliquer à Abdul, Sheila et Rodrigo ce que c'était qu'un rang, épeler Sainte-Françoise (avec une cédille en dessous du c) 2 fois pour me faire comprendre. Ils ne trouvaient pas mon adresse dans leur base de données, croyaient que c'était une nouvelle construction. Le pire dans tout ça, c'est qu'ils ne voulaient pas croire que le service haute-vitesse de Bell n'était pas disponible. C'était comme impossible. J'ai passé 2 heures au téléphone, je connaissais par coeur la p'tite musique et les "messages pratiques" qui défilent quand ils te mettent en attente. Ça a pris une semaine à se régler. Tout ça pour avoir le téléphone.
Je pourrais ici chiâler comme tous les xénophobes qui capotent parce qu'on embauche des étrangers ou qu'on sous-traite les services à la cilentèle en Inde. Ou bien ploguer mon opposition au fait qu'on puisse désormais acheter au Québec le droit d'envoyer ses enfants à l'école anglaise. Mais je ne le ferai pas. À la place, je vais faire une grosse parenthèse.
Je suis de ces emmerdeurs pour qui la qualité du français écrit est important. Je fais souvent des fautes de frappe, il se glisse parfois quelques coquilles dans mes textes, mais je peux dire que je sais écrire. Je peux vous énoncer clairement les règles d'accord du participe passé, je connais plusieurs exceptions, et quand j'utilise un anglicisme, je le fais délibérément, en toute connaissance de cause. J'ai réussi à m'adapter au parler régional, je l'utilise même couramment. Je suis pour la nouvelle orthographe, la vraie, pas celle que certains crétins ont réinventée en affirmant entre autres que le pluriel de cheval est chevals.
Ça me met hors de moi de voir combien de personnes de ma génération écrivent au son. Ils sont incapables de faire la différence entre un participe passé et un verbe du premier groupe à l'infinitif. Certains n'ont pas encore compris qu'une phrase commence par une majuscule et se termine par un point. Je n'exagère pas du tout. On peut passer par-dessus quelques erreurs, certes, mais quand le sens du texte est menacé, je rage. Et n'allez pas me dire qu'à l'ère des textos, la grammaire n'a plus sa raison d'être. La grammaire est le ciment des mots, c'est ce qui fait qu'une langue est une langue, une convention au service de la communication. Dans un mode de communication où il faut s'exprimer clairement en utilisant le moins de mots possible, c'est important de maîtriser la grammaire. En ce moment, chacun fait ses propres règles, en autant qu'il se comprenne. Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des personnes pleines de bonnes intentions qui ne peuvent pas s'exprimer, se faire comprendre et comprendre les autres. Une vraie tour de Babel...
Pour l'internet, on a finit par s'acheter une bébelle qui transmet le signal de la dernière maison du rang à avoir un accès haute vitesse. On a posé des antennes sur le toit des maisons, et on s'est entendu entre voisins. Voilà. On n'aura pas besoin de dépenser 1000$ pour un accès satellite limité à 60$ par mois. Et j'emmerde Bell.
mardi 26 octobre 2010
jeudi 23 septembre 2010
Rentrer un peu plus dans le moule
Ça y est! Nous sommes propriétaires. Les papiers sont signés depuis fin août, et depuis le 1er septembre, on rend la maison regardable. Il faut dire que la tâche est colossale; préfini à la grandeur, abus de peinture (8 couches à certains endroits, sans égard à la règle qui interdit de mettre du latex directement sur de l'huile), tapisserie, tapis "shag" de 3 pouces d'épais, alouette! De plus, l'extérieur est vert "fond de piscine des années 60". Mais ça, c'est pour l'an prochain, alors va falloir s'habituer...Souvent, quand je parle du temps où je travaillais à Ste-Florence, on s'imagine que c'était la misère noire. C'est vrai que j'avais un salaire de crève-faim, que je pouvais difficilement sortir de chez moi (que ce soit par manque de moyen pour remplir mon pick-up quand l'essence est à 1,50$ le litre, ou simplement parce que ledit véhicule était en panne), que je n'avais financièrement pas le droit à l'erreur, que j'étais fatiguée, que mon tunel carpien me faisait souffrir souvent, que mes genoux étaient en ruine. Mais je me couchais le soir et je dormais tellement bien! J'avais une certaine satisfaction, une fierté (et j'étais probablement droguée aux endorphines à travailler physiquement comme je le faisais).
J'avais aussi un sentiment de liberté que je n'ai plus. Je pouvais paqueter tout dans mon camion et filer (bon, filer, c'est un grand mot pour Dolores!) là où mon coeur me disait d'aller. Je pouvais encore rêver à d'immenses étendues avec la mer au loin, pour y faire paître des moutons. Maintenant, j'ai des paiements à faire (un char et une maison, yé!), des exigences à remplir, des clients à satisfaire, un homme à la maison. C'est plate de penser que je devrais attendre 2049 pour faire des projets!
L'autre fin de semaine, c'était mes retrouvailles de 10 ans du secondaire. J'ai hésité à y aller; après tout, ça peut être cool de revoir celles avec qui j'ai cheminé pendant 5 ans, 10 ans auparavant. Mais une semaine avant, c'était celles de Fred, et comme c'était juste à St-Clément, on a arrêté de gratter de la tapisserie une couple d'heures pour y faire un tour. Après 10 minutes, j'avais envie de vomir. À voir ce que les gens amenaient pour prouver leur réussite: une blonde, un bébé, un pitou. J'sais pas pourquoi, ça me décourage. Sur un fond musical "1995-2000", les filles parlaient de leurs contractions, les gars de la dernière bébelle qu'ils ont réparé dans la maison. Et puis nous, ben on pétait d'la broue avec notre maison, pis je nous trouvais faux. J'suis en train de rentrer dans le moule, pis je sais que je ne suis pas faite pour ça.
Je ne suis pas allée aux retrouvailles. De toute façon, les vrais amis, je peux encore les appeller, et pour se mettre le nez dans ce qui ne nous regarde pas, il y a toujours Facebook. C'est beau la technologie! On se reprendra dans genre 5 ans, s'il y en a un autre. Ou peut-être que passé 10 ans, on passe à un stade où on s'en fout, où on ne resent plus le besoin de prouver qu'on a accompli quelque chose.
Peut-être que je devrais sérieusement plancher sur un plan d'affaires cet hiver, histoire de sortir du marasme dans lequel je me trouve. Dans la vie, il y a un temps pour rêver, et un temps pour accomplir. Si on rêve trop longtemps, on peut manquer le bateau, et si on accomplit trop sans rêver, on devient gris et terne. Il faut trouver l'équilibre...
mardi 10 août 2010
2049
Dans un mois, ça va faire un an que j'ai la même job. J'ai reçu récemment un sommaire de mes REER sur lequel il était (entre autres) écrit "date prévue de retraite: 2049". La Great West a donc décidé que je consacrerait 40 ans de ma vie à Valacta.
40 ans à me lever tous les matins de semaine avant mon agriculteur de chum, à charrier des p'tites bouteilles de lait rose, à me faire de la corne en virant des valves de Waikato, à rouler 150 km par jour dans les rangs, à rédiger des PNOs qui vont aller rejoindre la pile de cartables inutilisés d'ici 2012. 40 ans à démontrer de l'intérêt pour des vaches noir et blanc, à tenter d'obtenir une satisfaction personnelle en apprenant par coeur les codes de taureaux Ayrshire, à comparer les différentes sortes de bain de trayons, à mettre du fluo sur les millionnaires dans les rapports, à jouer à la police avec les gars d'expo. Je les trouve drôlement optimistes, mais pour une fois qu'on me prête des bonnes intentions à la base, je pense que je vais faire avec. Mais j'ai un scoop: je ne prendrai pas ma retraite en 2049.
Essayer d'expliquer ce que je fais comme job au commun des mortels non-agricole, c'est presque mission impossible. Autant quand je disais que j'étais bergère, les gens restaient bouche bée, autant maintenant, ils sont gênés de ne pas savoir ce que je mange en hiver. Dans un cas comme dans l'autre, personne n'a réellement idée de ce que je fais dans la vie. Mais technicienne en production laitière, c'est pas mal moins hot que bergère. Faites juste le test avec l'hygiéniste dentaire; j'suis certaine qu'elle en aura plus long à dire pendant qu'elle vous polit les dents si vous lui faites croire que vous êtes bergère que si vous vous dites technicienne en production laitière. Mais bon, elle ne vous croira pas si vous lui dites que vous êtes berger, car un berger, ça n'a pas les moyens d'aller chez le dentiste.
Alors en attendant de prendre une retraite bien méritée (en 2049 il paraît?), j'entretiens ma dentition (je n'ai pas de caries, et miraculeusement, le dentiste n'a pas tenu bon d'extraire la sagesse qui s'exprime pleinement au fond de ma bouche), et je rêve...devinez à quoi...
