L'été bat son plein, le foin rentre à chaque jour de beau temps, le jardin est planté et les p'tites fèves sont en feu! Moi, je recommence à avoir une vie, je tire les vaches matin et soir, et entre les deux, j'insémine des vaches. J'ai un peu de temps pour recommencer à penser à ce que j'aime, le ménage se fait petit à petit dans la maison et sans penser que tout sera fait cette année, j'espère très fort que les choses auront un peu avancé quand la première neige tombera. Et entre temps, j'essaie de faire faire des bébés à des vaches.
L'autre jour, j'enfilais mon gant de fouille dans une laiterie pour aller inséminer une vache quand une petite fille est entrée en trombe. En voyant mon gant, elle m'a demandé, toute excitée: "Est-ce que c'est un bébé qui va sortir ou un bébé qui va rentrer?". Prise au dépourvu devant une telle question provenant d'une enfant de 6-7 ans, j'ai répondu après réflexion "euh... un bébé qui va rentrer...".
Pause ici pour les non-agricoles qui ne comprennent pas encore ce que je fais désormais dans la vie. La vie sexuelle des vaches laitières est très très différente de la nôtre. Désormais, dans les étables, les taureaux se font rares, on n'en voit pratiquement jamais. Cependant, pour donner du lait, une vache doit avoir un veau; et pour avoir un veau, eh bien ça prend un papa. Les vaches ne rencontrent jamais le papa de leurs bébés. Ils sont gardés ailleurs, et leur travail est de produire du sperme qui sera congelé dans l'azote liquide jusqu'à ce qu'un inséminateur le dépose dans l'utérus d'une vache. Et ça, c'est mon travail, en partie. Quand un fermier voit sa vache en chaleur, il appelle au bureau où je travaille, et moi, je vais inséminer sa vache. Si tout se passe bien, neuf mois plus tard, elle vêle et débute une nouvelle lactation. Une vache vêle à peu près une fois par année.
Heureusement pour moi, je n'ai pas eu besoin d'expliquer à la p'tite fille comment on fait les bébés. Ses parents semblaient s'en être très bien chargé avant moi. Il ne me reste qu'à espérer faire des p'tits veaux à toutes ces vaches...
mardi 28 juin 2011
vendredi 3 juin 2011
Les miettes de mon cerveau
Je reprends mon blogue ce soir parce que j'ai de l'espoir. L'espoir peut-être vain d'en avoir encore demain. Et dans la même lancée, sur le clavier, je me demande si je sais encore écrire tant mon cerveau est en miettes.
On m'a déjà dit que d'être différente, c'était difficile. En général, c'est un éclat de rire plein d'assurance que je lance en guise de réponse à une telle remarque. C'est moi la fille qui se débrouille dans la vie, celle qui d'un geste envoie paître les moutons, peu importe l'espèce à laquelle ils appartiennent. Et ça a toujours été naturel, facile. J'écoutais mon coeur et ça marchait. Peu importe ce qu'on me disait, je faisais à ma tête. C'est vrai, je me suis souvent retrouvée dans des situations complètement tordues, mais c'était drôle. J'étais dans mon élément.
Quand on passe de longues heures seule avec des ovins, on réfléchit à des choses étranges. J'ai souvent pensé au mouton noir. Le mouton noir, rare expression d'un gêne récessif chez la plupart des races, est rarement conscient de sa condition; il ne se voit pas. Ce sont les autres qui le trouvent bizarre, qui le prennent parfois pour un intrus. Lui ne comprend pas la fascination qu'on a pour lui, ni l'agressivité de ses congénères envers lui. Il est né noir, il n'a rien demandé de plus, il est comme ça.
Quand on me disait qu'être différente, c'était difficile, je ne comprenais pas. Je suis née comme ça, je n'ai rien fait pour le devenir; je n'ai aucun mérite, et ce n'est pas de ma faute. Si ça se trouve, je ne savais même pas en quoi j'étais différente. Et je ne le sais pas plus aujourd'hui. Je ne m'identifie à rien, je gagne des appuis ici et là, me faisant quelques ennemis au passage, découvrant de nouvelles choses chaque jour.
Il y a deux ans, je n'ai pas écouté mon coeur. J'ai choisi une job pour l'argent. Et j'ai oublié que j'étais différente. Le résultat de tout ça?
Dolores est stationnée dans la cour de la ferme, et elle ne démarre plus. Je dois éloigner les vautours qui veulent me l'acheter pour les pièces:
-Y'é pas à vendre!
-C'est quand même pas une beauté c'te pick-up-là...
