Ok; la nouvelle génération a été habituée au vouvoiement, contrairement à la mienne qui considère tout le monde comme son égal (j'ai même appris une version tutoyée du "Je vous salue Marie"...). J'ai tout de même pris un coup de vieux. Toutes les semaines, dans le vestiaire des filles, j'entends les ados discuter entre elles dans un langage d'une époque qui n'est pas la mienne. Et je me remémore mon secondaire; comment tout semblait si important, comment le moindre événement devenait un drame, comment chaque décision paraissait changer le cours de ma vie. Les choses n'ont pas changé tant que ça pour les ados; c'est toujours aussi compliqué, toujours aussi intense.
Mardi dernier, après la partie, je suis arrêtée à la patate (légendaire patate D'Amours!) pour ramener de quoi compenser les calories tout juste dépensées. À la patate, il y a un écran de télé qui joue les nouvelles en permanence, sur mute, avec l'option sous-titres pour que ceux qui désirent essayer de comprendre ce qui se passe. Comme je n'ai plus de télévision depuis plusieurs années, chaque fois que j'en croise une, je suis obnubilée. Le commun des mortels est désensibilisé au petit écran; moi, ça me rentre dedans complètement, et plus rien n'existe alentour. Ce soir-là, la télé m'apprenait le suicide de Marjorie Raymond. Tout de suite, on en voulait à ses agresseurs. Toutes les mamans de ce monde se levaient pour dire non à l'intimidation, parce qu'elle ne voulaient pas que ça arrive à leur enfant. Le traitement de cette histoire était fort simple: d'un côté, la pauvre victime, de l'autre, les méchants agresseurs qui l'intimidaient.
C'est triste, mais pour moi, c'était un drame fort banal. Je veux dire, ça doit tellement arriver souvent! Cherchez autour de vous, et trouvez au moins une personne qui n'a jamais, à aucun moment de sa vie, été victime d'intimidation. C'est impossible. Les jeunes le font à l'école parce qu'ils voient des gens se bitcher dans des reality show, parce qu'ils lisent la presse à potins, mais surtout, parce qu'ils voient leurs parents le faire. "Faites c'que j'dis, pas c'que j'fais!"... On ne peut pas enseigner la résolution de conflits à des jeunes si on n'est pas capable d'en faire autant.
C'est simple diront certains, on n'a qu'à sortir de l'école tous les agresseurs; tolérance zéro! Le hic, c'est que les agresseurs sont presque toujours des agressés. Rien n'est noir ou blanc. On est loin des films de Disney où le mal triomphe sur le bien.
Aujourd'hui, je ne peux pas ouvrir facebook et ignorer la saga Marjorie. C'est devenu gros. Cette fille-là est devenue une superstar en se pendant dans son garage. Tout le monde a récupéré son geste pour aller chercher un peu de capital politique, des dons pour une fondation, des cotes d'écoute, des lecteurs de plus, etc. Une autre histoire médiatique à la Cédrika Provencher, sauf que cette fois-là, on a un méchant sur qui taper. Marjorie vient de remporter son concours de popularité. J'en conviens, ça lui a coûté cher, mais la gloire, c'est pas donné.
En bout de ligne, on a beau dire ce que l'on voudra, on ne pourra jamais éliminer l'intimidation à l'école si on catégorise les jeunes en bons et en méchants. Les jeunes peuvent manipuler, retourner la situation à leur avantage, jouer les victimes pour dénoncer de faux agresseurs. C'est triste, mais ça ne changera pas.
Par contre, ce que je peux dire, c'est que d'être une victime, ça forge le caractère. Mieux vaut apprendre tôt à dealer avec ça, car on va en vivre toute notre vie. Parfois, on ne peut prévenir, il faut guérir; savoir se relever, c'est peut-être mieux que de ne jamais tomber!