40 ans à me lever tous les matins de semaine avant mon agriculteur de chum, à charrier des p'tites bouteilles de lait rose, à me faire de la corne en virant des valves de Waikato, à rouler 150 km par jour dans les rangs, à rédiger des PNOs qui vont aller rejoindre la pile de cartables inutilisés d'ici 2012. 40 ans à démontrer de l'intérêt pour des vaches noir et blanc, à tenter d'obtenir une satisfaction personnelle en apprenant par coeur les codes de taureaux Ayrshire, à comparer les différentes sortes de bain de trayons, à mettre du fluo sur les millionnaires dans les rapports, à jouer à la police avec les gars d'expo. Je les trouve drôlement optimistes, mais pour une fois qu'on me prête des bonnes intentions à la base, je pense que je vais faire avec. Mais j'ai un scoop: je ne prendrai pas ma retraite en 2049.
Essayer d'expliquer ce que je fais comme job au commun des mortels non-agricole, c'est presque mission impossible. Autant quand je disais que j'étais bergère, les gens restaient bouche bée, autant maintenant, ils sont gênés de ne pas savoir ce que je mange en hiver. Dans un cas comme dans l'autre, personne n'a réellement idée de ce que je fais dans la vie. Mais technicienne en production laitière, c'est pas mal moins hot que bergère. Faites juste le test avec l'hygiéniste dentaire; j'suis certaine qu'elle en aura plus long à dire pendant qu'elle vous polit les dents si vous lui faites croire que vous êtes bergère que si vous vous dites technicienne en production laitière. Mais bon, elle ne vous croira pas si vous lui dites que vous êtes berger, car un berger, ça n'a pas les moyens d'aller chez le dentiste.
Alors en attendant de prendre une retraite bien méritée (en 2049 il paraît?), j'entretiens ma dentition (je n'ai pas de caries, et miraculeusement, le dentiste n'a pas tenu bon d'extraire la sagesse qui s'exprime pleinement au fond de ma bouche), et je rêve...devinez à quoi...
dimanche 4 juillet 2010
La grande virée
Ces temps-ci, on est dans les foins. Intense. Les travaux au village sont pas mal avancés, pour la première fois depuis que j'habite à St-Jean-de-Dieu, j'ai réussi à flusher ma toilette complètement du premier coup! Tout un événement! On a enfin accès à de l'eau courante!!! St-Jean-de-Dieu peut enfin être sur la map!
Et pas juste à cause de l'eau courante! Il s'en passe des choses dans ce village-là. Aujourd'hui, c'est "La grande virée", le plus gros événement de l'été. Des tirs de 4x4. Les gens viennent par milliers regarder des engins 10 fois plus gros que Dolores monter la côte du village. Paraît que c'est vraiment excitant. Moi, j'ai fait descendre la côte des Éboulements à Dolores l'an passé et ça m'a donné assez d'adrénaline pour les années à venir. Du reste, on a du foin à faire, et on est en retard.
La fin de semaine, Fred et moi, on se fait des p'tites journées "ensilage d'un jour" en amoureux. Tout le monde qui me diront que pour faire de l'ensilage en une journée, ça prend tout plein de main d'oeuvre, de l'organisation, la météo de ton bord pis des tracteurs flambants neufs qui ne brisent jamais, ben je les emmerde! On n'a rien de tout ça, pis on y arrive. On est à boutte, mais on aime ça.
Tout à l'heure, on attendait une grosse poutine all dressed bien méritée au resto du village quand un gros gars qui ressemblait au gros des Bougon (en moins sympathique) est passé devant nous pour demander du ketchup à la serveuse. Empoignant son paquet de sachets, il est allé rejoindre ses amis, un gars avec une longueil de 2 pieds rousse et une grande trop mince avec des cheveux gris tressés jusqu'aux fesses. Wow! La faune qui s'amène à St-Jean pour les tirs de 4 pattes!
Le roux à l'impressionnante longueil s'est alors tourné vers nous pour nous demander si le château de canettes était bien loin. Car oui mes amis, l'attraction touristique principale de St-Jean, c'est le château de canettes. Ça vaut le détour! On lui a expliqué que ce n'était pas très loin, qu'il pourrait même s'y rendre à pieds. Nous trouvant plutôt sympathiques, le gars demande à Fred s'il est un artiste, un musicien... (je spécifie qu'on était tous les deux en linge d'ouvrage avec des bottes à cap, avec saleté et bronzage assorti) Ils devaient tellement se chercher du pot! Fred leur répond qu'il est agriculteur, ce qui semble les mêler passablement. Sans doute pour changer de sujet, le gros nous demande si on est un couple ou frère et soeur. L'espace d'un instant, j'ai envie de répondre: "les deux", mais j'y vais dans le plus soft en disant que mon frère serait jaloux d'entendre ça. Ils n'ont probablement pas compris.
Pas longtemps après, on les a vu repartit dans un Spirit blanc pas de muffler. Une sacrée virée qu'ils ont du se taper!
Et nous, ben on est allés faire du 4 pattes dans l'champs après. Du super travail d'équipe en pleine canicule... On a vu passer les gros pick-up sur des plate-formes, et on n'a pas eu besoin de se prendre un bain de foule. Pas besoin d'aller virer bien loin pour se taper une grande virée!
Et pas juste à cause de l'eau courante! Il s'en passe des choses dans ce village-là. Aujourd'hui, c'est "La grande virée", le plus gros événement de l'été. Des tirs de 4x4. Les gens viennent par milliers regarder des engins 10 fois plus gros que Dolores monter la côte du village. Paraît que c'est vraiment excitant. Moi, j'ai fait descendre la côte des Éboulements à Dolores l'an passé et ça m'a donné assez d'adrénaline pour les années à venir. Du reste, on a du foin à faire, et on est en retard.
La fin de semaine, Fred et moi, on se fait des p'tites journées "ensilage d'un jour" en amoureux. Tout le monde qui me diront que pour faire de l'ensilage en une journée, ça prend tout plein de main d'oeuvre, de l'organisation, la météo de ton bord pis des tracteurs flambants neufs qui ne brisent jamais, ben je les emmerde! On n'a rien de tout ça, pis on y arrive. On est à boutte, mais on aime ça.
Tout à l'heure, on attendait une grosse poutine all dressed bien méritée au resto du village quand un gros gars qui ressemblait au gros des Bougon (en moins sympathique) est passé devant nous pour demander du ketchup à la serveuse. Empoignant son paquet de sachets, il est allé rejoindre ses amis, un gars avec une longueil de 2 pieds rousse et une grande trop mince avec des cheveux gris tressés jusqu'aux fesses. Wow! La faune qui s'amène à St-Jean pour les tirs de 4 pattes!
Le roux à l'impressionnante longueil s'est alors tourné vers nous pour nous demander si le château de canettes était bien loin. Car oui mes amis, l'attraction touristique principale de St-Jean, c'est le château de canettes. Ça vaut le détour! On lui a expliqué que ce n'était pas très loin, qu'il pourrait même s'y rendre à pieds. Nous trouvant plutôt sympathiques, le gars demande à Fred s'il est un artiste, un musicien... (je spécifie qu'on était tous les deux en linge d'ouvrage avec des bottes à cap, avec saleté et bronzage assorti) Ils devaient tellement se chercher du pot! Fred leur répond qu'il est agriculteur, ce qui semble les mêler passablement. Sans doute pour changer de sujet, le gros nous demande si on est un couple ou frère et soeur. L'espace d'un instant, j'ai envie de répondre: "les deux", mais j'y vais dans le plus soft en disant que mon frère serait jaloux d'entendre ça. Ils n'ont probablement pas compris.
Pas longtemps après, on les a vu repartit dans un Spirit blanc pas de muffler. Une sacrée virée qu'ils ont du se taper!
Et nous, ben on est allés faire du 4 pattes dans l'champs après. Du super travail d'équipe en pleine canicule... On a vu passer les gros pick-up sur des plate-formes, et on n'a pas eu besoin de se prendre un bain de foule. Pas besoin d'aller virer bien loin pour se taper une grande virée!
vendredi 2 juillet 2010
Les vieux
"La vie appartient à ceux qui se lèvent tôt."
C'est ce que je me dis en programmant mon réveil pour 2h45 am. Quand tu te lèves en moyenne à 4h du matin, tout semble possible. Et en même temps, c'est une excellente façon de se faire laver le cerveau. Les gourous de sectes ne vous le diront pas, mais ils le savent très bien.
Ces temps-ci, je rêve (éveillée) de dormir un peu. Entre ma job sur le contrôle laitier, la ferme de Fred où je prends de plus en plus de place et les emmerdantes tâches de ménage quotidiennes, je ne sais plus où donner de la tête. On travaille fort, on fait notre gros ti-possible...mais y'en aura pas de facile!
