mercredi 21 décembre 2011

I'll be home for Christmas

Depuis quelques semaines, je suis de retour sur la route.  J'ai hérité d'un territoire passablement éloigné de chez moi: l'Est du Bas-St-Laurent et la Gaspésie.  Je rencontre mes nouveaux producteurs de moutons, et je suis charmée par le contexte humain autour de chaque entreprise; ça fascine la sociologue du dimanche en moi.  Entre deux premiers contacts maladroits de ma part, j'avale des kilomètres tel un routier boulimique.  Je cherche la nomade en moi, mais je ne la trouve plus.  Désormais, j'ai un chez-moi pour m'ennuyer.

Cette semaine, je fais une tournée en Gaspésie.  Juste avant Noël.  La Gaspésie en hiver, c'est vraiment mieux.  Les touristes les plus insignifiants sont retournés chez eux.  Reste les locaux et les routiers.

Je me suis pris un motel à New Richmond.  Rien de bien chic, mais pour la voyageuse un peu trash que j'ai déjà été, c'est bien assez.  Je pense être la seule cliente féminine depuis longtemps.  À mon arrivée, la serveuse m'a tout de suite reconnue: "Andréane c'est ça?  Je sais parce que tu es la seule femme qui avait réservé chère!" me lance-t-elle avec l'accent pointu de la Baie des Chaleurs.  Désormais, chaque fois que je vais manger au resto du motel, elle m'appelle par mon prénom et me sert du thé, pas de café...

Dans les maisons, tout le monde se prépare pour les fêtes.  Sapins bien garnis, pâtés à la viande, et lumières de Noël.  Et moi qui déteste Noël, j'ai juste envie d'être chez moi, de me faire un sapin et de manger d'la dinde.  Pas de courir les chemins.

Cet avant-midi, je vais chez un client près d'ici.  Après la visite de bergerie, on rentre dans la maison de ses parents pour la partie "papiers".  Sa mère, une gaspésienne à l'oeil pétillant de cette race qui semble refuser de vieillir m'accueille comme un membre de la famille.  Il paraît que je ressemble incroyablement à sa petite-fille Marion.  Un peu plus tard, un voisin fait irruption dans la maison.  Il a un problème avec une vache et vient demander un coup de main.  La grand-mère m'appelle alors depuis l'étage, avec cet accent chantant: "Viens ici fille!".  J'y vais en demandant pourquoi.  "Viens voir!"

Je monte l'escalier et arrivée en haut, elle me montre une pile de catalognes tissées.  "T'as déjà vu ça des couvertures comme ça?" qu'elle me demande.  Évidemment que j'en ai déjà vu!  Mon arrière-grand-mère en faisait, ma belle-mère en faisait aussi...  Elle me tend la plus colorée de la pile et me dit de la prendre.  C'est que je ressemble tellement à sa Marion, et étant donné que je vais travailler avec son fils, elle me la donne.  Elle m'embrasse, je la remercie et je redescends travailler, ébahie.  Ça m'apprendra à travailler dans la semaine juste avant Noël.

Après trois nuits dans un motel, j'ai trop hâte de rentrer.  Je compte les dodos.  Je n'ai pas grand chose qui m'attend à la maison, mais ça me manque.  J'ai envie de bourrer la fournaise pis de me bercer...  Mon amoureux m'attend, je serai chez nous pour Noël.

dimanche 4 décembre 2011

Les bons et les méchants

Cet automne, j'ai commencé à jouer au water-polo.  Je me disais que ça me ferait du bien de bouger un peu, après tout, les vaches, c'est tellement moins physique que les moutons!  À Trois-Pistoles, on a un petit groupe de tous âges qui tient des parties amicales les mardis soirs.  À toutes les semaines, je prends mon courage à deux mains, je rase mon poil de dessous de bras et j'enfile mon maillot après la traite pour aller patauger autour d'un ballon avec un casque à oreilles de plastique.  Je me sentais jeune à nouveau jusqu'à ce qu'une ado du groupe me demande un jour: "MADAME, vous faites quoi dans la vie?".