-Ostinez-vous pas pour le prix, j'vous ai dit qu'y'était pas à vendre!
Ma job commençait à me donner de l'urticaire, je travaillais avec des horaires irréguliers, je mangeais mal, je dormais mal, je ne vivais plus. Je n'avais plus le temps de rêver, de penser à mes projets. Mon cerveau se cassait, comme si en morceaux, il rentrerait un peu plus dans le moule.
"Qui veut de moi et des miettes de mon cerveau?"
J'ai trouvé un autre emploi, j'ai laissé celui-ci. Désormais, je rentrerai à 8 heures au bureau le matin, et par la suite, je jouerai dans le cul des vaches pour leur enfiler le col sur un pistolet qui déposera de la dèche dans leur corps utérin. Je rentrerai le soir, satisfaite d'en avoir fourré plusieurs. Il y a malheureusement beaucoup de gens qui résument leur emploi ainsi. Malheureusement, ils ne sont pas inséminateurs.
Je rêve peut-être en couleur, mais j'ose espérer continuer à rêver. J'ose croire que j'aurai envie de continuer ce blogue. J'ose penser que la lumière que j'aperçois au bout du tunnel est réelle. Qui sait, peut-être que mon cerveau arrivera à fonctionner comme avant. Qu'est-ce que j'ai à perdre?
On m'a déjà dit que d'être différente, c'était difficile. En général, c'est un éclat de rire plein d'assurance que je lance en guise de réponse à une telle remarque. C'est moi la fille qui se débrouille dans la vie, celle qui d'un geste envoie paître les moutons, peu importe l'espèce à laquelle ils appartiennent. Et ça a toujours été naturel, facile. J'écoutais mon coeur et ça marchait. Peu importe ce qu'on me disait, je faisais à ma tête. C'est vrai, je me suis souvent retrouvée dans des situations complètement tordues, mais c'était drôle. J'étais dans mon élément.
Quand on passe de longues heures seule avec des ovins, on réfléchit à des choses étranges. J'ai souvent pensé au mouton noir. Le mouton noir, rare expression d'un gêne récessif chez la plupart des races, est rarement conscient de sa condition; il ne se voit pas. Ce sont les autres qui le trouvent bizarre, qui le prennent parfois pour un intrus. Lui ne comprend pas la fascination qu'on a pour lui, ni l'agressivité de ses congénères envers lui. Il est né noir, il n'a rien demandé de plus, il est comme ça.
Quand on me disait qu'être différente, c'était difficile, je ne comprenais pas. Je suis née comme ça, je n'ai rien fait pour le devenir; je n'ai aucun mérite, et ce n'est pas de ma faute. Si ça se trouve, je ne savais même pas en quoi j'étais différente. Et je ne le sais pas plus aujourd'hui. Je ne m'identifie à rien, je gagne des appuis ici et là, me faisant quelques ennemis au passage, découvrant de nouvelles choses chaque jour.
Il y a deux ans, je n'ai pas écouté mon coeur. J'ai choisi une job pour l'argent. Et j'ai oublié que j'étais différente. Le résultat de tout ça?
Dolores est stationnée dans la cour de la ferme, et elle ne démarre plus. Je dois éloigner les vautours qui veulent me l'acheter pour les pièces:
-Y'é pas à vendre!
-C'est quand même pas une beauté c'te pick-up-là...
-Ostinez-vous pas pour le prix, j'vous ai dit qu'y'était pas à vendre!
Ma job commençait à me donner de l'urticaire, je travaillais avec des horaires irréguliers, je mangeais mal, je dormais mal, je ne vivais plus. Je n'avais plus le temps de rêver, de penser à mes projets. Mon cerveau se cassait, comme si en morceaux, il rentrerait un peu plus dans le moule.
"Qui veut de moi et des miettes de mon cerveau?"
J'ai trouvé un autre emploi, j'ai laissé celui-ci. Désormais, je rentrerai à 8 heures au bureau le matin, et par la suite, je jouerai dans le cul des vaches pour leur enfiler le col sur un pistolet qui déposera de la dèche dans leur corps utérin. Je rentrerai le soir, satisfaite d'en avoir fourré plusieurs. Il y a malheureusement beaucoup de gens qui résument leur emploi ainsi. Malheureusement, ils ne sont pas inséminateurs.
Je rêve peut-être en couleur, mais j'ose espérer continuer à rêver. J'ose croire que j'aurai envie de continuer ce blogue. J'ose penser que la lumière que j'aperçois au bout du tunnel est réelle. Qui sait, peut-être que mon cerveau arrivera à fonctionner comme avant. Qu'est-ce que j'ai à perdre?
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