Ces temps-ci aussi, je vois plein de jeunes de mon âge qui font des p'tits. On pourrait croire que je suis sur le point de m'y mettre moi aussi; mais non! Nous, en ce moment, au lieu d'élever des jeunes, on s'occupe des vieux. Facile direz-vous! Ça fait ses nuits, ça n'a plus de dents, ça mange tout seul. Ouais bon... Y'a probablement des vieux qui sont faciles. Ma défunte grand-mère par exemple. Elle était pleinement consciente de son état, avait soigneusement préparé ses affaires au cas où... Elle semblait empreinte d'une immense sagesse qui frôlait l'innocence des enfants. Elle faisait attention pour ne pas déranger, ne pas faire de peine à personne, s'assurer que la paix règne autour d'elle. Ouais, ces vieux-là, ils partent toujours trop vite!
Les parents à Fred, c'est autre chose. Tout semble leur échapper, mais ils semblent refuser d'admettre qu'ils deviennent vieux. Sa pauvre mère ne voit plus la réalité, et ne se résoud pas à admettre qu'elle est dépassée, bien qu'elle ne tire plus de vaches depuis que les trayeuses sont entrées dans l'étable. Elle n'a jamais accepté de rentrer un poêle électrique dans la maison, et continue de cuisiner de la viande pis des patates sur son vétuste poêle à bois en plein mois de juin, ce qui donne l'impression de vivre dans une cheminée aux murs gris-jaunis par la fumée. À l'étable, il faudrait la surveiller pour éviter qu'elle ne commette quelque chose d'irréparable, car elle prend souvent de drôles d'initiatives, sans nous en parler, bien entendu...
C'est noble de garder ses parents âgés à la maison, mais c'est vraiment difficile. Rendu à un certain stade, ils ne sont plus capables d'en apprendre plus, c'est normal, mais difficile à admettre. Peu de ressources sont disponibles et certaines choses sont difficiles à gérer. On ne peut pas demander un répit comme lorsqu'on s'occuppe de personnes handicapées. C'est du 24/7 tout le temps. En plus de la ferme.
Et le plus dur là-dedans, c'est le peu de reconnaissance dans la société. Sortez vos photos de bébé, parlez du p'tit qui a mouillé son lit, de l'autre qui a encore fait mourir le poisson rouge, et vous déclenchez automatiquement des vagues de sympathie. Si on se plaint le moins du monde des gaffes des vieux, on passe souvent pour des salauds qui en abusent lâchement. C'est encore moins cool que d'éduquer son chiot à la propreté.
Notre société a tellement institutionnalisé la vieillesse qu'on n'a plus de guide pour faire autrement. Je déteste le fait que chaque fois que la mère de Fred fait une gaffe, ma première idée c'est de lui suggérer de la placer, de la sortir d'ici; qu'elle se mêle de ses affaires bon! Mais en même temps, c'est sa maison, c'est ici qu'elle a choisi de vivre.
C'est un immense poids que doit supporter mon amoureux. Un immense poids pour une famille. Un choix tellement difficile à assumer.
Mais on continue. Maintenant, on est 2. Et on se lève tôt, parce qu'on veut que la vie nous appartienne un jour...
C'est ce que je me dis en programmant mon réveil pour 2h45 am. Quand tu te lèves en moyenne à 4h du matin, tout semble possible. Et en même temps, c'est une excellente façon de se faire laver le cerveau. Les gourous de sectes ne vous le diront pas, mais ils le savent très bien.
Ces temps-ci, je rêve (éveillée) de dormir un peu. Entre ma job sur le contrôle laitier, la ferme de Fred où je prends de plus en plus de place et les emmerdantes tâches de ménage quotidiennes, je ne sais plus où donner de la tête. On travaille fort, on fait notre gros ti-possible...mais y'en aura pas de facile!
Ces temps-ci aussi, je vois plein de jeunes de mon âge qui font des p'tits. On pourrait croire que je suis sur le point de m'y mettre moi aussi; mais non! Nous, en ce moment, au lieu d'élever des jeunes, on s'occupe des vieux. Facile direz-vous! Ça fait ses nuits, ça n'a plus de dents, ça mange tout seul. Ouais bon... Y'a probablement des vieux qui sont faciles. Ma défunte grand-mère par exemple. Elle était pleinement consciente de son état, avait soigneusement préparé ses affaires au cas où... Elle semblait empreinte d'une immense sagesse qui frôlait l'innocence des enfants. Elle faisait attention pour ne pas déranger, ne pas faire de peine à personne, s'assurer que la paix règne autour d'elle. Ouais, ces vieux-là, ils partent toujours trop vite!
Les parents à Fred, c'est autre chose. Tout semble leur échapper, mais ils semblent refuser d'admettre qu'ils deviennent vieux. Sa pauvre mère ne voit plus la réalité, et ne se résoud pas à admettre qu'elle est dépassée, bien qu'elle ne tire plus de vaches depuis que les trayeuses sont entrées dans l'étable. Elle n'a jamais accepté de rentrer un poêle électrique dans la maison, et continue de cuisiner de la viande pis des patates sur son vétuste poêle à bois en plein mois de juin, ce qui donne l'impression de vivre dans une cheminée aux murs gris-jaunis par la fumée. À l'étable, il faudrait la surveiller pour éviter qu'elle ne commette quelque chose d'irréparable, car elle prend souvent de drôles d'initiatives, sans nous en parler, bien entendu...
C'est noble de garder ses parents âgés à la maison, mais c'est vraiment difficile. Rendu à un certain stade, ils ne sont plus capables d'en apprendre plus, c'est normal, mais difficile à admettre. Peu de ressources sont disponibles et certaines choses sont difficiles à gérer. On ne peut pas demander un répit comme lorsqu'on s'occuppe de personnes handicapées. C'est du 24/7 tout le temps. En plus de la ferme.
Et le plus dur là-dedans, c'est le peu de reconnaissance dans la société. Sortez vos photos de bébé, parlez du p'tit qui a mouillé son lit, de l'autre qui a encore fait mourir le poisson rouge, et vous déclenchez automatiquement des vagues de sympathie. Si on se plaint le moins du monde des gaffes des vieux, on passe souvent pour des salauds qui en abusent lâchement. C'est encore moins cool que d'éduquer son chiot à la propreté.
Notre société a tellement institutionnalisé la vieillesse qu'on n'a plus de guide pour faire autrement. Je déteste le fait que chaque fois que la mère de Fred fait une gaffe, ma première idée c'est de lui suggérer de la placer, de la sortir d'ici; qu'elle se mêle de ses affaires bon! Mais en même temps, c'est sa maison, c'est ici qu'elle a choisi de vivre.
C'est un immense poids que doit supporter mon amoureux. Un immense poids pour une famille. Un choix tellement difficile à assumer.
Mais on continue. Maintenant, on est 2. Et on se lève tôt, parce qu'on veut que la vie nous appartienne un jour...
samedi 24 avril 2010
Mon trip ethnique
Ces temps-ci, il me vient toutes sortes d'envies (encore le printemps, c'est le meilleur des prétextes que je peux trouver). J'ai toujours été celle qui se revirait de bord sur un 10 cents, capable de supporter l'instabilité la plus tordue tout en restant presque zen. Rien ne pouvait m'arrêter. J'avais envie de tout sacrer là pour un projet saugrenu, je mettais tout en branle pour que ça se fasse. J'ai vécu 6 mois en Islande, traversé la Corse à pieds, animé des terrains de jeux au Mexique, bu du champagne dans une villa sur la Côte d'Azur. Entre autres choses. Mais tout ça, vous savez, c'est assez futile. J'me suis levée un bon matin, j'suis allée faire un cours en gestion et exploitation d'entreprise agricole, et la tête pleine de rêves, je me suis garochée dans le vrai monde. Il faut bien que la vraie vie commence un jour.
Et voilà, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me tue certains jours de rentrer dans le moule. J'ai une bonne job, un chum, un char, et bientôt, une maison. Wow! Merveilleux, que demander de plus? Mais ce n'est pas de ça que je veux parler.
J'en ai assez de voir des personnes qui à première vue me ressemblent revenir de voyage et beurrer épais en disant combien elles sont émerveillées par les cultures étrangères. Oui, c'est fascinant les gens d'ailleurs. Mais à la longue, c'est redondant.
Mon trip ethnique, en ce moment, je le vis dans des petits villages. La plupart du temps, quand je mentionne le nom d'un de ces villages à mes amis de la ville, ça les fait sourire. C'est vrai que St-Jean-de-Dieu, St-Épiphane, Ste-Rita ou St-Médard, ça sonne creux, et en vérité, ça ne dit pas grand chose à grand monde. Un St-Clinclin-des-Meumeux perdu au bout d'une route de terre. Et pourtant, sociologiquement parlant, c'est aussi intéressant à étudier que les moeurs d'une obscure tribu vivant en quasi-autarcie sur une île du Pacifique. Mais bon, moi, je n'étudie pas les p'tits village, je vis dedans.
