dimanche 10 mai 2009

Patinage et crise de foie


Sentez-vous cette singulière odeur? Ce p'tit truc à la fois familier et exotique, qui rappelle les fois où on est désorienté et où on se demande si on est en train de tourner en rond ou bien d'aller de l'avant... Oui, c'est ça! Ça sent le changement! Moi, prendre un break? On dirait ben que jamais d'la vie!


Mardi matin, V. (l'autre bergère, ma coloc pour le moment) décide de rencontrer les patrons histoire de savoir un peu où est-ce qu'on s'en va. Depuis plusieurs mois, il était convenu que V. emménagerait le 1er juillet dans un 3 1/2 que le boss est censé faire construire. Mais les travaux ne sont toujours pas entamés. Et moi dans tout ça? Bof, on va bien s'arranger...


De retour de sa rencontre au sommet, V. m'annonce que j'ai rendez-vous avec le boss à 15h. Je me mets à paniquer. En ne voulant pas me stresser avec la vie, j'ai complètement oublié de penser à ce que je voulais vraiment. Je n'ai aucun objectif clair dans ma tête, j'ai l'impression que je vais me faire bouffer toute crue dans les négociations. Je sais que l'ouvrage en bergerie va bientôt commencer à manquer pour 2 personnes, et j'aperçois le spectre du comptoir de vente de fromage dans l'embrasure de la porte. Je suis excellente avec le public, parfaite bilingue et je sais faire balancer une caisse comme personne. Mais j'ai aussi un DEC en GEEA (et des dettes pour des études qui ne me servent actuellement à rien), une passion pour l'élevage et le goût de voyager qui me prend au ventre comme une envie d'chier. Je veux rester ou bien je veux partir? Est-ce que je peux trouver mieux ailleurs? Hé ho! J'aimerais bien comprendre moi-là où c'est qu'elle veut en venir ma vie!


Je n'arrive pas à faire la sieste. J'esquisse une grille Excel pour essayer d'être rationnelle. J'appelle des amis pour avoir des conseils, mais en général, ça dépasse tout le monde. L'heure fatidique arrive et je ne sais toujours pas ce que je veux. Peu importe, advienne que pourra, j'y vais.


J'arrive à la porte de l'immense manoir de mon boss. Il m'attend sur le pas en donnant des ordres brefs à son téléphone sans fil. Il raccroche; c'était le notaire. Il me dit de m'asseoir au soleil, disparaît dans la cuisine et revient avec deux bières. Pschiit! Pschiit!


-Pis Andréane, tu vois ça comment l'avenir?

-Euh, à long terme, à court terme??? (double axel)

-Ben à long terme mettons...

-Ça veut dire quoi long terme? (triple boucle piqué)

-Ben long terme là...

-Euh, ben on parle de mois, d'années? (Elle s'avance avec la rondelle...)

-Mettons 2009.

-Ben, j'aimerais ça faire quelque chose que j'aime... (Rate le but)


La conversation tourne en rond, je patine comme un enfant avec une chaise dans un champ mal drainé. Et mon boss fait pareil. Rien de concret ne ressort de la discussion. Mon boss parle de projets d'avenir, de moutons dans des ascenseurs, de frottage de Mignerons, de F-150, de paëlla... Ok. Aujourd'hui, j'ai échoué. Demain est un autre jour.


V. et moi sommes invitées à souper chez lui le soir-même. Bon souper, très bien arrosé, un peu noyé même, comme une patinoire qui fond au soleil... En enfourchant mon vélo pour rentrer, je me dis que le lever du corps sera difficile le lendemain.


5h15. Mon réveil sonne. Une sensation bizzarre me saisit par le cou. Snooze. (Le snooze, c'est bien connu, est une invention du diable.)


5h25. Je me botte le cul très fort, mets mon linge de bergerie et je tombe dans mon lit. Allez, un p'tit effort, je monte à la cuisine, me verse un verre de jus d'orange, prépare le café. J'ai mal au coeur. Si seulement j'avais un dalot pour gerber... Vomir sur litière accumulée, c'est ordinaire pas mal...


V. se lève, fraîche comme une rose...ou presque. J'ai du mal à lui parler. Une gorgée de jus. Un haut-le-coeur. Deuxième gorgée de jus. Vite, aux toilettes!!!


Je passe au bout du compte une journée de merde à essayer de garder un verre d'eau avec une Advil. Même pas moyen de regarder la télé, ça me fait vomir ce que je n'ai pas dans l'estomac. J'arrive à garder une soupe poulet et nouilles à 17h seulement.


Moi qui pensais que les choses allaient bouger... Je ne regardais peut-être pas au bon endroit. Tiens donc, c'est la fête des mères ce dimanche, et je serai en congé jeudi-vendredi-samedi. C'est le temps de faire mon devoir de fille et d'appeller ma mère (gargouillis louches me rappellant de m'en tenir à la soupe aux nouilles, bien que la crème glacée m'appelle depuis le congélo).