Hourra! Dolo a bougé de 4 pouces!!!
Mais tout d'abord, la suite de la mise en situation.
Revenons à vendredi dernier. Il n'est pas encore 8h30, et je me dis que j'ai déjà ma journée. Je me mets à déneiger Dolores en me disant que je me donnerais le droit de pleurer à la fin de la journée, seulement à la fin. Ravalant mes sanglots, puisque pleurer fait rarement avancer les choses, même quand on essaie de sudoyer un policier, je pellete et ma petite voix intérieure me dit que ce soir, ce sont des larmes de métal que je vais verser. Si quelqu'un a les tabs de cette grande chanson de Normand Brathwaite, envoyez-les moi s'il-vous-plaît!
Finalement, la blonde de mon boss est venue me chercher, ma présence à la bergerie est trop cruciale pour qu'on me laisse régler mes affaires une bonne fois pour toutes. Sur le chemin, nous avons une discussion philosophique fort intéressante sur le sens des choix qu'on fait dans la vie (le genre de conversation qui commence généralement par "T'aimes ça la misère toi fille!").
La journée va rondement, j'ai de l'espoir. Quand vient le temps de commencer la besogne du soir, mon boss se pointe et la fait avec moi. Bonheur, certes, mais il y a anguille sous roche. Après avoir soigné tout le monde, que les filles se soient toutes tues parce que
trop occuppées à manger, il reste planté là, l'air d'avoir quelque chose à dire sans trop savoir comment amorcer la discussion. Il demande simplement si j'ai entendu parler de quelque chose. Je n'ai peur de rien, qu'est-ce qui peut bien arriver de pire aujourd'hui?
trop occuppées à manger, il reste planté là, l'air d'avoir quelque chose à dire sans trop savoir comment amorcer la discussion. Il demande simplement si j'ai entendu parler de quelque chose. Je n'ai peur de rien, qu'est-ce qui peut bien arriver de pire aujourd'hui?Mon boss m'annonce alors qu'il a l'intention de vendre le troupeau. Pour mars. Ce serait donc une bonne chose si je commençais à regarder pour une autre job. J'encaisse le coup sans trop comprendre ce qui est en train de me rentrer dedans. C'est pas un drame, je pensais déjà partir. Pas si vite, mais bon...
J'emprunte son pick-up à lui pour rentrer. Deuxième retour d'affilée où je ne peux retenir mes pleurs. Des larmes de métal, des vraies. Mais en même temps, c'est le coup de pied au derrière qui me manquait pour aller de l'avant. Je ne peux pas m'encrasser dans la même bergerie toute ma vie. Statistiquement parlant, il y a une possibilité assez grande pour que je n'arrive jamais à démarrer ma propre entreprise, et je suis prête à assumer ce risque. Mais tant qu'à faire, je préfère vivre une vie palpitante, remplie de rebondissements, digne de meilleur film que j'aie jamais vu.
Alors oui, dans un mois ou deux, je vais perdre mes filles. Mais je partirai à la recherche d'un autre troupeau. Au volant de mon pick-up.
D'ailleurs, mon pick-up, parlons-en. Après avoir retiré le gros de la neige qui la recouvrait, j'ai du lui remettre du gaz. N'ayant pas de "canisse" réglementaire, j'ai réussi à convaincre les filles du Shell à Amqui (qui en passant sont franchements sympathiques!) de me remplir deux gallons de lave-vitre. Ça devrait être assez pour le faire bouger jusqu'au garage. Et puis me voilà avec ma pelle dans le vent, le frette pis toute à tenter de sortir ma grosse Dolo du banc de neige en utilisant des moyens plus ou moins catholiques...
Dolores est partie au premier essai. Qui a dit que les moteurs à carburateurs étaient à chier en hiver? Qui a dit que ma batterie allait fendre à endurer les -40 des dernières semaines? J'emmerde la Terre entière; Dolores, c'est la meilleure.
Mais elle n'a bougé que de 4 pouces. Je vais avoir besoin d'aide. Et je n'ai pas d'ami qui habite à moins de 1 heure et demie de route de chez moi. Mais peu importe, j'ai traversé bien pire, je l'sais, j'suis capable. On est à 2 km de la prochaine étape, et je dois rentrer travailler demain. J'ai un vrai week-end la semaine prochaine. Et ça va bouger de plus que 4 pouces, garanti!
