La grippe est dure cette année. Tellement qu'on en a fait un sujet d'actualité pendant plusieurs mois, avant Noël. On a presque été obligés de remplacer la fameuse "table des enfants" (rebaptisée "table des jeunes" au fil des ans, à mesure qu'on changeait les bouteilles de jus et de mousseux .5 pour des vraies bouteilles de vin et de gin) par la table des parias non-vaccinés contre la H1N1. Je ne le dis pas trop fort, mais j'aurais fait partie de cette classe. Non pas par principe, simplement par pur je-m'en-foutisme. Avoir eu le temps, l'occasion, je me serais probablement fait vacciner; je n'ai eu peur ni du gros méchant vaccin bourré de métaux lourds et de micro-puces contrôlées par la CIA, ni de la grippe de guerre supposément capable d'anéantir plus d'humains que l'Holocauste, la colonisation de l'Amérique et le sida réunis. C'est fou ce qu'en temps de paix, les gens s'ennuient au point de voir des conspirations partout.
Toujours est-il que le printemps est là (officiellement dans une vingtaine de jours, mais qu'importe), amenant avec lui son lot de désagréments sanitaires. C'est en plein le temps de la pogner la grippe, vous vous rappellez, cette banale grippe qui dure en moyenne une semaine, 7 jours si on la traite. Et si vous êtes particulièrement chanceux, vous allez peut-être même vous taper le luxe d'une gastro. Moi, je n'ai pas encore eu cette chance, mais je touche du bois.
"Caller malade", ce n'est pas une option pour moi. J'ai donc passé une merveilleuse semaine à me lever à 4h30 pour superviser des traites en traînant ma boîte de kleenex ultra-doux avec lotion à saveur de Vick's. Ça m'a valu une couple de commentaires désobligeants sur le fait que j'étais une p'tite fille d'la ville élevée dans la ouate pas capable de se moucher dans une serviette à pis. Allez chier bon. J'ai pas la force de me défendre. Et je considère que j'assure pour la peine, même malade comme un chien.
Je suis allée m'acheter un super sirop qui fait tout (même si les symptômes sont apparus les uns après les autres), et je me suis mise sur le savant programme "2 aux 2", une invention tordue qui permet de ne pas avoir de down d'anti-douleur aux 4 heures. Il suffit de prendre 2 ibu aux 4 heures, et 2 acéto aux 4 heures, le tout décalé de 2 heures. Chaque fois que je fais ça, je me sens comme la pire junkie, fille d'un médecin qui lui a bien rentré dans la tête que la douleur, ça se contrôlait. Mais je me console, ça ne m'arrive pas plus qu'une journée, une fois par année. Mon foie veut encore me parler.
Ça me rappelle la fois où j'ai eu une extinction de voix totale en Islande. La journée où je quittais. Je faisais mes valises, et le téléphone a sonné. L'angoisse; moi qui n'avais plus de voix (mais vraiment rien!). En plus, sur l'afficheur, j'ai constaté que c'était la grand-mère des enfants que je gardais qui appellait, la seule personne qui ne parlait assurément pas un seul mot d'anglais. Rassemblant tout mon courage, j'ai répondu et je lui ai expliqué dans un douloureux chuchotement que j'étais malade, incapable de parler. Elle s'est confondue en excuses et a raccroché. Fiou!
Une heure plus tard, elle est arrivée à la maison avec une bouteille contenant un liquide trouble. "Bois ça! qu'elle m'a dit, demain, tu pourras parler." Malgré toute la confiance que je pouvais avoir en une grand-mère islandaise, je lui ai demandé ce que c'était. Elle me l'a dit, en islandais, et devant les signes imminents de mon ingnorance en matière de sorcellerie nordique, elle a fini par dire: "Bara svona blòm!" (juste des genres de fleurs). J'étais rassurée!
J'ai quand même bu le truc. Il y avait du gingembre à plein là-dedans. Je m'en suis tirés avec des brûlements d'estomac, et ma voix n'est pas revenue.
Vous comprendrez pourquoi j'ai choisi d'être moderne pour soigner mes symptômes grippaux cette fois-ci. Je me suis à peine fait une tisane au thym (qui m'a servi à prendre mes Advil). À la guerre comme à la guerre!
