Ces temps-ci, il me vient toutes sortes d'envies (encore le printemps, c'est le meilleur des prétextes que je peux trouver). J'ai toujours été celle qui se revirait de bord sur un 10 cents, capable de supporter l'instabilité la plus tordue tout en restant presque zen. Rien ne pouvait m'arrêter. J'avais envie de tout sacrer là pour un projet saugrenu, je mettais tout en branle pour que ça se fasse. J'ai vécu 6 mois en Islande, traversé la Corse à pieds, animé des terrains de jeux au Mexique, bu du champagne dans une villa sur la Côte d'Azur. Entre autres choses. Mais tout ça, vous savez, c'est assez futile. J'me suis levée un bon matin, j'suis allée faire un cours en gestion et exploitation d'entreprise agricole, et la tête pleine de rêves, je me suis garochée dans le vrai monde. Il faut bien que la vraie vie commence un jour.
Et voilà, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me tue certains jours de rentrer dans le moule. J'ai une bonne job, un chum, un char, et bientôt, une maison. Wow! Merveilleux, que demander de plus? Mais ce n'est pas de ça que je veux parler.
J'en ai assez de voir des personnes qui à première vue me ressemblent revenir de voyage et beurrer épais en disant combien elles sont émerveillées par les cultures étrangères. Oui, c'est fascinant les gens d'ailleurs. Mais à la longue, c'est redondant.
Mon trip ethnique, en ce moment, je le vis dans des petits villages. La plupart du temps, quand je mentionne le nom d'un de ces villages à mes amis de la ville, ça les fait sourire. C'est vrai que St-Jean-de-Dieu, St-Épiphane, Ste-Rita ou St-Médard, ça sonne creux, et en vérité, ça ne dit pas grand chose à grand monde. Un St-Clinclin-des-Meumeux perdu au bout d'une route de terre. Et pourtant, sociologiquement parlant, c'est aussi intéressant à étudier que les moeurs d'une obscure tribu vivant en quasi-autarcie sur une île du Pacifique. Mais bon, moi, je n'étudie pas les p'tits village, je vis dedans.
Ces temps-ci donc, pour me remonter le moral quand l'envie me prend d'aller guider des troupeaux en Mongolie ou en Nouvelle-Zélande, je me dis que mon trip ethnique, c'est ici et maintenant que je le vis. J'en fais partie. Ça sert à quoi de prétendre connaître autre chose que soi-même, ici et maintenant? Je vais tirer les vaches à Fred, pis j'me dis que je suis en train de faire ma propre histoire. J'ignore où ça va me mener, mais au fond, n'est-ce pas ça, la vraie aventure d'une vie?
