mardi 16 juin 2009

Au fil des saisons

Bon. Ça se corse. En deux semaines, je suis passée par un plan B, C, D, E et F. Mon histoire a dépassé le stade du décousu. Je suis le fil des saisons, mais lui ne semble pas tenir grand chose...

Ok. On va tenter d'expliquer. La brebis laitière, ici (comme ailleurs), c'est une production saisonnière. Figurez-vous mes amis que les moutons ne se badrent avec les choses de l'amour qu'en jours courts, c'est-à-dire à l'automne et un peu en hiver. Le reste du temps, les femelles n'ont rien à foutre des mâles qui deviennent de grosses flaques molles inutiles. Ici, les mises-bas ont lieu au mois de février, mars et avril, quelques retardataires agnellent en mai, puis, la saison de la traite commence, en même temps que l'allaitement artificiel des agneaux. Rendu en juin, on a fini de sevrer les bébés, on ferme la pouponnière, diminuant ainsi le temps requis pour faire le train. En même temps, on commence à envoyer les filles au pâturage, ce qui réduit encore la charge de travail (quand les clôtures électriques fonctionnent bien que que les putes choisissent d'être sages). Au fur et à mesure que l'été avance, il y a moins d'heures à faire à la bergerie, et ainsi, mon emploi devient de plus en plus incertain. Voilà.

Donc, afin de continuer à faire 40 heures semaine, j'ai commencé à faire du comptoir de vente. Parce que figurez-vous mes chers amis que les citadins ne se badrent avec le tourisme qu'en jours longs. Le reste du temps, le Montréalais moyen n'en a rien à foutre des régions, qui deviennent de grandes étendues de neige glaciales et apparemment inhospitalières. Je voudrais écrire ici qu'il a tort, mais au fond, j'aime bien que les gens de la ville me fichent la paix quand je travaille aussi fort pour les nourrir. Sans rancune.

J'ai donc le plaisir de baigner dans le fascinant monde du service à la clientèle depuis une semaine. Au début, ça me faisait royalement chier. D'abord, il faut que j'arrive là propre, habillée d'un sourire même si j'ai eu une semaine de merde au préalable. Je dois répéter approximativement la même affaire 200 fois par jour, expliquer qu'une chèvre, ce n'est pas la même affaire qu'une brebis, pitonner sur une caisse enregistreuse tout en restant charmante. C'est vrai, je suis bilingue et sympathique, donc ça marche. Et puis, il n'y a pas que des petites madames riches qui débarquent... Disons que je tolère assez bien, ça fait changement de porter autre chose que des big bill de temps en temps!

Malrgé tout, je trouve qu'il y a quelque chose de louche quand je me promène en tracteur et que je dois faire attention pour ne pas accrocher la Porsche, la Mercedes, l'Alpha Romeo ou l'autre bazou du même type stationné à côté de Dolores. C'est indubitablement pastoral comme dirait l'autre.

Ah, et oui, je déménage le premier juillet, mais je ne sais pas encore où. Je vide mon appart, avis aux intéressés... Je me tiens prète à tout; à rester comme à partir. Alors d'ici à ce que la décision finale soit prise sur mon cas, je serai en mode boîtes. On verra ce que la vie aura à m'offrir cette saison-ci!