Ces temps-ci donc, pour me remonter le moral quand l'envie me prend d'aller guider des troupeaux en Mongolie ou en Nouvelle-Zélande, je me dis que mon trip ethnique, c'est ici et maintenant que je le vis. J'en fais partie. Ça sert à quoi de prétendre connaître autre chose que soi-même, ici et maintenant? Je vais tirer les vaches à Fred, pis j'me dis que je suis en train de faire ma propre histoire. J'ignore où ça va me mener, mais au fond, n'est-ce pas ça, la vraie aventure d'une vie?
Et voilà, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me tue certains jours de rentrer dans le moule. J'ai une bonne job, un chum, un char, et bientôt, une maison. Wow! Merveilleux, que demander de plus? Mais ce n'est pas de ça que je veux parler.
J'en ai assez de voir des personnes qui à première vue me ressemblent revenir de voyage et beurrer épais en disant combien elles sont émerveillées par les cultures étrangères. Oui, c'est fascinant les gens d'ailleurs. Mais à la longue, c'est redondant.
Mon trip ethnique, en ce moment, je le vis dans des petits villages. La plupart du temps, quand je mentionne le nom d'un de ces villages à mes amis de la ville, ça les fait sourire. C'est vrai que St-Jean-de-Dieu, St-Épiphane, Ste-Rita ou St-Médard, ça sonne creux, et en vérité, ça ne dit pas grand chose à grand monde. Un St-Clinclin-des-Meumeux perdu au bout d'une route de terre. Et pourtant, sociologiquement parlant, c'est aussi intéressant à étudier que les moeurs d'une obscure tribu vivant en quasi-autarcie sur une île du Pacifique. Mais bon, moi, je n'étudie pas les p'tits village, je vis dedans.
Ces temps-ci donc, pour me remonter le moral quand l'envie me prend d'aller guider des troupeaux en Mongolie ou en Nouvelle-Zélande, je me dis que mon trip ethnique, c'est ici et maintenant que je le vis. J'en fais partie. Ça sert à quoi de prétendre connaître autre chose que soi-même, ici et maintenant? Je vais tirer les vaches à Fred, pis j'me dis que je suis en train de faire ma propre histoire. J'ignore où ça va me mener, mais au fond, n'est-ce pas ça, la vraie aventure d'une vie?
mercredi 21 avril 2010
Des bibittes plein le windshield
Je sais, je le mentionne à chaque entrée de blogue, c'est le printemps. Au village, ils ont même enlevé toute l'asphalte, creusé des grands trous et commencé à faire circuler le monde en alternance alentour des pépines, des grues pis de la machine qui mange de l'asphalte. Le 4x4 est toujours bien utile. Et on espère enfin avoir l'eau courante ici...
Fred a reçu ses grains de semence hier. Bientôt, je vais pouvoir faire ma bonne p'tite femme d'agriculteur qui lui amène des sandwiches au baloney pendant qu'il est en tracteur. De mon côté, j'ai modifié mon territoire; je ne vais plus à l'Ouest, je travaille dans l'Est. Peut-être parce que c'est tout nouveau tout beau, peut-être parce que le soleil de printemps est trop fort, je trouve mes nouveaux producteurs tellement sympathiques. Alors que je commençais à faire une écoeurite de service-client, voilà que j'ai comme un regain de confiance. Tsé, y'a une différence majeure entre un producteur qui appelle au service à la clientèle pour se plaindre que je coûte trop cher et celui qui prend la peine d'appeller pour leur dire à quel point il trouve que je suis compétente.
Il y a quelques semaines, les vieux qui habitent à côté de la ferme à Fred ont décidé de s'en aller en ville (on parle ici de Trois-Pistoles, toute une ville!). Ils n'ont pas pris la peine de mettre une pancarte devant la maison, ils ont juste commencé à l'offrir... Et puis Fred lui, il a saisi l'occasion. Et j'ai embarqué. On va s'acheter une maison!
Pendant ce temps, ici, au village, ça brasse. Depuis une couple de semaines, les voisins se crient par la tête. Rien de bien nouveau. Le gars ponctue déjà son vocabulaire de sacres (Tabarnak, c'est comme le point d'une phrase; impossible de la terminer autrement). Mais là, le ton a haussé. Si bien que l'autre jour, le voisin a confié à Fred qu'ils allaient se séparer tabarnak. Et aussi déménager tabarnak.
De ce côté-ci du mur, on se met à discuter de compte conjoint, on magasine une hypothèque, on rêve à une crémaillère avec plein de gens heureux qui chantent autour d'un feu de camp. De l'autre côté, ils font des boîtes en écoutant du country francophone déprimant.
Le signal est arrivé. Dolores va encore servir. J'appelle bientôt à la SAAQ pour la remettre en route, je lui remets sa batterie, une p'tite job sur le carburateur et voilà! Elle va être prête à se prendre des bibittes plein le windshield. YIIIHAAA!!! (hmmm, on verra les surprises qu'elle a sous la capot!)
Fred a reçu ses grains de semence hier. Bientôt, je vais pouvoir faire ma bonne p'tite femme d'agriculteur qui lui amène des sandwiches au baloney pendant qu'il est en tracteur. De mon côté, j'ai modifié mon territoire; je ne vais plus à l'Ouest, je travaille dans l'Est. Peut-être parce que c'est tout nouveau tout beau, peut-être parce que le soleil de printemps est trop fort, je trouve mes nouveaux producteurs tellement sympathiques. Alors que je commençais à faire une écoeurite de service-client, voilà que j'ai comme un regain de confiance. Tsé, y'a une différence majeure entre un producteur qui appelle au service à la clientèle pour se plaindre que je coûte trop cher et celui qui prend la peine d'appeller pour leur dire à quel point il trouve que je suis compétente.
Il y a quelques semaines, les vieux qui habitent à côté de la ferme à Fred ont décidé de s'en aller en ville (on parle ici de Trois-Pistoles, toute une ville!). Ils n'ont pas pris la peine de mettre une pancarte devant la maison, ils ont juste commencé à l'offrir... Et puis Fred lui, il a saisi l'occasion. Et j'ai embarqué. On va s'acheter une maison!
Pendant ce temps, ici, au village, ça brasse. Depuis une couple de semaines, les voisins se crient par la tête. Rien de bien nouveau. Le gars ponctue déjà son vocabulaire de sacres (Tabarnak, c'est comme le point d'une phrase; impossible de la terminer autrement). Mais là, le ton a haussé. Si bien que l'autre jour, le voisin a confié à Fred qu'ils allaient se séparer tabarnak. Et aussi déménager tabarnak.
De ce côté-ci du mur, on se met à discuter de compte conjoint, on magasine une hypothèque, on rêve à une crémaillère avec plein de gens heureux qui chantent autour d'un feu de camp. De l'autre côté, ils font des boîtes en écoutant du country francophone déprimant.
Le signal est arrivé. Dolores va encore servir. J'appelle bientôt à la SAAQ pour la remettre en route, je lui remets sa batterie, une p'tite job sur le carburateur et voilà! Elle va être prête à se prendre des bibittes plein le windshield. YIIIHAAA!!! (hmmm, on verra les surprises qu'elle a sous la capot!)
jeudi 4 mars 2010
Un c'est bien, deux c'est mieux.
Vraiment, je dois me rendre à l'évidence, je ne suis pas game de vous dire à quel point je suis en amour. C'est grave. Ça fait deux mois que ça dure, et j'ai même commencé à parler en ortho avec mon amoureux. Je ne sais pas pourquoi j'ai tant de mal à assumer ça; peut-être parce que j'ai passé les dernières années à dénigrer les couples qui versent trop rapidement dans l'interdépendance. J'ai trop cru que l'amour, c'était une invention pour nous faire perdre notre vie. On passe notre temps à le chercher quand on ne l'a pas, et quand on a l'impression d'avoir trouvé, il reste mille concessions à faire, si bien qu'on doit laisser tomber (sinon gravement modifier) un paquet de projets qui nous sont chers. J'ai tellement vu de personnes s'oublier et devenir franchement ennuyeux après avoir rencontré leur supposée "âme soeur" que je me suis promis de ne jamais devenir comme ça. Je ne voulais pas devenir une fille plate.
