Ça y est! Nous sommes propriétaires. Les papiers sont signés depuis fin août, et depuis le 1er septembre, on rend la maison regardable. Il faut dire que la tâche est colossale; préfini à la grandeur, abus de peinture (8 couches à certains endroits, sans égard à la règle qui interdit de mettre du latex directement sur de l'huile), tapisserie, tapis "shag" de 3 pouces d'épais, alouette! De plus, l'extérieur est vert "fond de piscine des années 60". Mais ça, c'est pour l'an prochain, alors va falloir s'habituer...Souvent, quand je parle du temps où je travaillais à Ste-Florence, on s'imagine que c'était la misère noire. C'est vrai que j'avais un salaire de crève-faim, que je pouvais difficilement sortir de chez moi (que ce soit par manque de moyen pour remplir mon pick-up quand l'essence est à 1,50$ le litre, ou simplement parce que ledit véhicule était en panne), que je n'avais financièrement pas le droit à l'erreur, que j'étais fatiguée, que mon tunel carpien me faisait souffrir souvent, que mes genoux étaient en ruine. Mais je me couchais le soir et je dormais tellement bien! J'avais une certaine satisfaction, une fierté (et j'étais probablement droguée aux endorphines à travailler physiquement comme je le faisais).
J'avais aussi un sentiment de liberté que je n'ai plus. Je pouvais paqueter tout dans mon camion et filer (bon, filer, c'est un grand mot pour Dolores!) là où mon coeur me disait d'aller. Je pouvais encore rêver à d'immenses étendues avec la mer au loin, pour y faire paître des moutons. Maintenant, j'ai des paiements à faire (un char et une maison, yé!), des exigences à remplir, des clients à satisfaire, un homme à la maison. C'est plate de penser que je devrais attendre 2049 pour faire des projets!
L'autre fin de semaine, c'était mes retrouvailles de 10 ans du secondaire. J'ai hésité à y aller; après tout, ça peut être cool de revoir celles avec qui j'ai cheminé pendant 5 ans, 10 ans auparavant. Mais une semaine avant, c'était celles de Fred, et comme c'était juste à St-Clément, on a arrêté de gratter de la tapisserie une couple d'heures pour y faire un tour. Après 10 minutes, j'avais envie de vomir. À voir ce que les gens amenaient pour prouver leur réussite: une blonde, un bébé, un pitou. J'sais pas pourquoi, ça me décourage. Sur un fond musical "1995-2000", les filles parlaient de leurs contractions, les gars de la dernière bébelle qu'ils ont réparé dans la maison. Et puis nous, ben on pétait d'la broue avec notre maison, pis je nous trouvais faux. J'suis en train de rentrer dans le moule, pis je sais que je ne suis pas faite pour ça.
Je ne suis pas allée aux retrouvailles. De toute façon, les vrais amis, je peux encore les appeller, et pour se mettre le nez dans ce qui ne nous regarde pas, il y a toujours Facebook. C'est beau la technologie! On se reprendra dans genre 5 ans, s'il y en a un autre. Ou peut-être que passé 10 ans, on passe à un stade où on s'en fout, où on ne resent plus le besoin de prouver qu'on a accompli quelque chose.
Peut-être que je devrais sérieusement plancher sur un plan d'affaires cet hiver, histoire de sortir du marasme dans lequel je me trouve. Dans la vie, il y a un temps pour rêver, et un temps pour accomplir. Si on rêve trop longtemps, on peut manquer le bateau, et si on accomplit trop sans rêver, on devient gris et terne. Il faut trouver l'équilibre...
