lundi 2 novembre 2009

La nouvelle

On dirait qu'en ce moment, la solitude me pèse plus que jamais. Ma vie a tellement été bouleversée dans la dernière année que ma capacité d'adaptation semble s'effriter. J'ai du mal à me faire des nouveaux amis dans mon village. Je quitte mon appart très tôt, parfois vers 3 heures du matin, et je rentre le soir, épuisée. Je m'accomode très bien de cette routine, trop bien.

Depuis toujours, je suis la fille qui vient d'ailleurs. À la question "T'es une p'tite qui toi?", je finis toujours par répondre "Vous ne connaissez certainement pas mon père...". S'en suit généralement une brève discussion sur l'origine de mon patronyme, parfois suivi d'un cours de géographie du Centre-du-Québec. Faut que j'assume, j'suis l'étrangère, c'est normal. On se méfie de moi, on me trouve bizzarre (ok, j'avoue que je suis quand même assez marginale), drôle, mais tout de même sympathique.

Pour avoir déjà été "la nouvelle" dans une cours d'école, je peux témoigner du fait que le commun des mortels n'a pas idée des efforts que doit fournir un enfant pour se tisser un réseau social. On minimise l'importance que ça a, on banalise les échecs en ce sens, et on n'a pas conscience des effets dévastateurs de cette attitude sur l'estime de soi.

En vieillissant, les choses ne s'améliorent pas. Si le prêt d'une gomme à effacer apparaît comme une relativement bonne manière d'amorcer une relation d'amitié durable en 4e année, il faut trouver des moyens plus étoffés quand on a 25 ans. Et j'suis nulle là-dedans. Je l'ai toujours été.

J'ai quand même essayé plusieurs techniques. Par exemple commencer une conversation sur un détail totalement anodin mais accrocheur. Dans un bar laitier, je philosophe sur l'éternelle opposition entre le chocolat et le caramel: "Salut! Moi c'est Andréane pis j'veux un sundae.". J'suis probablement la seule qui accroche.

Il y a aussi les fameux "Aurais-tu..."

...l'heure: la réponse est généralement trop courte pour espérer un quelconque développement.
...du feu: encore faut-il fumer. Moi, j'ai choisi d'autres moyens plus agréables et moins chers d'attrapper le cancer.
...du change pour un 5$: t'as l'air soit d'un faux-monnayeur, soit d'un joueur compulsif...
...un tournevis carré: celle-là est plus efficace que les autres, mais il faut vraiment avoir besoin d'un tournevis carré.

Bah! J'en ai marre de ne pas savoir où me mettre. Je déteste agir en fonction de ce que les autres vont penser de moi. J'assume qui je suis. C'est le genre de comportement qui suscite l'admiration, mais pas l'amitié. Je suis condamnée à être la personne cool qui n'a besoin de personne. Et le pire, c'est que c'est presque vrai.

Alors en attendant que quelqu'un du coin m'appelle pour aller prendre une bière ou un café, je continue mon p'tit bonhomme de chemin, espérant un jour être quelque chose de plus que juste "la nouvelle".