Fred (on va toujours ben lui donner un nom!), c'est pas un gars ordinaire. Il a ses filles à lui (et là, j'suis jalouse, parce que moi aussi, un jour, je veux avoir mes filles à moi!), des grosses doudounes noir et blanc qui font meuh!, mangent du foin et portent toutes un nom. Il a des parents qui ont l'âge de mes grands-parents, ce qui donne lieu à de drôles de chocs intergénérationnels parfois, mais on pardonne tout à sa mère quand elle nous fait des toasts sur le poêle à bois. Il s'occuppe aussi de son p'tit voisin de 13 ans comme si c'était son frère. Entre ses traites, il répare des vieux ski-doo; sa grange est pleine de vieux gréments plus ou moins en état de fonctionner.
Il se laisse traîner autant que moi (ce qui n'est pas peu dire!), joue à peine plus qu'occasionnellement à World of Warcraft (lui qualifie ça de maladie, et moi je dis que c'est incurable) et refuse de porter des mitaines en public. Malgré tout, il sait faire la vaisselle (mais pas la ranger), peut préparer des repas simples de façon quasi-autonome et arrive à plier des t-shirts et des taies d'oreiller. Un homme quoi! J'vous dirais bien qu'il a des lumières magiques dans les yeux, qu'il sent bon même en rentrant de l'étable, que le creux de son épaule est plus confortable que n'importe quel oreiller et qu'il sait écouter mieux que quiconque bien qu'il soit "sourd d'une oreille et entende mal de l'autre", mais j'aurais l'impression de charrier.
Tout à l'heure, on revenait d'un trip à l'épicerie. Chaque fois qu'on va là avec son p'tit voisin, on a l'air d'acheter à manger pour nos 14 enfants. On remplit sa Vibe de bouffe et on rentre à la maison en écoutant du Nirvana dans l'prélart (paraît que c'est hot pour un jeune de 13 ans d'écouter de la musique des années 90). Quand on rentre, on étale les provisions sur la table et sa mère les range en commentant: "Fallait acheter plus de douzaines d'oeufs, t'as pas oublié le beurre toujours?, cette semaine, j'vais vous faire de la pizza...".
C'est drôle quand même. Moi qui croyait qu'on devait mettre des limites à ses rêves en couple, voilà que je réalise qu'à deux, c'est comme si ces limites étaient repoussées à des années-lumières. Je ne suis pas devenue une fille plate, je rêve encore, et tout semble beaucoup plus tangible. J'ai juste trouvé une personne qui arrive à me suivre dans mes lubies. C'est fou c'que ça fait en dedans de réaliser qu'on n'est pas seule.
Fred (on va toujours ben lui donner un nom!), c'est pas un gars ordinaire. Il a ses filles à lui (et là, j'suis jalouse, parce que moi aussi, un jour, je veux avoir mes filles à moi!), des grosses doudounes noir et blanc qui font meuh!, mangent du foin et portent toutes un nom. Il a des parents qui ont l'âge de mes grands-parents, ce qui donne lieu à de drôles de chocs intergénérationnels parfois, mais on pardonne tout à sa mère quand elle nous fait des toasts sur le poêle à bois. Il s'occuppe aussi de son p'tit voisin de 13 ans comme si c'était son frère. Entre ses traites, il répare des vieux ski-doo; sa grange est pleine de vieux gréments plus ou moins en état de fonctionner.
Il se laisse traîner autant que moi (ce qui n'est pas peu dire!), joue à peine plus qu'occasionnellement à World of Warcraft (lui qualifie ça de maladie, et moi je dis que c'est incurable) et refuse de porter des mitaines en public. Malgré tout, il sait faire la vaisselle (mais pas la ranger), peut préparer des repas simples de façon quasi-autonome et arrive à plier des t-shirts et des taies d'oreiller. Un homme quoi! J'vous dirais bien qu'il a des lumières magiques dans les yeux, qu'il sent bon même en rentrant de l'étable, que le creux de son épaule est plus confortable que n'importe quel oreiller et qu'il sait écouter mieux que quiconque bien qu'il soit "sourd d'une oreille et entende mal de l'autre", mais j'aurais l'impression de charrier.
Tout à l'heure, on revenait d'un trip à l'épicerie. Chaque fois qu'on va là avec son p'tit voisin, on a l'air d'acheter à manger pour nos 14 enfants. On remplit sa Vibe de bouffe et on rentre à la maison en écoutant du Nirvana dans l'prélart (paraît que c'est hot pour un jeune de 13 ans d'écouter de la musique des années 90). Quand on rentre, on étale les provisions sur la table et sa mère les range en commentant: "Fallait acheter plus de douzaines d'oeufs, t'as pas oublié le beurre toujours?, cette semaine, j'vais vous faire de la pizza...".
C'est drôle quand même. Moi qui croyait qu'on devait mettre des limites à ses rêves en couple, voilà que je réalise qu'à deux, c'est comme si ces limites étaient repoussées à des années-lumières. Je ne suis pas devenue une fille plate, je rêve encore, et tout semble beaucoup plus tangible. J'ai juste trouvé une personne qui arrive à me suivre dans mes lubies. C'est fou c'que ça fait en dedans de réaliser qu'on n'est pas seule.
mercredi 3 mars 2010
Le printemps en grippe
La grippe est dure cette année. Tellement qu'on en a fait un sujet d'actualité pendant plusieurs mois, avant Noël. On a presque été obligés de remplacer la fameuse "table des enfants" (rebaptisée "table des jeunes" au fil des ans, à mesure qu'on changeait les bouteilles de jus et de mousseux .5 pour des vraies bouteilles de vin et de gin) par la table des parias non-vaccinés contre la H1N1. Je ne le dis pas trop fort, mais j'aurais fait partie de cette classe. Non pas par principe, simplement par pur je-m'en-foutisme. Avoir eu le temps, l'occasion, je me serais probablement fait vacciner; je n'ai eu peur ni du gros méchant vaccin bourré de métaux lourds et de micro-puces contrôlées par la CIA, ni de la grippe de guerre supposément capable d'anéantir plus d'humains que l'Holocauste, la colonisation de l'Amérique et le sida réunis. C'est fou ce qu'en temps de paix, les gens s'ennuient au point de voir des conspirations partout.
Toujours est-il que le printemps est là (officiellement dans une vingtaine de jours, mais qu'importe), amenant avec lui son lot de désagréments sanitaires. C'est en plein le temps de la pogner la grippe, vous vous rappellez, cette banale grippe qui dure en moyenne une semaine, 7 jours si on la traite. Et si vous êtes particulièrement chanceux, vous allez peut-être même vous taper le luxe d'une gastro. Moi, je n'ai pas encore eu cette chance, mais je touche du bois.
"Caller malade", ce n'est pas une option pour moi. J'ai donc passé une merveilleuse semaine à me lever à 4h30 pour superviser des traites en traînant ma boîte de kleenex ultra-doux avec lotion à saveur de Vick's. Ça m'a valu une couple de commentaires désobligeants sur le fait que j'étais une p'tite fille d'la ville élevée dans la ouate pas capable de se moucher dans une serviette à pis. Allez chier bon. J'ai pas la force de me défendre. Et je considère que j'assure pour la peine, même malade comme un chien.
Je suis allée m'acheter un super sirop qui fait tout (même si les symptômes sont apparus les uns après les autres), et je me suis mise sur le savant programme "2 aux 2", une invention tordue qui permet de ne pas avoir de down d'anti-douleur aux 4 heures. Il suffit de prendre 2 ibu aux 4 heures, et 2 acéto aux 4 heures, le tout décalé de 2 heures. Chaque fois que je fais ça, je me sens comme la pire junkie, fille d'un médecin qui lui a bien rentré dans la tête que la douleur, ça se contrôlait. Mais je me console, ça ne m'arrive pas plus qu'une journée, une fois par année. Mon foie veut encore me parler.
Ça me rappelle la fois où j'ai eu une extinction de voix totale en Islande. La journée où je quittais. Je faisais mes valises, et le téléphone a sonné. L'angoisse; moi qui n'avais plus de voix (mais vraiment rien!). En plus, sur l'afficheur, j'ai constaté que c'était la grand-mère des enfants que je gardais qui appellait, la seule personne qui ne parlait assurément pas un seul mot d'anglais. Rassemblant tout mon courage, j'ai répondu et je lui ai expliqué dans un douloureux chuchotement que j'étais malade, incapable de parler. Elle s'est confondue en excuses et a raccroché. Fiou!
Une heure plus tard, elle est arrivée à la maison avec une bouteille contenant un liquide trouble. "Bois ça! qu'elle m'a dit, demain, tu pourras parler." Malgré toute la confiance que je pouvais avoir en une grand-mère islandaise, je lui ai demandé ce que c'était. Elle me l'a dit, en islandais, et devant les signes imminents de mon ingnorance en matière de sorcellerie nordique, elle a fini par dire: "Bara svona blòm!" (juste des genres de fleurs). J'étais rassurée!
J'ai quand même bu le truc. Il y avait du gingembre à plein là-dedans. Je m'en suis tirés avec des brûlements d'estomac, et ma voix n'est pas revenue.
