
Le déménagement est entamé. J'ai 2-3 voyages à faire entre Lac-au-Saumon et Baie Saint-Paul, des voyages de 7 heures étant donné que le traversier de Rivière-du-Loup n'est pas en fonction avant le 9 avril. Je ferai le grand tour par Québec, et dans ma planification, je dois tenir compte d'une donnée qui n'existe pas dans mon monde à moi: l'heure de pointe.
Je passe mes journées à faire des boîtes, à classer des papiers, à jouer à Tetris dans la boîte de mon pick-up, obsédée par les espaces vides. Après quelques heures de dur labeur, j'ai envie de jaser avec un être humain. Tournée de téléphones, tournée de répondeurs. Même quand on appelle dans les bureaux, on tombe sur des machines. Les automates sont en train de prendre possession du téléphone. Je me sens comme une machine.
Ce midi, histoire de voir du monde et d'éviter d'avoir à cuisiner, je vais dîner à la cantine Fortier (excellente poutine, et en plus, ils mettent des frites dans les burgers all dressed). Lorsque je sors de là après m'être rassasiée de faits divers et d'histoires de drames familiaux dans le Journal de Québec, un homme m'apostrophe: "Salut bergère!". Je le salue en montant dans mon pick-up telle une habituée. C'est un producteur du coin, ça me fait un p'tit velours. Je sens que j'ai quand même réussi à faire ma place pendant l'année que j'ai passée ici. On me reconnaît comme la bergère, et c'est ce que je suis.
La fatigue, le stress font que je n'ai pas besoin de grand chose pour m'émouvoir. Le "Bonne chance!" écrit par la femme de mon boss sur mon dernier chèque de paye signé par lui m'a fait chaud au coeur. En ville, c'est le printemps, et comme le disait Joe Dassin, on dirait que les gens sortent de la terre. La Vallée se refait une beauté pour l'été, et j'ai à peine le temps de me promettre d'y revenir un jour, histoire de me rappeller à quel point c'est un beau coin.