Ok; la nouvelle génération a été habituée au vouvoiement, contrairement à la mienne qui considère tout le monde comme son égal (j'ai même appris une version tutoyée du "Je vous salue Marie"...).  J'ai tout de même pris un coup de vieux.  Toutes les semaines, dans le vestiaire des filles, j'entends les ados discuter entre elles dans un langage d'une époque qui n'est pas la mienne.  Et je me remémore mon secondaire; comment tout semblait si important, comment le moindre événement devenait un drame, comment chaque décision paraissait changer le cours de ma vie.  Les choses n'ont pas changé tant que ça pour les ados; c'est toujours aussi compliqué, toujours aussi intense.

Mardi dernier, après la partie, je suis arrêtée à la patate (légendaire patate D'Amours!) pour ramener de quoi compenser les calories tout juste dépensées.  À la patate, il y a un écran de télé qui joue les nouvelles en permanence, sur mute, avec l'option sous-titres pour que ceux qui désirent essayer de comprendre ce qui se passe.  Comme je n'ai plus de télévision depuis plusieurs années, chaque fois que j'en croise une, je suis obnubilée.  Le commun des mortels est désensibilisé au petit écran; moi, ça me rentre dedans complètement, et plus rien n'existe alentour.  Ce soir-là, la télé m'apprenait le suicide de Marjorie Raymond.  Tout de suite, on en voulait à ses agresseurs.  Toutes les mamans de ce monde se levaient pour dire non à l'intimidation, parce qu'elle ne voulaient pas que ça arrive à leur enfant.  Le traitement de cette histoire était fort simple: d'un côté, la pauvre victime, de l'autre, les méchants agresseurs qui l'intimidaient.

C'est triste, mais pour moi, c'était un drame fort banal.  Je veux dire, ça doit tellement arriver souvent!  Cherchez autour de vous, et trouvez au moins une personne qui n'a jamais, à aucun moment de sa vie, été victime d'intimidation.  C'est impossible.  Les jeunes le font à l'école parce qu'ils voient des gens se bitcher dans des reality show, parce qu'ils lisent la presse à potins, mais surtout, parce qu'ils voient leurs parents le faire.  "Faites c'que j'dis, pas c'que j'fais!"...  On ne peut pas enseigner la résolution de conflits à des jeunes si on n'est pas capable d'en faire autant.

C'est simple diront certains, on n'a qu'à sortir de l'école tous les agresseurs; tolérance zéro!  Le hic, c'est que les agresseurs sont presque toujours des agressés.  Rien n'est noir ou blanc.  On est loin des films de Disney où le mal triomphe sur le bien.

Aujourd'hui, je ne peux pas ouvrir facebook et ignorer la saga Marjorie.  C'est devenu gros.  Cette fille-là est devenue une superstar en se pendant dans son garage.  Tout le monde a récupéré son geste pour aller chercher un peu de capital politique, des dons pour une fondation, des cotes d'écoute, des lecteurs de plus, etc.  Une autre histoire médiatique à la Cédrika Provencher, sauf que cette fois-là, on a un méchant sur qui taper.  Marjorie vient de remporter son concours de popularité.  J'en conviens, ça lui a coûté cher, mais la gloire, c'est pas donné.

En bout de ligne, on a beau dire ce que l'on voudra, on ne pourra jamais éliminer l'intimidation à l'école si on catégorise les jeunes en bons et en méchants.  Les jeunes peuvent manipuler, retourner la situation à leur avantage, jouer les victimes pour dénoncer de faux agresseurs.  C'est triste, mais ça ne changera pas.

Par contre, ce que je peux dire, c'est que d'être une victime, ça forge le caractère.  Mieux vaut apprendre tôt à dealer avec ça, car on va en vivre toute notre vie.  Parfois, on ne peut prévenir, il faut guérir; savoir se relever, c'est peut-être mieux que de ne jamais tomber!