Vous comprendrez pourquoi j'ai choisi d'être moderne pour soigner mes symptômes grippaux cette fois-ci. Je me suis à peine fait une tisane au thym (qui m'a servi à prendre mes Advil). À la guerre comme à la guerre!
Toujours est-il que le printemps est là (officiellement dans une vingtaine de jours, mais qu'importe), amenant avec lui son lot de désagréments sanitaires. C'est en plein le temps de la pogner la grippe, vous vous rappellez, cette banale grippe qui dure en moyenne une semaine, 7 jours si on la traite. Et si vous êtes particulièrement chanceux, vous allez peut-être même vous taper le luxe d'une gastro. Moi, je n'ai pas encore eu cette chance, mais je touche du bois.
"Caller malade", ce n'est pas une option pour moi. J'ai donc passé une merveilleuse semaine à me lever à 4h30 pour superviser des traites en traînant ma boîte de kleenex ultra-doux avec lotion à saveur de Vick's. Ça m'a valu une couple de commentaires désobligeants sur le fait que j'étais une p'tite fille d'la ville élevée dans la ouate pas capable de se moucher dans une serviette à pis. Allez chier bon. J'ai pas la force de me défendre. Et je considère que j'assure pour la peine, même malade comme un chien.
Je suis allée m'acheter un super sirop qui fait tout (même si les symptômes sont apparus les uns après les autres), et je me suis mise sur le savant programme "2 aux 2", une invention tordue qui permet de ne pas avoir de down d'anti-douleur aux 4 heures. Il suffit de prendre 2 ibu aux 4 heures, et 2 acéto aux 4 heures, le tout décalé de 2 heures. Chaque fois que je fais ça, je me sens comme la pire junkie, fille d'un médecin qui lui a bien rentré dans la tête que la douleur, ça se contrôlait. Mais je me console, ça ne m'arrive pas plus qu'une journée, une fois par année. Mon foie veut encore me parler.
Ça me rappelle la fois où j'ai eu une extinction de voix totale en Islande. La journée où je quittais. Je faisais mes valises, et le téléphone a sonné. L'angoisse; moi qui n'avais plus de voix (mais vraiment rien!). En plus, sur l'afficheur, j'ai constaté que c'était la grand-mère des enfants que je gardais qui appellait, la seule personne qui ne parlait assurément pas un seul mot d'anglais. Rassemblant tout mon courage, j'ai répondu et je lui ai expliqué dans un douloureux chuchotement que j'étais malade, incapable de parler. Elle s'est confondue en excuses et a raccroché. Fiou!
Une heure plus tard, elle est arrivée à la maison avec une bouteille contenant un liquide trouble. "Bois ça! qu'elle m'a dit, demain, tu pourras parler." Malgré toute la confiance que je pouvais avoir en une grand-mère islandaise, je lui ai demandé ce que c'était. Elle me l'a dit, en islandais, et devant les signes imminents de mon ingnorance en matière de sorcellerie nordique, elle a fini par dire: "Bara svona blòm!" (juste des genres de fleurs). J'étais rassurée!
J'ai quand même bu le truc. Il y avait du gingembre à plein là-dedans. Je m'en suis tirés avec des brûlements d'estomac, et ma voix n'est pas revenue.
Vous comprendrez pourquoi j'ai choisi d'être moderne pour soigner mes symptômes grippaux cette fois-ci. Je me suis à peine fait une tisane au thym (qui m'a servi à prendre mes Advil). À la guerre comme à la guerre!
dimanche 21 février 2010
Un p'tit goût de printemps
Déjà février qui file, je commence à compter les dodos jusqu'au jour où je sortirai Dolores de son banc de neige. Je n'ai pas l'intention de déménager, je n'ai pas vraiment besoin de mon pick-up, mais il est hors de question que je m'en départisse. J'ai plutôt envie de lui refaire une beauté; des pneus d'été tout neufs, quelques coups de buffer, un p'tit peu de putty par ici, une p'tite job de peinture, un changement d'huile, quelques ajustements, une nouvelle paire de vice grip dans le coffre à gants, un nettoyage de fond en comble de la cabine. Comme ça, le dimanche après-midi, je pourrai aller faire une tournée en ville avec elle, rouler les vitres baissées, la musique à fond et le moteur qui gronde. Vivement l'été!
Bien qu'on soit encore officiellement en hiver, il fait incroyablement doux. Tellement que les gars commencent déjà à courir avec leur drill dans les érablières. On est tenté de parler de l'hiver au passé. Allons, je me laisse prendre au jeu...
Ce fut un hiver facile. À peine une tempête de neige, un vendredi. J'ai alors eu l'occasion de tester les performances de Suzanne dans des conditions extrêmes: les rangs de St-Éloi. C'est bien connu par ici, si vous voulez voir des chemins biens entretenus, n'allez pas à St-Éloi. On n'a même pas besoin de la p'tite pancarte verte pour savoir qu'on est entré sur le territoire de la municipalité; suffit de regarder l'état des routes.
Néanmoins, je passe régulièrement par les rangs, et à des heures où même le plus vaillant des déneigeurs n'a pas encore eu le temps de passer. Et Suzanne, elle assure. Tellement que j'en fais pratiquement des épisodes de rage au volant. Soyez rassurés, je me contrôle très bien. Jamais vous ne me verrez lever un doigt d'honneur envers le gars qui roule à 60 km/h dans son Accent avec des pneus 4 saisons. J'attend patiemment le moment opportun pour dépasser pépère qui croit dur comme fer que son Impala plafonne à 70km/h sur une route droite bien dégagée. Mais j'apprécie tellement les jours où il fait réellement mauvais car ces jours-là, des bretteux, il n'y en a pas; il restent chez eux, et c'est tant mieux.
En fait, je n'ai pas si hâte que ça à l'été moi. Mes producteurs vont être soudainement très occuppés, difficiles à rejoindre. La 132 sera envahie par des touristes qui regardent le paysage au lieu de conduire, et les rangs par des tracteurs tirant diverses machineries, en fonction du moment de la saison. Entre les touristes et les tracteurs, je préfère nettement les tracteurs. Je rêve mieux en suivant un tracteur...
Bien qu'on soit encore officiellement en hiver, il fait incroyablement doux. Tellement que les gars commencent déjà à courir avec leur drill dans les érablières. On est tenté de parler de l'hiver au passé. Allons, je me laisse prendre au jeu...
Ce fut un hiver facile. À peine une tempête de neige, un vendredi. J'ai alors eu l'occasion de tester les performances de Suzanne dans des conditions extrêmes: les rangs de St-Éloi. C'est bien connu par ici, si vous voulez voir des chemins biens entretenus, n'allez pas à St-Éloi. On n'a même pas besoin de la p'tite pancarte verte pour savoir qu'on est entré sur le territoire de la municipalité; suffit de regarder l'état des routes.
Néanmoins, je passe régulièrement par les rangs, et à des heures où même le plus vaillant des déneigeurs n'a pas encore eu le temps de passer. Et Suzanne, elle assure. Tellement que j'en fais pratiquement des épisodes de rage au volant. Soyez rassurés, je me contrôle très bien. Jamais vous ne me verrez lever un doigt d'honneur envers le gars qui roule à 60 km/h dans son Accent avec des pneus 4 saisons. J'attend patiemment le moment opportun pour dépasser pépère qui croit dur comme fer que son Impala plafonne à 70km/h sur une route droite bien dégagée. Mais j'apprécie tellement les jours où il fait réellement mauvais car ces jours-là, des bretteux, il n'y en a pas; il restent chez eux, et c'est tant mieux.
En fait, je n'ai pas si hâte que ça à l'été moi. Mes producteurs vont être soudainement très occuppés, difficiles à rejoindre. La 132 sera envahie par des touristes qui regardent le paysage au lieu de conduire, et les rangs par des tracteurs tirant diverses machineries, en fonction du moment de la saison. Entre les touristes et les tracteurs, je préfère nettement les tracteurs. Je rêve mieux en suivant un tracteur...
samedi 6 février 2010
Crise d'identité 2
Il y a quelque chose qui cloche chez moi. Oh! Ce n'est rien de dramatique, ma routine a à peine changé. Je travaille toujours à des heures irrégulières, je passe beaucoup trop de temps derrière le volant, je suis toujours aussi bordellique et je panique chaque vendredi en me disant: "Ok! En fin de semaine, il faut vraiment que je me tape un blitz de ménage!". J'ai introduit un lave-vaisselle dans ma cuisine (qui a dit que j'étais écolo???), je me suis fait livré une laveuse et une sécheuse toutes neuves, et j'ai troqué mon vieux futon contre un matelas queen hi-tech, rien de moins! Mais tout ça, ce n'est rien. Il se passe quelque chose. Un bouleversement totalement inattendu.
