samedi 7 février 2009

Quand c'est le temps de bouger...

Voilà voilà... Par où commencer?

Situation initiale: je travaille depuis le mois de mai sur une ferme ovine à Sainte-Florence, dans la vallée de la Matapédia. Je suis bergère, c'est mon métier, ma passion, enfin, ce qui me donne envie de me lever avant le soleil chaque matin et me fait dormir comme un bébé (qui fait ses nuits) tous les soirs.

Mais voilà que l'isolement se fait de plus en plus pesant. Les grands froids de décembre, suivis de ceux de janvier ne m'ont pas épargnée. Ma bonne vieille Scirocco qui me permettait de me rendre à la ferme matin et soir se met à se noyer, à geler, à brûler des sensors, à tomber en rack n'importe où et à se prendre dans les bancs de neige quand ce n'est pas assez. J'en viens rapidement à angoisser à l'idée de suivre un autobus scolaire, de pogner la lumière rouge à Causapscal, de tenter une expédition à Amqui pour faire l'épicerie... Heureusement, j'ai un boss génial qui me prête son pick-up pour que je puisse rentrer travailler. Début janvier, j'utilise mon dernier call CAA pour envoyer mon char à Matane chez le meilleur mécanicien Volkswagen que je connaisse. Il réussit à redonner vie à McFly, mais une semaine de températures sous les -30 le rachève encore. Je commence à songer à Dolores qui hiberne sous le banc de neige dans la cours...





Dolores, c'est mon pick-up à moi. Mon F-150 rouge stripé blanc; un 85. C'est un camion, et elle a de la gueule. Je me fous bien que ce soit un Ford, un Chevy ou un Dodge, elle est rouge, elle fait vroum et elle shine. Et elle est à moi. Je l'ai achetée sur un coup de tête, parce que je voulais partir en road trip avec elle, et parce que je me disais qu'elle serait plus fiable qu'un Westfalia. Je l'sais c'que c'est de tomber en rack avec un vieux Volks, j'en ai eu ma claque. Je me suis dis que pour une fois, quand je débarque dans n'importe quel garage, si la pièce pouvait déjà être en stock plutôt que de devoir être commandée par avion d'Allemagne et arriver 3 semaines plus tard, ça pourrait être bien. Malgré tout, Dolores, elle est pas 4 pattes. Et avec la pénurie de pneus d'hiver qui a sévi cette année, je me suis dis que je pouvais bien la remiser dans un igloo.
D'accord, je l'avoue, je parle autant de mon pick-up que Dany Placard. J'ai réalisé qu'en région, il suffisait de lancer ce sujet de conversation pour mettre de la vie dans un party. Alors jasons pick-up, c'est bon pour la santé. Et pour tous ceux qui pensent que j'ai une conscience environnementale, que j'ai un camion parce que j'en ai réellement besoin, détrompez-vous. J'ai un camion pour flasher. Je l'assume bon.
Tout cela nous mène à avant-hier. Je rentre du boulot, mes mains sentent un mélange d'agneau mort et de diarrhée néo-natale, je me digère l'intérieur et je suis menstruée. J'arrive à Causap, je pense positif, fort fort fort, mais je pogne la lumière rouge. J'essaie de peser sur la clutch, le brake pis le gaz en même temps, mais sans succès, mon char s'étouffe, refuse de redémarrer et se noie. Je réussis à le pousser hors du chemin, et là, je me dis que je dois attendre une petite demi-heure pour réessayer. Il fait noir, frette, mais j'me dis que je dois me trouver une mission pour passer le temps. Je marche donc jusqu'à l'épicerie, histoire de vérifier s'ils ont des pépites de chocolat blanc. Je me sens ridicule, pas de pépites de chocolat blanc à Causap. Je reviens vers mon char, je réussis à le starter et je roule jusqu'à la maison en sanglotant.
Le lendemain matin, quand vient le temps de partir, mon char ne fait rien. Ben en fait, il fait le son d'un char qui a du courant, mais dont le starter, pour une raison qu'on ignore, refuse de bouger. Je rentre, téléphone à mon boss pour lui dire que je serai en retard, et qu'en fait, je ne pense même pas pouvoir réparer mon char cette fois-ci...
Après quelques téléphones, je décide de jouer le tout pour le tout. Je prends ma pelle et je m'attaque au banc de neige autour de Dolores. La blonde de mon boss finit par venir me chercher, mais je sais que Dolo va reprendre vie, que je vais aller au bout du monde avec elle aussitôt que j'aurai des pneus d'hiver.
Et je ne pensais pas si bien dire.