Depuis un mois, il y a deux brosses à dents dans la salle de bain. Je n'y ai accordé que peu d'attention au premier abord. Mais voilà, il y a quelques semaines, en quittant la maison, j'ai remarqué qu'une paire de boxer sales traînaient sur le congélateur, à côté d'une paire de bas. Ils sont disparus par eux-mêmes au cours de la journée, sauf qu'il est ensuite apparu une drill, une scie sauteuse, un niveau, une équerre, un marteau supplémentaire, des boìtes de vis, une clé 9/16 et plein de petits objets utiles dans le genre. Alors que je poussais un peu plus loin mon investigation, une pharmacie s'est installée dans la salle de bain, et d'elle-même, elle s'est remplie d'un côté d'élastiques à cheveux, de barettes, de bouteilles d'huiles essentielles, et de l'autre côté, d'un rasoir avec tous ses accessoires, un déo, de la mousse à raser. Sans que je ne voie cela venir, du boeuf est apparu aux côtés de mon agneau dans le congélo, et un pichet à lait est apparu dans mon frigo, remplaçant les 4 litres en sacs que j'achetais chaque semaine. Et je me suis dit: "Mais qu'est-ce qui est en train de m'arriver???".
Alors que Java me pétait une crise de jalousie profonde, j'ai constaté que le gros du changement se passait à l'intérieur de moi. Pourquoi mon rythme cardiaque augmentait-il significativement chaque fois que je passais devant une certaine ferme? En quel honneur avais-je soudainement envie de cuisiner pour 2 tous les soirs (et où donc disparaissaient les restants???)? D'où venait cette secrète envie d'entendre la porte d'entrée s'ouvrir d'elle-même en début de soirée?
J'ai du me rendre à l'évidence; quelqu'un ici-bas ne me laisse pas indifférente. Quelqu'un, oui, et pas quelqu'une! Contre toute attente, je suis tombée dans le piège. Un piège bien douillet...
Et tranquilement, je me laisse intégrer ici. En restant moi-même (paraît qu'on n'est rarement ce que l'on croit), timidement, je laisse mes racines toucher cette terre que j'avais cessé d'espérer habiter. On dirait que je vais faire un p'tit bout de chemin ici.
Depuis un mois, il y a deux brosses à dents dans la salle de bain. Je n'y ai accordé que peu d'attention au premier abord. Mais voilà, il y a quelques semaines, en quittant la maison, j'ai remarqué qu'une paire de boxer sales traînaient sur le congélateur, à côté d'une paire de bas. Ils sont disparus par eux-mêmes au cours de la journée, sauf qu'il est ensuite apparu une drill, une scie sauteuse, un niveau, une équerre, un marteau supplémentaire, des boìtes de vis, une clé 9/16 et plein de petits objets utiles dans le genre. Alors que je poussais un peu plus loin mon investigation, une pharmacie s'est installée dans la salle de bain, et d'elle-même, elle s'est remplie d'un côté d'élastiques à cheveux, de barettes, de bouteilles d'huiles essentielles, et de l'autre côté, d'un rasoir avec tous ses accessoires, un déo, de la mousse à raser. Sans que je ne voie cela venir, du boeuf est apparu aux côtés de mon agneau dans le congélo, et un pichet à lait est apparu dans mon frigo, remplaçant les 4 litres en sacs que j'achetais chaque semaine. Et je me suis dit: "Mais qu'est-ce qui est en train de m'arriver???".
Alors que Java me pétait une crise de jalousie profonde, j'ai constaté que le gros du changement se passait à l'intérieur de moi. Pourquoi mon rythme cardiaque augmentait-il significativement chaque fois que je passais devant une certaine ferme? En quel honneur avais-je soudainement envie de cuisiner pour 2 tous les soirs (et où donc disparaissaient les restants???)? D'où venait cette secrète envie d'entendre la porte d'entrée s'ouvrir d'elle-même en début de soirée?
J'ai du me rendre à l'évidence; quelqu'un ici-bas ne me laisse pas indifférente. Quelqu'un, oui, et pas quelqu'une! Contre toute attente, je suis tombée dans le piège. Un piège bien douillet...
Et tranquilement, je me laisse intégrer ici. En restant moi-même (paraît qu'on n'est rarement ce que l'on croit), timidement, je laisse mes racines toucher cette terre que j'avais cessé d'espérer habiter. On dirait que je vais faire un p'tit bout de chemin ici.
vendredi 22 janvier 2010
Crise d'identité 1
Mon blogue traverse une grave crise d'identité.
D'abord, je n'ai plus de moutons. C'est dur pour l'âme de bergère. Il arrive même que je fasse des lapsus en mêlant "vêlage" et "agnelage", "génisses" et "agnelles", ou même "taureau" et "bélier". Je travaille énormément, mais avec des gens. Ça a beaucoup en commun, mais ça demande de la patience, du savoir-vivre, du tact. Il faut apprendre leur langage, comprendre comment ils pensent, te faire accepter par eux. Et puis, il y a tout ce qui vient avec; la paperasse, l'informatique, les conventions, les sous-entendus et mille et une autres manières de se compliquer la vie. Ils sont bons là-dedans les humains.
Moi par contre, j'ai des humains bien particuliers: des producteurs laitiers. C'est une race de grande valeur, malheureusement en voie d'extinction. Ils parlent une langue bien à eux, pas toujours verbale, et ne sont pas très verbo-moteurs (contrairement à moi!). Souvent, ils ont l'air fâchés, mais en fait, il leur arrive de plonger dans un état proche du somnambulisme quand ils sont très occuppés. Ça leur permet de fonctionner assez efficacement malgré de longues périodes sans sommeil. J'en apprends tous les jours sur eux, et ils arrivent à me surprendre tellement souvent! Mais ce ne sont pas des moutons, loin de là. Leur esprit d'indépendance est très fort bien que ce soit des gens solidaires qui ont à coeur le bien de l'humanité toute entière.
L'autre raison de la crise sur mon blogue, c'est Dolores qui est en remisage. Elle me manque, mais Suzanne est tellement d'une efficacité remarquable qu'il m'arrive de ne plus penser à Dolo certains jours. Fini les histoires de vieux chars! De plus, l'hiver est d'une clémence hallucinante; pas de danger de rester pris dans une tempête...
Mais en même temps, ma vie n'est pas plate. Loin de là! Je vis plein de petits moments magiques... Je peux par exemple vous dire que si on quitte Squatec au moment où le soleil commence à descendre, on arrive en haut de la côte à Sainte-Rita au moment le plus flamboyant du coucher de soleil. Cette lumière nous enveloppe et s'en va mourir tranquilement au loin, dans le rang de la Société, provoquant une vision idyllique d'une montée d'écureur à contre-jour dans le froid hivernal. Un pur délire!
En fait, l'hiver est tout doux. Et ça se prend bien! Peu m'importe de devenir un p'tit peu plate pour quelques mois, j'ai besoin de me reposer un peu. Alors je bois de la tisane à la santé de tous ceux qui n'aiment pas l'hiver...
D'abord, je n'ai plus de moutons. C'est dur pour l'âme de bergère. Il arrive même que je fasse des lapsus en mêlant "vêlage" et "agnelage", "génisses" et "agnelles", ou même "taureau" et "bélier". Je travaille énormément, mais avec des gens. Ça a beaucoup en commun, mais ça demande de la patience, du savoir-vivre, du tact. Il faut apprendre leur langage, comprendre comment ils pensent, te faire accepter par eux. Et puis, il y a tout ce qui vient avec; la paperasse, l'informatique, les conventions, les sous-entendus et mille et une autres manières de se compliquer la vie. Ils sont bons là-dedans les humains.
Moi par contre, j'ai des humains bien particuliers: des producteurs laitiers. C'est une race de grande valeur, malheureusement en voie d'extinction. Ils parlent une langue bien à eux, pas toujours verbale, et ne sont pas très verbo-moteurs (contrairement à moi!). Souvent, ils ont l'air fâchés, mais en fait, il leur arrive de plonger dans un état proche du somnambulisme quand ils sont très occuppés. Ça leur permet de fonctionner assez efficacement malgré de longues périodes sans sommeil. J'en apprends tous les jours sur eux, et ils arrivent à me surprendre tellement souvent! Mais ce ne sont pas des moutons, loin de là. Leur esprit d'indépendance est très fort bien que ce soit des gens solidaires qui ont à coeur le bien de l'humanité toute entière.
L'autre raison de la crise sur mon blogue, c'est Dolores qui est en remisage. Elle me manque, mais Suzanne est tellement d'une efficacité remarquable qu'il m'arrive de ne plus penser à Dolo certains jours. Fini les histoires de vieux chars! De plus, l'hiver est d'une clémence hallucinante; pas de danger de rester pris dans une tempête...
Mais en même temps, ma vie n'est pas plate. Loin de là! Je vis plein de petits moments magiques... Je peux par exemple vous dire que si on quitte Squatec au moment où le soleil commence à descendre, on arrive en haut de la côte à Sainte-Rita au moment le plus flamboyant du coucher de soleil. Cette lumière nous enveloppe et s'en va mourir tranquilement au loin, dans le rang de la Société, provoquant une vision idyllique d'une montée d'écureur à contre-jour dans le froid hivernal. Un pur délire!
En fait, l'hiver est tout doux. Et ça se prend bien! Peu m'importe de devenir un p'tit peu plate pour quelques mois, j'ai besoin de me reposer un peu. Alors je bois de la tisane à la santé de tous ceux qui n'aiment pas l'hiver...
dimanche 10 janvier 2010
Mea culpa de décembre
Pardonnez-moi car j'ai péché. Je suis rongée par les remors. Et pour ajouter au pathétisme de l'histoire, j'ai plein de raisons pour expliquer mon absence électronique des dernières semaines...
Tout ça remonte à il y a 26 ans. À cette époque, je vivais bien au chaud dans un utérus douillet; meublé, chauffé (je ne voyais pas encore l'utilité de l'éclairer), j'avais même les repas de compris sans que j'aie à lever le p'tit doigt. Mais ceux qui me connaissent savent pertinemment que je ne suis pas du genre à me contenter dans le confort. Ma soif de découvrir, d'élargir mes horizons me pousse toujours à me mettre dans des situations pas possibles où je dois faire preuve d'inventivité et de débrouillardise afin de survivre.
Toujours est-il que de là, j'entendais toutes sortes de bruits étranges, je sentais que ça bougeait, et peu à peu, ma curiosité l'a emporté. Je sentais que quelque chose de gros se préparait dehors, si bien que par une froide soirée de la fin de décembre, j'ai décidé de casser mon bail, de sacrer mon camp et de partir à l'aventure pour la première fois. J'aime ça le trouble ça a l'air!
Le choc a été terrible; le frette, la neige, le suit one-piece, les becs de matante... Tout ça dans un décor hallucinant de lumières multicolores, avec un fond de musique redondant. Je me suis retrouvée dans la campagne la plus sauvage; il y avait jusqu'à un arbre dans ma maison! Je crois que j'ai du faire des associations négatives dans mon esprit concernant le temps des fêtes. Et c'est de là que ça date. Je n'aime pas ça Noël. Fuck la magie, les tits-lutins, le gros barbu en rouge, le ragoût de pattes, la bûche, la messe de minuit, les party de famille, le rouge pis le vert; tout ça ne fait que me rappeller mon calvaire originel. J'ai envie de sauter dans la face à toutes les p'tites madames des bureaux gouvernementaux qui me traite de "cadeau de Noël" ou de "p'tit Jésus" quand je leur dis ma date de naissance. J'ai même plus envie d'être contente quand une matante a la oh! combien originale idée de mettre des bougies sur la bûche et de faire chanter "Bonne fête Andréane" à toute la tablée qui n'en a rien à foutre!
Mon mois de décembre a été terrible. Afin d'oublier que c'était le temps des fêtes, je me suis mise à travailler. Les alcooliques boivent, moi, je travaille; c'est un peu plus valorisé en société. Et bon, je n'ai pas eu le temps d'écrire mon blogue. Alors toutes mes excuses à mes lecteurs accros (je suis quand même surprise d'en avoir réellement!). Je ne voulais juste pas vous faire chier avec mon dégoût de ce temps de merde où on n'a socialement pas le droit d'être mécontent ou malheureux.
Parenthèse inutile
Tout ça me rappelle quelque chose. En 1995, j'étais tranquilement assise dans mon cours d'écologie, secondaire 1. La prof (qui attachait ses longs cheveux gris à la hauteur de la nuque, portait des gilets de coton ouaté avec des loups dessus, sentait le off! régions sauvages et conduisait une vieille Volvo) s'était mise à nous parler d'un truc qui allait bientôt révolutionner notre manière de communiquer: internet. L'adolescente que j'étais alors s'est exclamée tout bas :"Yeah right! pis on va avoir des chars volants en l'an 2000...". 15 ans plus tard, je tiens un blogue, j'ai quelques comptes Facebook, une couple d'adresses courriel, et une flopée d'amis virtuels. J'suis peut-être pas aussi accro que certaines personnes, mais quand même, j'me fais peur parfois. J'ai sorti la télé de ma maison, mais j'suis passée récemment à la haute vitesse. On n'arrête pas le progrès!
Alors voilà, j'ai survécu au temps des fêtes, encore une fois. Dolores elle, est remisée pour l'hiver. Je suis trop cheap pour lui acheter des pneus réglementaires, j'ai donc fait la même chose que l'hiver dernier: remisage. En espérant que cette année, je ne serai pas obligée de la faire renaître avant le printemps!
Tout ça remonte à il y a 26 ans. À cette époque, je vivais bien au chaud dans un utérus douillet; meublé, chauffé (je ne voyais pas encore l'utilité de l'éclairer), j'avais même les repas de compris sans que j'aie à lever le p'tit doigt. Mais ceux qui me connaissent savent pertinemment que je ne suis pas du genre à me contenter dans le confort. Ma soif de découvrir, d'élargir mes horizons me pousse toujours à me mettre dans des situations pas possibles où je dois faire preuve d'inventivité et de débrouillardise afin de survivre.
Toujours est-il que de là, j'entendais toutes sortes de bruits étranges, je sentais que ça bougeait, et peu à peu, ma curiosité l'a emporté. Je sentais que quelque chose de gros se préparait dehors, si bien que par une froide soirée de la fin de décembre, j'ai décidé de casser mon bail, de sacrer mon camp et de partir à l'aventure pour la première fois. J'aime ça le trouble ça a l'air!
Le choc a été terrible; le frette, la neige, le suit one-piece, les becs de matante... Tout ça dans un décor hallucinant de lumières multicolores, avec un fond de musique redondant. Je me suis retrouvée dans la campagne la plus sauvage; il y avait jusqu'à un arbre dans ma maison! Je crois que j'ai du faire des associations négatives dans mon esprit concernant le temps des fêtes. Et c'est de là que ça date. Je n'aime pas ça Noël. Fuck la magie, les tits-lutins, le gros barbu en rouge, le ragoût de pattes, la bûche, la messe de minuit, les party de famille, le rouge pis le vert; tout ça ne fait que me rappeller mon calvaire originel. J'ai envie de sauter dans la face à toutes les p'tites madames des bureaux gouvernementaux qui me traite de "cadeau de Noël" ou de "p'tit Jésus" quand je leur dis ma date de naissance. J'ai même plus envie d'être contente quand une matante a la oh! combien originale idée de mettre des bougies sur la bûche et de faire chanter "Bonne fête Andréane" à toute la tablée qui n'en a rien à foutre!
Mon mois de décembre a été terrible. Afin d'oublier que c'était le temps des fêtes, je me suis mise à travailler. Les alcooliques boivent, moi, je travaille; c'est un peu plus valorisé en société. Et bon, je n'ai pas eu le temps d'écrire mon blogue. Alors toutes mes excuses à mes lecteurs accros (je suis quand même surprise d'en avoir réellement!). Je ne voulais juste pas vous faire chier avec mon dégoût de ce temps de merde où on n'a socialement pas le droit d'être mécontent ou malheureux.
Parenthèse inutile
Tout ça me rappelle quelque chose. En 1995, j'étais tranquilement assise dans mon cours d'écologie, secondaire 1. La prof (qui attachait ses longs cheveux gris à la hauteur de la nuque, portait des gilets de coton ouaté avec des loups dessus, sentait le off! régions sauvages et conduisait une vieille Volvo) s'était mise à nous parler d'un truc qui allait bientôt révolutionner notre manière de communiquer: internet. L'adolescente que j'étais alors s'est exclamée tout bas :"Yeah right! pis on va avoir des chars volants en l'an 2000...". 15 ans plus tard, je tiens un blogue, j'ai quelques comptes Facebook, une couple d'adresses courriel, et une flopée d'amis virtuels. J'suis peut-être pas aussi accro que certaines personnes, mais quand même, j'me fais peur parfois. J'ai sorti la télé de ma maison, mais j'suis passée récemment à la haute vitesse. On n'arrête pas le progrès!
Alors voilà, j'ai survécu au temps des fêtes, encore une fois. Dolores elle, est remisée pour l'hiver. Je suis trop cheap pour lui acheter des pneus réglementaires, j'ai donc fait la même chose que l'hiver dernier: remisage. En espérant que cette année, je ne serai pas obligée de la faire renaître avant le printemps!
S'abonner à :
Messages (Atom)
